Les rapports du bureau du vérificateur général sont une mine d’or d’informations. Ils permettent de prendre du recul sur la façon dont nos gouvernements dépensent notre argent et les résultats ainsi obtenus. Ou, dans le cas du fonds vert, l’absence de résultats quantifiables.

Certains rapports du vérificateur général sont plus mémorables que d’autres. Au fédéral, on peut penser à celui de Sheila Fraser, qui avait révélé en 2004 l’ampleur du scandale des commandites.

Celui de cette année, signée Karen Hogan, ne manque pas non plus de panache. On y apprend qu’Ottawa a payé 5 milliards $ pour 169 millions de doses de vaccins contre la COVID-19 entre décembre 2020 et mai 2022. Jusque là, pas de problème. Souvenez-vous de la course à laquelle prenaient part les pays les plus riches de la planète afin de mettre la main sur le précieux produit et protéger leur population.

La vérificatrice Hogan a toutefois découvert que plus de 13 millions de doses ont atteint leur date de péremption sans être utilisées au Canada ou données à d’autres pays. Ce chiffre n’a pas fini de grimper. Au contraire, le ministère de la Santé du Canada confirme qu’entre-temps, 11 millions de doses supplémentaires non utilisées ont aussi expiré. D’autres suivront.

Dans ce même rapport, nous apprenons aussi que l’Agence canadienne du revenu manquera vraisemblablement de temps pour recouvrer 4,6 milliards $ de prestations payées en trop.

Le premier ministre Justin Trudeau avait ordonné d’accorder des prestations sans trop de vérifications en 2020, étant donné l’urgence du moment. Des millions de Canadiens avaient alors perdu temporairement ou de façon permanente leur emploi en raison des restrictions sanitaires et des confinements.

Nous étions toutefois en droit d’espérer que le gouvernement fédéral ne ménagerait pas les efforts afin de traquer ceux qui ont reçu des fonds publics sans y avoir droit ainsi que les fraudeurs. Il semble plutôt que plusieurs d’entre eux réussiront à passer à travers les mailles très larges du filet.

Au Nouveau-Brunswick, le vérificateur général Paul Martin et son équipe se sont plutôt attardés cette année à analyser l’action du gouvernement provincial en ce qui a trait à l’environnement et la lutte contre les changements climatiques.

Historiquement, l’environnement est le parent pauvre de la politique. C’est un enjeu auquel on accorde généralement bien peu d’importance à Fredericton. D’ailleurs, il prend rarement beaucoup de place en campagne électorale et uniquement en lien avec les dossiers énergétiques, par exemple l’exploitation du gaz de schiste. Si vous connaissez le nom du ministre de l’Environnement et Changement climatique du Nouveau-Brunswick, vous êtes soit un maniaque de politique, soit engagé dans le mouvement environnemental (son nom est Gary Crossman).

Le vérificateur général Martin a révélé qu’il y a plus de 1000 sites contaminés à travers la province. Ils posent un risque non seulement pour l’environnement, mais aussi pour la santé. Certains appartiennent à la province, d’autres au secteur privé. Dans tous ces cas, cela ne semble pas être une priorité d’assurer leur nettoyage et leur décontamination.

La mauvaise gestion du Fonds en fiducie pour l’environnement, mise en lumière par M. Martin, est particulièrement frustrante. Il est censé financer des projets reliés à l’environnement et à la lutte aux changements climatiques, sauf que l’argent n’est jamais complètement dépensé. Le surplus atteint 41 millions $. Malgré tous ces fonds disponibles, le ministère fait la fine bouche et rejette des demandes de financement ou ne les accepte que partiellement.

Le gouvernement est assis sur des millions censés servir pour l’environnement, mais il préfère les accumuler. Un non-sens.

Il est néanmoins permis de se demander si c’est une mauvaise chose dans les circonstances. Selon le vérificateur général, l’argent semble être dépensé un peu n’importe comment. Il n’existe aucune indication que ce fonds a eu un impact positif sur l’environnement au cours des 30 dernières années. Tant les progressistes-conservateurs que les libéraux qui se sont succédé au pouvoir partagent le blâme.

Si la faute ne revient pas seulement au gouvernement Higgs, c’est toutefois lui qui est aux commandes présentement. Il s’est toujours vanté d’être un politicien qui veut obtenir des résultats. Il a une occasion en or d’en faire la démonstration.

L’argent pour améliorer notre environnement et de fait notre qualité de vie ne manque pas. Ce qu’il faut, c’est une plus grande volonté politique et une vision claire de ce qui doit être accompli. Cela manque depuis trop longtemps.

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