Le 25 janvier 2022, l’Acadie Nouvelle publiait un éditorial intitulé Le gouvernement se moque des acériculteurs. Près d’une année plus tard, rien n’a changé. L’administration Higgs continue de favoriser les grandes forestières au détriment des objectifs de croissance de l’industrie du sirop d’érable.

Le Nouveau-Brunswick est le troisième producteur de sirop d’érable au monde. En 2022, l’industrie a produit 10,3 millions de livres de sirop. Cette réussite est le fruit des efforts des acériculteurs, du climat mais aussi de la vision de décideurs.

Un gouvernement précédent avait en effet compris le potentiel économique et de croissance de cette ressource renouvelable. Quelque 14 500 hectares supplémentaires de forêt ont ainsi été accordés aux producteurs au milieu des années 2010 afin qu’ils puissent exploiter plus de sirop d’érable.

Cela ne s’était pas fait en criant ciseaux. Le 19 mars 2014, les acériculteurs ont manifesté devant la feuille d’érable géante de Saint-Quentin afin de faire part de leurs doléances. Exactement comme ils l’ont fait l’année dernière!

Ceux-ci ont malheureusement l’habitude de voir les gouvernements les faire poireauter ou d’être carrément ignorés. La manif de 2014 avait été organisée à la suite du dévoilement du plan forestier du gouvernement, lequel ne faisait aucune mention de la volonté des acériculteurs de prendre de l’expansion.

En septembre 1999, une association de producteurs de sirop d’érable avait tenté de convaincre le gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord de mettre fin à un moratoire sur la quantité de terres de la Couronne réservées aux érablières.

Près d’un quart de siècle plus tard, l’équilibre des forces n’a guère changé. «Le gouvernement n’en a toujours eu que pour les compagnies forestières, mais il faut que ça change», déclarait en 2014 Yvon Poitras, alors directeur général de l’Association acéricole du N.-B. La même déclaration pourrait être répétée aujourd’hui, mot pour mot.

L’actuel ministre des Ressources naturelles, Mike Holland, a refusé de participer à l’assemblée générale annuelle de l’Association acéricole, qui aura lieu à la fin du mois, prétextant ne pas être prêt à faire d’annonces officielles.

Pourtant, annonce ou pas, le gouvernement provincial est toujours bien représenté aux assemblées générales annuelles et forums de Forêts NB. Un coup d’œil à l’ordre du jour des réunions des dernières années révèle que le premier ministre Blaine Higgs a pris l’habitude de livrer le mot de bienvenu aux délégués!

Cette priorité accordée à Forêt NB s’explique par l’importance cruciale que revêt l’industrie forestière pour l’économie néo-brunswickoise. Néanmoins, la manière avec laquelle est traitée l’industrie érablière par ce gouvernement est inacceptable et frôle le mépris.

Mike Holland affirme ne pas être opposé aux demandes d’expansion des acériculteurs. Il veut plutôt se donner du temps pour bien analyser s’il s’agit de la meilleure utilisation à faire des terres de la Couronne qui sont réclamées.

Cette façon d’agir du ministre Holland serait normalement louable. Nous ne pouvons pas critiquer un gouvernement qui souhaite analyser tous les tenants et aboutissants avant de prendre la décision qu’il considère comme étant la meilleure.

Ce n’est toutefois pas ce qui est en train de se produire. Le gouvernement Higgs se laisse traîner les pieds depuis déjà trois ans. Les premières rencontres, en 2019, avaient pourtant été porteuses d’espoir. «On a été agréablement surpris par l’ouverture d’esprit du ministre Holland», avait déclaré dans nos pages Jean-François Laplante, un producteur de Saint-Quentin.

Les acériculteurs ont depuis perdu leurs illusions, M. Holland et ses représentants ne prenant même plus la peine de retourner leurs appels, disent-ils. Pire, pendant que le ministre poursuit sa réflexion, des forestières abattent les arbres situés près des érablières, bloquant ainsi définitivement toute possibilité de croissance dans les régions touchées.

Que Mike Holland n’ait pas les coudées franches au sein du gouvernement ou qu’il n’ait pas le courage politique pour accéder aux demandes des acériculteurs et pour tenir tête aux forestières est une chose.

Il est toutefois vital qu’il mette en place un moratoire sur les coupes forestières dans les secteurs qui bordent les érablières. Au rythme où se poursuit l’analyse du ministère, il ne restera plus d’érables à exploiter dans les secteurs identifiés le jour où il sera enfin prêt à rendre une décision.

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