Le départ du chef de cabinet Louis Léger envoie un nouveau signal que les choses sont en train de changer au sein du gouvernement. La purge entreprise dans les derniers mois a pour effet de permettre au premier ministre Blaine Higgs de nommer à des postes stratégiques des gens qui lui permettront de réaliser plus rapidement les objectifs qui lui tiennent à cœur.

Les départs, démissions et congédiements se sont multipliés récemment à Fredericton, le plus fracassant ayant été celui du ministre de l’Éducation Dominic Cardy. Louis Léger n’entre toutefois pas dans cette catégorie.

Ne vous attendez pas à des déclarations incendiaires ou à des révélations qui feront mal paraître le premier ministre Higgs. M. Léger a consacré une bonne partie de sa vie personnelle et professionnelle à la famille conservatrice, tant au provincial qu’au fédéral. Il est loyal à sa formation politique.

Seuls M. Léger et M. Higgs connaissent les circonstances exactes de cette séparation professionnelle qui est présentée comme étant faite à l’amiable.

Il n’est pas anormal de voir des chefs de cabinet se succéder au bureau du premier ministre, tant au fédéral qu’au provincial. Cela permet au premier ministre d’avoir accès à d’autres points de vue et d’autres idées. Ils sont aussi parfois sacrifiés pour empêcher le premier ministre d’être éclaboussé par une controverse ou un scandale.

Est-ce qu’une divergence d’opinion sur un sujet controversé – entrée de Kris Austin au Cabinet, abolition de l’immersion, etc. – a eu pour effet de convaincre M. Léger que l’heure de la retraite a sonné ou d’inciter M. Higgs à pousser son homme de confiance vers la porte de sortie? Rien n’est impossible. M. Léger a d’ailleurs répondu «oui et non» à une question de l’Acadie Nouvelle à ce sujet. Il a toutefois bien pris soin de préciser que son départ s’explique d’abord et avant tout par un désir de se retirer du monde politique et de laisser la place à d’autres.

Cela s’explique du fait que 2023 est une année préélectorale. En politique, c’est le moment de s’interroger à savoir si vous souhaitez vivre une autre campagne électorale et éventuellement un autre mandat de quatre ans.

Le premier ministre Higgs lui-même est en réflexion à ce sujet. Il est normal que ce soit la même chose au sein de son entourage.

La retraite de Louis Léger signifie le départ de l’Acadien le plus influent du gouvernement provincial, peut-être même de tout le Nouveau-Brunswick. Pendant une dizaine d’années, l’Acadie Nouvelle a présenté pendant les Fêtes son palmarès des francophones les plus influents de la province. M. Léger s’est retrouvé au 3e rang de cette liste en 2019 et au sommet du classement en 2020.

N’allez toutefois pas croire que c’est un rempart acadien contre les velléités du premier ministre Higgs qui disparaît. M. Léger est un fier Acadien et nous n’avons aucun doute que cela s’est exprimé dans ses échanges quotidiens avec son patron. Toutefois, il n’a pas joué à l’interne un rôle d’opposition ou de protecteur des droits des francophones.

En fait, par ses fonctions, Louis Léger a appuyé ou s’est rallié à chacune des décisions prises par le gouvernement Higgs au cours des quatre dernières années. En s’assurant que la volonté du premier ministre soit bien comprise et respectée par les ministres et les hauts fonctionnaires, il a de plus contribué à la mise en vigueur de chacune d’entre elles. Ce sera la même chose avec son successeur, peu importe sa langue maternelle.

Cela reste néanmoins une perte pour la communauté acadienne. Les relations étant moribondes avec le premier ministre, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick se tournait plutôt vers M. Léger pour faire avancer ses dossiers.

La vérité est que ce gouvernement possédait déjà très peu d’antennes chez les francophones. Cela ne risque pas de s’améliorer, surtout si Blaine Higgs réagit au départ de son homme de confiance en le remplaçant par un unilingue anglophone supplémentaire, originaire de Saint-Jean et qui connaît peu le Nord francophone.

Même s’il y a peu de chance que notre appel soit entendu, nous invitons Blaine Higgs à choisir un nouveau chef de cabinet qui, à l’instar de Louis Léger, saura maintenir des lignes de communication avec la société civile acadienne. Une personne ayant le profil de Claude Williams, ancien ministre et ex-président du Parti progressiste-conservateur, contribuerait à atteindre cet objectif.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle