La députée fédérale Jenica Atwin poursuit son combat afin d’interdire la vente et l’utilisation du glyphosate au Canada. Elle ne remportera pas cette manche, ce qui ne signifie pas que ses efforts ont été inutiles.

Jenica Atwin est une ancienne élue du Parti vert devenue transfuge libérale peu avant les plus récentes élections fédérales de 2021.

La députée Atwin a quitté une famille politique qui souhaite interdire le glyphosate au Canada afin d’en joindre une autre qui n’a décidément pas la même position sur cet enjeu. Ça ne l’empêche toutefois pas de poursuivre ses efforts afin de mener à bien cette lutte qui lui tient manifestement à cœur.

C’est ainsi que Mme Atwin a présenté à la Chambre des communes une pétition contenant un peu plus de 18 000 signatures. Elle ne s’est pas arrêtée là. Elle parraine aussi un projet de loi privé qui, s’il était adopté, interdirait de «fabriquer, manipuler, stocker, transporter, distribuer ou utiliser du glyphosate en tant que produit antiparasitaire».

Ces efforts convaincront-ils le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau de prohiber le glyphosate au Canada? La réponse courte est non. Les efforts de Mme Atwin sont voués à l’échec, du moins à court terme. Et elle le sait.

Le gouvernement canadien reçoit, selon ses estimations, environ 1500 pétitions papier et quelque 200 pétitions électroniques, pour environ 500 000 signatures annuellement. Les 18 379 signataires anti-glyphosate ne risquent donc pas d’ébranler de sitôt le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos.

De même, le dépôt d’un projet de loi d’une simple députée, même si elle siège du côté du pouvoir, ne signifie pas qu’il sera adopté. Cela n’empêche pas les députés de tenter leur chance.

L’ancien élu fédéral néo-démocrate d’Acadie-Bathurst Yvon Godin a ainsi déposé de nombreux projets de loi dans les années 2000 afin d’apporter des modifications au programme d’assurance-emploi ou pour imposer le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, mais en vain. C’est aussi dans ce cadre que des députés conservateurs tentent régulièrement de déposer des projets de loi visant à restreindre le droit à l’avortement qui finissent par être défaits ou par mourir au feuilleton.

Les projets de loi privés ne sont même pas assurés d’être soumis au vote des parlementaires, en raison du temps limité pendant lequel siègent les élus. La priorité est plutôt accordée aux projets de loi parrainés par le gouvernement. Les simples députés doivent le plus souvent prendre leur mal en patience.

L’initiative de Jenica Atwin suscite néanmoins l’attention, et pour cause.

En effet, son intervention dans le débat survient alors que le gouvernement Trudeau vient tout juste de prolonger jusqu’en 2031 l’autorisation d’utiliser le glyphosate au pays. Elle attire donc l’attention sur une décision controversée que le gouvernement Trudeau souhaiterait sans doute voir tomber dans l’oubli. Surtout, elle donne un nouveau souffle à un débat qui n’est pas prêt de prendre fin.

Le glyphosate est un poison qui sera un jour déclaré illégal au Canada. Il est particulièrement efficace (ce qui explique sa popularité auprès de l’industrie forestière), mais est «probablement cancérogène pour les humains», selon une analyse de l’Organisation mondiale de santé en 2015. Un jour, Santé Canada en arrivera à la même conclusion.

Ce n’est toutefois pas pour demain. Historiquement, les gouvernements ont tendance à donner le bénéfice du doute aux multinationales et à accorder une importance démesurée à leur argumentaire. Les décennies passées ont par exemple vu Ottawa permettre l’utilisation de l’agent orange à la base militaire de Gagetown et sous-estimer les dangers associés à la cigarette.

Au Nouveau-Brunswick, le géant forestier JD Irving compte pas moins de 20 entrées dans le registre des lobbyistes de la province, incluant James D. Irving en personne. Quand ces gens-là susurrent dans les oreilles d’un haut fonctionnaire ou d’un ministre que le glyphosate est crucial pour leur entreprise, vous devinerez que ça pèse beaucoup plus lourd dans la balance que les requêtes d’une députée d’arrière-ban fédérale ou qu’une pétition.

Toutes les batailles ne sont cependant pas menées dans l’espoir d’une victoire immédiate et décisive. Jenica Atwin ne réussira pas en 2023 à convaincre le premier ministre Trudeau de changer son fusil d’épaule. Elle a toutefois réussi à apporter de la visibilité à cet enjeu et gagner des appuis en prévision de tentatives futures. Ce n’est pas rien.

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