Blaine Higgs devrait normalement, à moins d’un énième report, présenter au début de la semaine prochaine la réponse de son gouvernement au rapport sur la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Comme c’est trop souvent le cas avec ce premier ministre, les francophones en sont réduits à espérer le mieux, mais à craindre le pire.

Ne nous faisons pas d’illusions. Les chances que le duo Blaine Higgs-Kris Austin présente une stratégie visant à renforcer la Loi sur les langues officielles (LLO) du N.-B. sont très faibles, pour ne pas dire inexistantes. La grande inconnue est de savoir s’il laissera la législation relativement intacte ou s’il voudra l’affaiblir. Voici quelques points à surveiller.

Une vision pour les francophones. Depuis son arrivée au pouvoir, Blaine Higgs se fait un devoir de toujours parler de la Loi sur les langues officielles du point de vue des anglophones. Une question sur ce sujet vous méritera de sa part invariablement une réponse portant sur l’immersion française (pourtant non couverte par la LLO) dans le système d’éducation anglophone ou encore sur les exigences linguistiques au sein de la fonction publique, jugées trop sévères à ses yeux et ceux de son complice Austin.

Même si nous rêvons sans doute en couleurs, nous souhaitons voir le premier ministre reconnaître les défis que vivent les Acadiens dans une province où ils sont minoritaires et expliquer comment le gouvernement pourra mieux les servir dans leur langue.

Protéger le commissariat. Le commissariat aux langues officielles a besoin de plus de budget et surtout d’outils pour mieux accomplir sa mission. Ne comptez pas sur Blaine Higgs pour les lui offrir.

Le premier ministre devra cependant résister à la tentation de lui nuire, par exemple en le privant de son indépendance. La possibilité de transformer le commissariat en un secrétariat aux langues officielles. Il cesserait ainsi d’être redevable à l’Assemblée législative pour plutôt rendre des comptes directement au bureau du premier ministre. M. Higgs a nié qu’il s’agit là de son intention.

Si M. Higgs souhaite créer un secrétariat à l’interne, grand bien lui fasse. Qu’il ne touche toutefois d’aucune manière au commissariat, à ses pouvoirs et à son indépendance.

Maintenir la révision aux 10 ans. La législation prévoit que la Loi sur les langues officielles doit être automatiquement révisée aux 10 ans. C’est cette obligation qui a poussé M. Higgs à créer une commission dont il ne voulait sans doute pas.

La révision automatique a notamment pour objectif de s’assurer que la LLO remplit bien sa mission et de nous donner les moyens de l’améliorer à intervalles réguliers.

L’idée d’annuler cette obligation est à l’étude dans la capitale. Mettre fin à cette contrainte nécessaire serait un recul.

Ne pas réduire les exigences linguistiques. Des propositions entendues lors du processus de révision de la Loi sur les langues officielles, comme la création d’un ministère, la mise sur pied d’un comité permanent à l’Assemblée législative ou la révision de la loi aux cinq ans ont fort probablement été rejetées sans l’ombre d’un début de discussion.

Nous savons aussi que ce gouvernement aime prêter foi au mythe selon lequel les Néo-Brunswickois anglophones unilingues n’obtiennent pas leur juste part d’emplois. Il a tenté par le passé d’éliminer des exigences linguistiques chez Ambulance NB et a exprimé un intérêt pour faire de même dans la fonction publique.

Rien de tout cela ne serait acceptable. La province doit améliorer sa capacité à servir sa population dans les deux langues. Pas l’affaiblir.

Les symboles comptent. Au moment de faire part de ses intentions, Blaine Higgs sera-t-il accompagné des ministres acadiens Daniel Allain et Réjean Savoie ou jettera-t-il de l’huile sur le feu en pavanant aux côtés de Kris Austin? Respectera-t-il les limites imposées par M. Allain ou piétinera-t-il allègrement les lignes qu’il a tracées dans le sable?

En ce qui a trait au respect des droits des francophones, nous n’éprouvons aucune confiance en ce gouvernement dirigé par un chef issu du parti antibilinguisme Confederation of Regions et qui offre toute sa confiance à Kris Austin, un homme qui a bâti sa carrière politique en menant la guerre aux Acadiens et à leurs acquis.

Le statu quo serait un recul pour un peuple encore à la recherche de l’égalité réelle avec la majorité anglophone et qui doit lutter pour faire respecter ses droits linguistiques.

De façon réaliste, c’est pourtant le mieux que nous pouvons espérer cette fois-ci.

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