Le ministre Bill Hogan a beau jouer avec les mots pour tenter de nous faire croire le contraire, il a bel et bien annoncé jeudi le début de la fin du programme d’immersion française dans le système d’éducation anglophone. Une décision imprudente qui est imposée de façon précipitée malgré tous les voyants rouges qui clignotent.

Le premier ministre Blaine Higgs s’intéresse peu ou pas du tout aux enjeux liés aux langues officielles et à l’égalité des communautés linguistiques. Il accorde par contre beaucoup d’importance aux choses qui l’irritent. C’est ce qui explique qu’on l’a vu par le passé tenter d’éliminer des exigences linguistiques chez Ambulance NB et pourquoi il est si préoccupé à favoriser l’accès des unilingues anglophones aux emplois dans la fonction publique.

M. Higgs fait une fixation sur le programme d’immersion depuis de nombreuses années. Après être devenu chef du Parti progressiste-conservateur en 2016, il avait consacré la totalité de ses premières interventions à la Période des questions sur ce sujet. Il dénonçait alors vertement la volonté du gouvernement libéral de Brian Gallant d’offrir le programme d’immersion dès la 1re année du primaire.

Ce débat en est un pour la population anglophone du Nouveau-Brunswick. Le programme d’immersion, dont la mort à petit feu vient d’être confirmée, est offert uniquement dans le système d’éducation anglais. C’est sans oublier que Blaine Higgs n’a jamais caché son hostilité à l’endroit de ce programme (tout comme son complice, l’ancien chef allianciste Kris Austin). Cela n’a pas empêché les électeurs anglophones de le porter au pouvoir en 2018 et même de lui accorder une majorité en 2020.

Cela dit, nous aurions tort de ne pas porter attention au travail de sape que le ministre Hogan choisit d’effectuer afin de satisfaire la volonté de son patron.

Le système d’éducation anglophone ne compte déjà pas suffisamment d’enseignants pour offrir l’immersion dans toutes les régions. Il va manquer de bras pour offrir les cours qui devront être offerts en français dans les écoles.

Bill Hogan promet que les districts scolaires anglophones n’iront pas piger les enseignants manquants dans les districts acadiens. C’est une promesse gratuite qu’il ne pourra pas tenir, en particulier dans la région de Moncton. Parlez-en aux gestionnaires du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, lesquels voient des dizaines d’infirmières et autres professionnels de la santé choisir de travailler au Moncton Hospital.

L’objectif est désormais de permettre à tous les élèves d’avoir une base en français pour soutenir une conversation. Ils pourront par exemple commander un café au Tim Hortons à Shippagan en français, ce qui n’est en soi pas une mauvaise chose.

Le problème est que le gouvernement abaisse considérablement la barre. Il abandonne sa responsabilité de permettre à un maximum de jeunes Néo-Brunswickois de devenir bilingues au point de pouvoir œuvrer dans un environnement de travail où il est important d’offrir des services de qualité dans les deux langues, en particulier dans la fonction publique.

Il élimine le programme qui réussit à former des élèves bilingues (l’immersion) en promettant d’améliorer celui qui échoue à cette mission.

La plupart des anglophones ne sont pas dupes. L’immersion française est un programme très populaire et qui a fait ses preuves. Ce n’est pour rien que le ministre Bill Hogan fait des pirouettes et des culbutes pour expliquer aux gens que le nouveau programme est lui aussi une forme d’immersion (c’est faux) et qu’il permettra à un plus grand nombre d’enfants d’être fonctionnel en français que le système actuel à deux voies.

Pire, les changements sont imposés à toute vitesse à la demande du premier ministre et sans analyse fiable.

Deux ministres, Dominic Cardy (depuis expulsé du caucus) et Daniel Allain, ont exprimé leurs préoccupations. «Il n’est pas évident que nous fonctionnons avec les meilleures informations disponibles – il y a un désaccord sur la validité des données que le gouvernement utilise pour justifier ses plans», a confié avec justesse M. Allain dans une lettre adressée au premier ministre et rendue publique à la fin novembre.

Tout ça se fait de façon précipitée sur l’ordre d’un premier ministre qui tient à laisser en héritage la mise à mort du programme d’immersion française, sans se préoccuper des conséquences.

Une façon d’agir irresponsable, mais qui ne nous surprend plus de la part de ce gouvernement.

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