À travers les multiples bombes incendiaires larguées au cours des derniers mois par le gouvernement Higgs, peu d’importance a été accordée aux changements apportés aux règles régissant les conflits de travail dans la fonction publique. Les syndicats touchés y voient une attaque en règle contre le mouvement ouvrier. Nous différons d’opinion.

Le projet de loi déposé à la fin novembre et adopté en décembre montre une volonté de la part de Fredericton de resserrer les règles liées aux grèves dans la fonction publique.

Les syndicats ont accueilli cette nouvelle donne avec frustration et c’est compréhensible. Cela dit, le fait d’imposer une mesure qui est impopulaire au sein d’un segment de la population (une hausse de taxe, par exemple) ne signifie toutefois pas automatiquement qu’elle soit mauvaise ou injustifiée.

Mieux encadrer le droit de grève de fonctionnaires, en particulier ceux qui offrent des services jugés essentiels à la population, ne signifie pas que la législation est «anti-ouvrière». De tout temps, les gouvernements ont imposé des garde-fous, parfois unilatéralement, parfois à l’issue de négociations, là où ils sont nécessaires. C’est pourquoi les policiers ne peuvent pas déclencher de grève même s’il s’agit pourtant d’un droit constitutionnel reconnu par la Cour suprême du Canada.

La législation adoptée par le gouvernement Higgs ne va pas aussi loin. Elle a été concoctée à l’issue d’irritants survenus pendant la grève d’une partie de la fonction publique en 2021. Celle-ci avait notamment perturbé le fonctionnement des hôpitaux et provoqué la fermeture de toutes les écoles de la province.

La nouvelle loi prévoit que les syndicats devront donner un avis de trois jours avant de provoquer un arrêt de travail. Il n’y a pas d’avantage tactique de déclencher une grève sans avertissement. Aucune grève n’a fini plus tôt grâce à l’effet surprise. Les désagréments sont par contre bien réels. Parlez-en aux parents qui avaient appris en pleine nuit la fermeture des écoles, en octobre 2021. Donner quelques jours de préavis n’a rien d’exagéré.

La volonté du gouvernement progressiste-conservateur de faire appel à des employés non syndiqués pour remplacer des grévistes dans certaines circonstances fait aussi réagir, avec raison. Il faut cependant encore une fois mettre cela en contexte avec la grève de 2021.

Selon le gouvernement, plusieurs fonctionnaires qui étaient considérés comme travailleurs essentiels ont choisi de protester en se prévalant de congés de maladie. Même si rien ne démontre que l’utilisation de travailleurs de remplacement permettrait d’empêcher cette situation de survenir et bien que cela mettrait de l’huile sur le feu, nous ne pouvons pas être surpris de voir le gouvernement présenter une solution à ce problème, réel ou non, dont il s’est déjà plaint publiquement.

Un autre ajout à la loi chicote les principaux intéressés, soit d’imposer une limite d’une année à l’issue de laquelle un vote de grève ne serait plus valide. Le syndicat devrait alors faire voter ses membres une nouvelle fois.

Chaque fois qu’un conflit de travail s’éternise, tant au Canada qu’au Nouveau-Brunswick, des politiciens laissent flotter l’idée que le syndicat ne représente pas réellement la volonté des grévistes et que si ceux-ci pouvaient voter sur la plus récente offre gouvernementale, ils l’adopteraient sans hésiter.

La volonté de limiter dans le temps la validité d’un vote de grève s’inscrit dans ce fantasme et n’aura que très peu d’effet, sinon aucun, sur les processus de négociation.

Un changement apporté aux critères concernant l’arbitrage exécutoire risque toutefois d’avoir un plus grand impact. La loi forcera l’arbitre à tenir compte de facteurs établis par la province, notamment sa capacité de payer et des salaires versés dans les secteurs publics et privés ailleurs en Atlantique, au moment de rendre sa décision concernant les salaires et avantages sociaux.

Ce n’est pas très différent de ce que vivent les travailleurs dans le secteur privé, où l’employeur n’a pas l’option d’augmenter ses tarifs sans tenir compte de la concurrence. Par ailleurs, avec un gouvernement qui engrange les mégasurplus budgétaires, cette dynamique pourrait avantager les travailleurs syndiqués, du moins à court et moyen terme.

Soyons clairs. Nous n’accusons pas les porte-paroles syndicaux de se plaindre le ventre plein. La négociation est un jeu où le rapport de force fait foi de tout. Un vieil adage dit que dans la vie, nous n’avons pas ce que nous méritons, mais ce que nous négocions.

Rien dans la loi qui vient d’être adoptée ne changera fondamentalement cette situation.

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