La nouvelle carte électorale préliminaire est sous le feu de plusieurs critiques depuis quelques semaines. C’était prévisible. Surtout, c’est positif qu’il en soit ainsi.

Au Nouveau-Brunswick comme au Canada, les cartes électorales sont révisées aux 10 ans par une commission indépendante et apolitique. C’est ainsi que même un premier ministre hyperpartisan comme le conservateur Blaine Higgs a permis qu’un ancien premier ministre libéral, Camille Thériault, soit coprésident.

Les commissaires sont nommés par le gouvernement et doivent respecter les critères énoncés dans la loi, notamment en ce qui a trait au nombre de circonscriptions et à l’écart permis du nombre d’électeurs.

Ils jouissent néanmoins de l’indépendance nécessaire pour accomplir leur devoir tout en faisant abstraction des intérêts partisans.

Ce système est différent de celui en vigueur aux États-Unis, où les partis s’adonnent au gerrymandering, c’est-à-dire que les limites électorales sont souvent tracées afin de favoriser le parti au pouvoir et de diluer le vote des minorités.

La Commission de délimitation des circonscriptions électorales et la représentation a récemment déposé son rapport préliminaire. Nous avons salué en éditorial l’excellence de celui-ci de façon générale, tout en relevant le fait que des critiques se feraient sûrement entendre dans certaines régions qui n’étaient pas très difficiles à identifier.

C’est ce qui est en train de se produire.

Les critiques parmi les plus virulentes sont venues de Tracadie, où les électeurs de la municipalité ont été éparpillés dans trois circonscriptions différentes. Le député libéral Keith Chiasson a déclaré, dans une formule imagée, que sa communauté a été utilisée par les commissaires afin de «boucher les trous».

À Néguac, des voix se sont élevées contre la volonté de la commission de transférer la ville dans une circonscription avec Tracadie, au lieu de conserver les anciennes limites de Baie-de-Miramichi-Néguac.

Les commissaires ont voulu bien faire en regroupant ces citoyens dans une nouvelle circonscription à majorité francophone (Tracadie-Néguac). Cela ne passe toutefois pas auprès de plusieurs qui rappellent que leur véritable communauté d’intérêts est la région de Miramichi.

Un dossier plutôt curieux est par ailleurs à surveiller dans le Restigouche. Les représentants de Saint-Quentin ont demandé que leurs électeurs soient transférés dans une circonscription du Madawaska.

Les commissaires ont rejeté leur requête, ce qui ne fait pas l’affaire de la Commission des services régionaux du Restigouche. Son message peut se résumer ainsi: Saint-Quentin a fait le choix de ne pas être membre de la CSR-Restigouche et ne participe pas aux différents comités régionaux, comme celui sur le tourisme. Si ses citoyens préfèrent être représentés par des élus du Madawaska, personne ne devrait les retenir de force.

La commission devra se pencher sur plusieurs autres dossiers comme ceux-là. Il y a des insatisfactions concernant les nouvelles limites électorales un peu partout dans la province, notamment en raison du fait que les commis­saires n’ont pas toujours pu ou voulu tenir compte des frontières des villes fusionnées.

Il est facile de voir ces protestations comme étant un désaveu du travail de la commission. Il s’agit en fait d’exactement le contraire. Elles ne représentent pas un échec au tableau des décideurs. Elles sont plutôt la preuve que le système fonctionne comme il se doit.

Dessiner une carte électorale est un exercice complexe, encore plus dans une province comme le Nouveau-Brunswick où les différences sont marquées entre les régions rurales et urbaines de même qu’entre les communautés francophones et anglophones.

Le but de la commission n’est pas de faire plaisir à tout le monde. Elle a insisté sur ce point cette semaine, notamment en rappelant à un député qu’elle travaille avec les paramètres prévus dans une loi adoptée démocratiquement.

Cela dit, ces débats sont sains. Ils sont d’ailleurs encouragés. Le processus en tant que tel prévoit des consultations, le dépôt d’un rapport préliminaire suivi d’une deuxième série de rencontres publiques. Les commissaires peuvent ainsi voir comment leur travail est accueilli, prendre acte des critiques et apporter d’ultimes modifications à leur œuvre. Nous espérons qu’elles seront à la satisfaction des personnes touchées.

Cette façon de procéder est imparfaite, mais c’est la meilleure que nous connaissons. Elle produira une carte électorale qui ne fera pas l’affaire de tous mais qui, nous en avons la conviction, finira par respecter les droits et les attentes de la majorité des électeurs.

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