Pour les 26 résidents de deux foyers de soins spéciaux de Neguac et leurs proches, ce n’est rien de moins qu’une catastrophe. Ils devront déménager, la plupart d’entre eux loin de leur communauté, en raison de la fermeture abrupte de l’établissement où ils vivent. Le gouvernement provincial a pris les mesures qui s’imposent, mais devra à l’avenir mieux gérer ces situations quand elles se reproduiront.

Le 17 janvier, le ministère du Développement social diffusait un communiqué de presse dans lequel il révélait avoir révoqué le permis d’exploitation de deux foyers de soins spéciaux, soit la Villa Neguac et le Foyer Saint-Bernard. L’annonce a été faite de façon précipitée, en soirée, quand les rumeurs de fermeture ont commencé à circuler dans la communauté et les médias sociaux.

La ministre Dorothy Shephard est restée vague sur ce qui l’a poussée à intervenir. Dans la lettre d’expulsion remise aux résidents, il est par contre fait référence à des articles de la loi indiquant qu’un permis d’exploitation peut être révoqué si les lieux sont «dangereux, destructifs, dommageables pour les usagers». Bref, on imagine la maison de l’horreur, même si ce n’était pas du tout le cas.

Mettons les choses au clair. Nous avons la conviction que le ministère n’a pas pris à la légère cette décision de révoquer les permis d’exploitation de ces deux foyers. Il a agi de cette manière parce qu’il n’a pas le choix et parce qu’il estime que le bien-être et même la sécurité des personnes âgées qui y habitent sont menacés.

Nous déplorons néanmoins le fait que la ministre Shephard a gardé les résidents et la population dans le noir concernant les raisons de sa décision, sous prétexte de la protection des renseignements personnels. Personne ne lui demande de révéler publiquement les noms des résidents ni le contenu de leur dossier médical. Une décision aussi traumatisante que de déménager de force une personne âgée et vulnérable dans un autre établissement et dans une autre communauté, loin de sa famille, doit toutefois être mieux justifiée.

Les témoignages des employés dans les médias comme l’Acadie Nouvelle ont permis de mieux comprendre ce qui s’est produit. Ils ont peint le portrait d’un propriétaire absent, impossible à joindre et qui ne payait pas toutes les factures, notamment d’épicerie, et ce, alors que la directrice était en congé de maladie longue durée. Les préposés aux soins ont dû prendre les choses en main afin de gérer les opérations.

Le fait que le propriétaire présumément délinquant, Amarjeet Singh Jatana, réside à l’étranger n’a pas facilité les choses.

Il ne s’agit toutefois pas de la cause profonde du problème. Il existe de bons propriétaires de l’extérieur de la province ou du pays, comme il y a sûrement de piètres propriétaires ou gestionnaires acadiens. La firme Shannex est basée en Nouvelle-Écosse, ce qui ne l’empêche pas de gérer avec compétence des dizaines de foyers de soins au Nouveau-Brunswick.

Par contre, il est clair que le gouvernement provincial doit faire un meilleur travail de vérification avant d’approuver la vente d’un foyer. Il n’a pas vu ou ignoré les voyants rouges qui clignotaient, M. Jatana ayant été visé par des poursuites judiciaires par le passé.

La loi doit aussi être modifiée afin de permettre au gouvernement de mettre sous tutelle les foyers qui sont de propriété privée.

Dans la situation actuelle, le ministère a les mains liées. La Villa Neguac et le Foyer Saint-Bernard ne lui appartiennent pas. Son seul recours est de retirer le permis d’exploitation et de transférer les résidents.

Nous croyons que Fredericton devrait avoir la prérogative de prendre le contrôle des établissements de soins longue durée, quand le propriétaire ne remplit pas ses obligations, et d’avoir le pouvoir d’en forcer ensuite la vente.

Personne n’est de mauvaise foi dans la capitale. Ces deux foyers fermeront leurs portes parce qu’il n’existe pas d’autres solutions réalistes dans le cadre actuel. Néanmoins, on ne nous fera pas croire que transférer des citoyens aînés de cette manière est une bonne chose pour eux.

Le gouvernement provincial doit retenir les leçons de ce qui est en train de se produire à Neguac et se donner des outils pour limiter les chances qu’un tel scénario néfaste se reproduise.

La ministre Dorothy Shephard en est consciente. Il lui reste à agir.

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