Moncton est aux prises avec une explosion du nombre de sans-abris. Alors que les efforts se multiplient pour donner à tous ces gens un endroit où passer quelques heures au chaud, une question se pose: comment se fait-il que nous soyons rendus au début décembre et que rien n’a encore été réglé?

Avec ses quelque 80 000 habitants, Moncton est devenu ce qui s’approche le plus d’une grande ville au Nouveau-Brunswick. Malheureusement, cette croissance effrénée ne compte pas que de bons côtés. Moncton doit désormais gérer des problèmes de métropole, y compris une forte population de sans-abris.

L’itinérance n’est pas un enjeu nouveau. Il y a des sans-abris depuis toujours. Pensez à «Eddy le bum», de son vrai nom Édouard Léger, décédé en 2004 et immortalisé dans une chanson de Michel Thériault. En prison tous les hivers. Pour des délits divers. Il faut dire que sa misère est moins pénible au chaud. Qu’à 25 sous zéro.

Bref, ce n’est pas d’hier que des gens sans logement quêtent dans les rues tout en cherchant un peu de chaleur. L’augmentation de leur nombre dépasse toutefois les prévisions et prend les autorités au dépourvu. Il y a des communautés au Nouveau-Brunswick qui ont moins de résidents que Moncton compte d’itinérants (plus de 500, selon les plus récents estimés). Une promenade le long de la rue Main vous permettra de constater l’ampleur du phénomène.

À Fredericton, le dossier est entre les mains de la ministre du Développement social, Dorothy Shephard, ce qui n’est pas rassurant.

C’est pour nous un mystère que cette politicienne qui n’a pas livré la marchandise par le passé, en particulier à la Santé, et qui se retrouve systématiquement à la tête de ministères à caractère social alors qu’elle semble incapable de faire preuve d’empathie dans l’exercice de ses fonctions (parlez-en aux gens victimes de ce qui a été surnommée la maladie mystérieuse) conserve malgré tout la confiance du premier ministre Blaine Higgs.

Nous ignorons si elle s’est traîné les pieds ou si la faute revient à son prédécesseur Bruce Fitch ou aux fonctionnaires du ministère du Développement social, mais il est inadmissible que le dossier des sans-abris ait traîné autant en longueur.

Nous sommes en décembre et il fait froid. Les questions concernant les investissements et la logistique devant permettre l’ouverture d’un centre de réchauffement cet hiver auraient dû être réglées bien avant la première neige. Pas alors que nous sommes déjà frappés par les températures hivernales.

Après tout, ce n’est pas comme s’il s’agissait d’une crise imprévisible. La Ville de Moncton avait déjà dû transformer l’hiver dernier une ancienne caserne de pompiers en centre de réchauffement.

Depuis quelques années, des villages de tentes (tent city) apparaissent aussi sur des terrains vacants dans la municipalité. Pendant ce temps, la ministre Shephard et ses interlocuteurs municipaux en sont encore à s’obstiner à propos du nombre réel d’itinérants.

Dans ces circonstances, nous comprenons le milieu des affaires d’avoir orchestré une sortie publique, la semaine dernière, afin d’exiger des actions rapides et concrètes.

Il y a toutefois une bonne nouvelle dans tout cela. Personne n’est de mauvaise foi et tous semblent déterminés à trouver des solutions, tant à la Ville de Moncton qu’au gouvernement provincial.

La ministre Shephard est consciente que les actions ont tardé et promet que cela ne se reproduira plus. «L’année prochaine, nous n’aurons pas cette discussion à nouveau le 2 décembre», a-t-elle promis dans nos pages. Elle affirme aussi avoir mis sur pied une équipe de choc, laquelle est composée d’employés de cinq ministères et qui a pris les choses en main.

Une annonce concernant le centre de réchauffement pourrait avoir lieu aussitôt que cette semaine. Fredericton a par ailleurs débloqué 8 millions $ sur trois ans afin de soutenir les refuges d’urgence dans la province. Il y a du progrès.

Cela reste tout de même des solutions à court terme qui ont surtout pour objectif de rassurer la population, les gens d’affaires et d’éviter de compter les décès chaque jour sur les trottoirs de Moncton. De façon plus large, le problème de l’itinérance continue de grandir. Cela n’ira pas en s’améliorant, notamment avec le refus du gouvernement de réglementer le prix des augmentations de loyer. Il faudra plus de ressources et de vision afin d’implanter des solutions à long terme.

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