La décision du premier ministre Blaine Higgs de mettre fin au plafonnement des loyers est basée sur du vent et non pas sur des analyses probantes. Elle doit être renversée.

Le gouvernement Higgs peut désormais être surnommé le gouvernement du data my ass. Les faits, les données et les statistiques ne comptent pas pour cette administration. La seule chose qui importe est la volonté ou l’humeur du moment du premier ministre. Les exemples ne manquent pas au cours des derniers mois.

L’incident du data my ass a été relaté par le député indépendant Dominic Cardy. Alors qu’il était ministre de l’Éducation, il a participé à une réunion pendant laquelle le sous-ministre George Daley a présenté au premier ministre une analyse démontrant le succès du programme d’immersion française dans le système d’éducation anglophone. Mis au fait de ce rapport qu’il avait pourtant lui-même commandé, mais dont les conclusions ne rejoignent pas sa pensée, Blaine Higgs a réagi avec un manque de classe indigne d’un quelconque gestionnaire, et encore plus de la part d’un premier ministre.

Ceci n’est pas un incident isolé. Le mépris de M. Higgs et de ses personnes de confiance pour les données qui vont à l’encontre de leurs décisions est de plus en plus apparent.

Dans le plus récent discours du Trône, il est mentionné que la criminalité liée à la drogue est en hausse dans notre province, justifiant ainsi une action plus musclée de la part du gouvernement.

Statistiques Canada a pourtant démontré le contraire lors d’une récente enquête. Confronté à cette réalité, le nouveau ministre de la Sécurité publique et ancien chef de la People’s Alliance, Kris Austin, a réagi en disant se fier à des anecdotes. «Le problème que nous avons avec ces données, c’est qu’elles ne représentent pas bien ce que nous voyons sur le terrain, ce que nous savons et ce que nous entendons», a-t-il soutenu.

Ce même Austin justifie de la même façon la construction d’une nouvelle prison à Fredericton, et ce, même si le nombre de détenus est en baisse.

C’est toutefois dans le dossier de la hausse du coût des loyers que le gouvernement Higgs pousse le bouchon le plus loin.

L’augmentation de la population du Nouveau-Brunswick, provoquée en grande partie par les grands changements dus à la pandémie, a provoqué une hausse soudaine du coût des loyers. Des gens se sont vus imposer des augmentations indécentes. Les personnes à faible revenu ont été les plus touchées.

Blaine Higgs a d’abord nié qu’il existait une crise des loyers dans sa province. Il a mis toute sa confiance en la loi du libre marché qui, selon lui, allait finir par s’ajuster seul. Alors que la crise s’intensifiait, il a imposé un plafonnement de 3,8% en 2022. Dans un communiqué de presse, le gouvernement a expliqué que la mesure visait à accorder un répit et de la stabilité aux familles vivant dans un logement locatif.

Le premier ministre a regretté avoir consenti ce plafonnement qui va contre son idéologie d’un gouvernement le moins interventionniste possible. Le discours a alors changé. Le plafonnement est devenu, du point de vue progressiste-conservateur, une mauvaise idée parce qu’il n’a pas permis d’augmenter le rythme de construction de nouveaux loyers.

La nouvelle ministre responsable du Logement, Jill Green, a ensuite ajouté une nouvelle couche d’absurdité dans le discours gouvernemental en tentant de faire croire que le plafonnement avait en fait provoqué une diminution du nombre de nouveaux logements construits.

Une enquête de CBC a démontré que la ministre faisait erreur et interprétait mal les données. Celle-ci s’est excusée et a trouvé de nouvelles statistiques qui font mieux son affaire. Le nombre de permis de construction a diminué, explique-t-elle. Il y aura donc éventuellement une baisse de la construction, ce qui justifie l’élimination du plafonnement.

Notons que Jill Green n’a pas donné l’ombre d’un début de preuve démontrant la cause à effet entre le plafonnement et la diminution du nombre de permis. Celle-ci pourrait par exemple être temporaire ou être le résultat de la pénurie de main-d’œuvre en construction.

Les solutions de rechange proposées – notamment de donner plus de pouvoir au tribunal de location de locaux d’habitation, ne changeront rien au cœur du problème. En attendant la mise en place d’un plan visant à stimuler la construction, il faut continuer de protéger les locataires, comme le font d’ailleurs la plupart des autres provinces.

Il faut prolonger le plafonnement du coût des loyers en 2023. En refusant de le faire, le gouvernement Higgs abandonne des milliers de Néo-Brunswickois et en particulier ceux qui sont déjà dans une situation précaire.

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