Un nombre croissant de voix s’élèvent pour réclamer le départ de Blaine Higgs. Nombreux sont ceux qui en ont assez de ce premier ministre arrogant et déconnecté de la réalité de la population qu’il est censé servir.

L’Acadie Nouvelle a publié dans son édition du mardi 8 décembre un éditorial intitulé: Démissionnez, M. Higgs. Il n’avait pas été écrit à la légère. En effet, un éditorialiste ne réclame pas le départ d’un politicien parce qu’il est en désaccord avec une hausse d’impôt ou une compression budgétaire. Il faut des motifs sérieux. Par exemple, l’Acadie Nouvelle avait réclamé en 2014 le départ de Shawn Graham (alors simple député) en raison d’un conflit d’intérêt. M. Graham avait finalement remis sa lettre de démission le matin même de la publication de l’éditorial.

Le cas de Blaine Higgs est différent. Il n’a rien fait d’illégal ni bafoué de règles d’éthique. C’est plutôt le fait qu’il exacerbe volontairement et de façon irresponsable les tensions linguistiques et identitaires dans la province, tant par ses paroles que ses actions, qui le rendent inapte à occuper la plus haute fonction politique au Nouveau-Brunswick.

D’autres en sont venus à la même conclusion.

Près d’une cinquantaine de leaders, la plupart de la société civile acadienne, mais certains aussi d’organisations bilingues ou anglophones, ont signé une lettre ouverte qui a été publiée dans l’Acadie Nouvelle de mercredi et dans laquelle ils dénoncent ce qu’ils qualifient de «stratégie de division tout simplement indigne d’un premier ministre».

Détail intéressant, le groupe de signataires ne s’adresse pas au premier ministre. Il demande plutôt aux membres du Parti progressiste-conservateur de prendre les choses en main et d’ordonner une révision du leadership du chef.

L’ancien ministre progressiste-conservateur  Jean-Pierre Ouellet a lui aussi écrit une lettre ouverte dans laquelle il se tourne de la même manière vers les membres. Il affirme que ceux-ci devraient demander une révision du leadership. Sinon, conclut-il, «la question se règlera aux élections générales de 2024».

Tant Jean-Pierre Ouellet que le groupe de signataires dénoncent M. Higgs en tant que source de division et condamnent sa récente déclaration selon laquelle il est traité de façon injuste parce qu’il ne parle pas français. M. Ouellet rappelle d’ailleurs avoir défendu M. Higgs et son unilinguisme lors des campagnes électorales de 2018 et de 2020. Il soutient désormais que le leader du PC devrait «passer le flambeau pour le bien du parti» et précise qu’il a «failli à la tâche» de respecter chaque communauté avec justice et équité.

Le groupe de signataires ajoute de son côté une liste de décisions controversées qui ont contribué à saper la confiance à l’endroit du leadership du premier ministre Higgs: absence d’ouverture à l’endroit des Acadiens et des Premières Nations, manque de transparence en lien avec l’abolition du programme d’immersion française, baisse d’impôt pour les plus riches, refus d’investir les surplus budgétaires records dans les programmes sociaux, etc.

Cette tentative de provoquer une révision du leadership de M. Higgs est vouée à l’échec. Les membres seront fidèles à l’homme qui leur a livré une majorité à la législature. Néanmoins, le vernis a commencé à craquer.

Tous les gouvernements finissent à la longue par être atteint de deux tares: l’usure du pouvoir (c’est le cas de Justin Trudeau, à Ottawa) et un excès d’arrogance.

Blaine Higgs vit dans un monde qui pourrait être décrit ainsi: «Après moi, le déluge». Alors que le taux d’insatisfaction de la population à son endroit atteint des sommets, le premier ministre continue d’agir comme s’il était seul détenteur de la vérité.

Cela s’exprime dans ce reportage de CBC New Brunswick, qui a mis la main cette semaine sur un enregistrement dans lequel la patronne du Réseau de santé Horizon, Margaret Melanson, tente de convaincre un ambulancier de transporter un patient de Fredericton à Saint-Jean, même si cela va contre le protocole. «C’est un enjeu politique», explique-t-elle. «J’ai eu un appel du premier ministre».

Cette arrogance s’est révélée aussi dans cette discussion racontée par le ministre démissionnaire Dominic Cardy, pendant laquelle M. Higgs a balayé de façon vulgaire des données qui allaient à l’encontre de sa volonté d’abolir l’immersion française.

Sa stupéfiante déclaration dans laquelle il se présente comme une sorte de victime traitée injustement en raison de son unilinguisme rentre aussi dans cette catégorie. Bien à l’abri dans sa tour d’ivoire, Blaine Higgs ne tolère aucune critique et traite avec condescendance ceux qui osent prendre la parole contre lui.

Il n’est plus l’homme de la situation. Il doit partir avant d’entraîner son gouvernement progressiste-conservateur dans sa chute.

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