Le mardi 21 mars, le ministre des Finances Ernie Steeves déposera le budget provincial. Dans les jours suivants, les députés seront invités à se prononcer puis à voter son adoption. Au moins trois sièges seront toutefois vides. Un seul homme sera à blâmer: le premier ministre Blaine Higgs.

Trois circonscriptions sont vacantes au Nouveau-Brunswick: Dieppe, Restigouche-Chaleur et Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore. Elles étaient respectivement occupées par les députés libéraux Roger Melanson, Daniel Guitard et Denis Landry, qui ont quitté la politique provinciale.

Les trois hommes ont fait part de leurs intentions en octobre 2022. C’était il y a cinq mois. Blaine Higgs avait promis à l’époque qu’il ne se traînerait pas les pieds avant d’annoncer la date des scrutins. Il n’a pas tenu promesse.

L’Acadie Nouvelle dénonce depuis plusieurs années en éditorial cette détestable habitude des premiers ministres d’attendre le plus longtemps possible avant de remplacer les députés démission­naires, surtout dans des circonscriptions susceptibles d’être remportées par un parti d’opposition.

Des premiers ministres comme Bernard Lord et Brian Gallant se sont ainsi rendus coupables d’avoir privé durant de longs mois des électeurs d’une représentation à l’Assemblée législative, et ce, pour des raisons partisanes.

Blaine Higgs a toutefois poussé le bouchon encore plus loin. Il a attendu un an avant de déclencher une élection complémentaire pour élire un successeur au député Greg Thompson en 2020 et onze mois pour remplacer Jake Stewart et Lisa Harris en 2022.

En ce qui a trait aux trois circonscriptions actuellement vacantes, le premier ministre a promis d’annoncer la date du scrutin au retour des députés à la législature, la semaine prochaine.

Il est difficile de déterminer si nous pouvons le croire. M. Higgs ne s’est pas gêné par le passé pour ignorer ou repousser des échéanciers qu’il s’était pourtant lui-même fixés, en particulier à la suite de la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Que la promesse soit tenue ou non, le long délai entre la démission des députés et l’annonce d’une date pour les remplacer reste inacceptable. Nous ne parlons pourtant pas ici d’un dossier complexe à gérer mais d’une date pour trois scrutins complémentaires. Il n’y a rien qui justifie cette longue réflexion, outre la partisanerie.

Ces élections complémentaires auraient dû avoir lieu en mars afin de permettre aux futurs députés de faire leur entrée à l’Assemblée législative en même temps que leurs collègues. C’est d’autant plus vrai que l’élection de Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore devrait normalement permettre l’élection de la chef du Parti libéral, Susan Holt.

Au Canada, les gouvernements ont souvent tendance à faciliter l’élection du chef de l’opposition lors d’une élection partielle. Il arrive même que le parti au pouvoir ne présente aucun candidat lors du scrutin, une tradition qui n’est toutefois pas ancrée dans les moeurs néo-brunswickoises.

Or, le député Denis Landry a offert pour la première fois son siège à Susan Holt en août 2022. Blaine Higgs aurait pu négocier le départ de M. Landry, puis accélérer l’élection de sa vis-à-vis libérale. Il ne l’a pas fait.

Les atermoiements du chef progressiste-conservateur ne peuvent même pas s’expliquer pour des raisons stratégiques. Son parti compte sur une très confortable majorité à l’Assemblée législative, avec 29 députés contre 13 pour le Parti libéral et trois pour le Parti vert (plus l’indépendant Dominic Cardy).

Blaine Higgs craint-il l’ajout sur les banquettes de l’opposition de trois députés, y compris d’une chef de l’opposition? C’est peu probable. Il s’agit plutôt d’une forme de mesquinerie, le premier ministre ayant souvent montré depuis son accession au pouvoir une tendance à la partisanerie politique.

Il n’est pas impossible non plus qu’il cherche à gagner du temps afin de déclencher dans un proche avenir des élections provinciales anticipées, comme il l’avait fait en 2020 en pleine crise sanitaire de la COVID-19. Après avoir atteint un creux de vague, le gouvernement Higgs a retrouvé une partie de la faveur des électeurs depuis qu’il a abandonné son plan mal avisé d’abolir le programme d’immersion française dans le système d’éducation anglophone. Il pourrait être tenté d’en profiter. Ce serait bien là le comble du cynisme de la part d’un politicien qui n’en manque pourtant pas.

Blaine Higgs a suffisamment abusé de notre patience collective. Il faut des élections partielles au plus vite.

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