Si des élections provinciales avaient lieu aujourd’hui, le Parti progressiste-conservateur serait réélu sans histoire à la tête d’une autre majorité. Cela dit, le plus récent sondage de la firme Narrative Research comprend des données qui donnent de l’espoir aux partis d’opposition, et particulièrement au Parti libéral.

Narrative Research réalise tous les trois mois un sondage dans lequel elle demande aux répondants pour quel parti ils entendent voter, s’ils sont satisfaits de la performance du gouvernement et qui est leur chef préféré. Étant donné que le sondage a lieu à intervalles réguliers et que ce sont toujours les trois mêmes questions qui sont posées, avec une marge d’erreur semblable d’une fois à l’autre, les données rendues publiques sont très utiles pour comprendre l’humeur des électeurs.

La statistique la plus importante cette fois-ci est en lien avec le niveau d’insatisfaction à l’endroit du gouvernement Higgs. Il était déjà relativement élevé, à 53% (en additionnant les plutôt insatisfaits avec les complètement insatisfaits). Il vient de faire un bond de presque neuf points de pourcentage, à 62%. À titre comparatif, le taux de satisfaction du gouvernement atteignait 69% l’année dernière.

Un changement aussi important est significatif, surtout dans une aussi courte période de temps. Surtout, il coïncide avec une période qui a été très difficile pour les progressistes-conservateurs, avec la démission fracassante du ministre Dominic Cardy, la révélation de l’incident du «data my ass» de Blaine Higgs ainsi que la nomination de Kris Austin au conseil des ministres et au sein du comité de révision de la Loi sur les langues officielles. C’est aussi à ce moment-là qu’a été dévoilée l’intention secrète du premier ministre d’abolir l’immersion française dans le système d’éducation anglophone, un programme pourtant apprécié et qui a fait ses preuves.

Ajoutez à cela l’absence de volonté du premier ministre d’attaquer de front les trois grandes crises que sont la pénurie de professionnels de la santé, l’explosion du coût de la vie et la crise du logement, et tous les éléments sont en place pour une fin de règne désastreuse.

Sauf que ce n’est pas ce qui est en train de se produire. L’insatisfaction à l’égard du gouvernement a beau être à la hausse, les intentions de vote restent stables. Dans le sud anglophone, près d’un électeur sur deux (47%) favorise encore et toujours le Parti progressiste-conservateur.

En termes plus clairs, ce groupe de répondants vit une frustration grandissante en raison des actions du gouvernement, mais pas au point d’accorder sa confiance à un autre parti. Entre deux maux, ils choisissent celui qu’ils connaissent le mieux.

Il faudra voir combien de temps cette dichotomie pourra perdurer. Normalement, quand un gouvernement est pris avec un taux d’insatisfaction très élevé, comme c’est le cas présentement à Fredericton, cela finit par se refléter dans les intentions de vote.

Autre élément important: la chef libérale Susan Holt commence à être mieux connue des électeurs et ceux-ci semblent apprécier sa performance. Elle est déjà la chef la plus populaire de la province, même si cela ne se reflète pas encore dans les régions du sud, où Blaine Higgs reste premier dans cette catégorie (à l’exception de Moncton).

Cette réussite de Mme Holt n’est pas banale. Au Nouveau-Brunswick, il est courant de voir les chefs de l’opposition tirer leur parti vers le bas et de seulement devenir plus populaire auprès des électeurs une fois au pouvoir, alors que le premier ministre en fonction jouit normalement d’une prime de l’électorat. Ce phénomène a souvent été observé.

Les libéraux ne sont pas sortis du bois. Ils ont toutefois une chef qui passe bien au sein de l’opinion publique, et ce, alors qu’elle ne siège même pas encore à l’Assemblée législative. De plus, ils affrontent un gouvernement qui doit gérer la grogne de l’électorat et qui est dirigé par un premier ministre suffisant qui n’accorde aucune importance aux opinions contraires à la sienne.

La force du gouvernement Higgs reste sa gestion des fonds publics. Il s’agit de sa priorité absolue. Or, l’ampleur des surplus budgétaires a beau contribuer à diminuer la dette publique, elle n’améliore en rien la qualité de vie de la population mise à mal depuis la pandémie. De nombreux électeurs souhaitent qu’on s’occupe de leurs problèmes, mais hésitent encore à se tourner vers les libéraux, encore associés aux excès des anciens premiers ministres Shawn Graham et Brian Gallant.

Les rouges ont deux ans devant eux pour trouver une façon de convaincre les électeurs insatisfaits qu’ils représentent la bonne solution de rechange. Il y a une faille dans l’armure de Blaine Higgs. À eux de l’exploiter.

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