La grève de quelque 120 000 fonctionnaires fédéraux n’aura finalement duré qu’un peu plus de deux semaines. Une bonne nouvelle pour les syndiqués, pour les citoyens qui pourront retrouver la qualité de service qu’ils sont en droit d’exiger et, surtout, pour le premier ministre Justin Trudeau, qui évite une crise politique qui aurait pu emporter son gouvernement.

La grève générale de la fonction publique était la plus importante en plus de trois décennies. Elle a aussi été l’une des plus inutiles.

Les fonctionnaires jouissent déjà d’excellentes conditions de travail et l’offre patronale de base était raisonnable. Le conflit de travail a probablement poussé Ottawa à bonifier son offre quelque peu, notamment avec l’octroi d’une prime de signature de 2500$. Il aurait cependant été possible d’obtenir le même résultat sans débrayage.

Le gouvernement a en effet refusé de plier sur ce qui était le grand enjeu de cette négociation et la véritable raison de cette grève, soit le droit au télétravail. L’employeur a réussi à préserver son droit de gérance. C’est une bonne nouvelle, le syndicat n’ayant pas fait la preuve que de permettre à un plus grand nombre de fonctionnaires de travailler plus souvent à domicile aurait amélioré la qualité des services offerts aux citoyens.

Les syndiqués ne sortent néanmoins pas perdants de ce processus. Avec des hausses salariales de 3% par année pendant quatre ans, plus quelques autres gains, ils ne signent pas au rabais et peuvent être satisfaits de l’entente négociée. Nous les invitons à voter l’adoption de cette nouvelle convention collective.

De son côté, le gouvernement Trudeau achète la paix, met fin à la grève avant qu’elle ne s’étire indûment et, surtout, échappe au spectre d’une crise politique.

Il était hors de question de laisser cette dispute se prolonger durant des mois. Trop de services essentiels – passeports, impôts, aéroports, etc. – étaient touchés. Or, il n’y a que deux façons pour un gouvernement de mettre fin à un tel conflit: la négociation ou une loi spéciale de retour au travail.

La deuxième option aurait mis le premier ministre Justin Trudeau dans une situation délicate.

Le Parti libéral est minoritaire à la Chambre des Communes, mais il s’appuie sur le Nouveau Parti démocratique pour se maintenir au pouvoir. Or, le chef Jagmeet Singh n’aurait jamais appuyé une loi de retour forcé au boulot.

Justin Trudeau aurait été contraint de se tourner vers le Parti conservateur et son chef, Pierre Poilievre. Ce dernier démonise depuis des mois son adversaire libéral sur toutes les tribunes. Il est loin d’être certain qu’il aurait accepté de lui faire une fleur en l’aidant à mettre fin à la grève.

Même si cela avait été le cas, une telle alliance aurait pu pousser Jagmeet Singh et le Nouveau Parti démocratique à larguer les libéraux, ce qui aurait mené tôt ou tard à la chute du gouvernement et à des élections fédérales dont l’issue aurait été incertaine.

C’est sans oublier les nombreux ratés dans l’offre des services fédéraux – pensez aux interminables files d’attente devant les bureaux de passeport l’année dernière – qui sont frais dans la mémoire des gens. Une grève s’étirant plusieurs mois aurait ravivé de mauvais souvenirs.

Avec cette entente de principe, et en présumant que celle-ci sera adoptée, le gouvernement Trudeau échappe à tous ces scénarios catastrophes. Tant mieux pour lui, ce ne sont pas les crises à gérer qui manquent, à commencer par celle provoquée par les tentatives d’influence chinoise.

Il sera par ailleurs intéressant de constater si l’entente négociée avec Ottawa aura un impact sur celle qui sera éventuellement négociée avec les enseignants néo-brunswickois. Si les syndiqués fédéraux n’ont pas réussi à décrocher la lune, il est peu probable que les fonctionnaires provinciaux fassent beaucoup mieux.

Dans les deux cas, un enjeu non salarial important a fait achopper les négociations. Au fédéral, il s’agissait du droit au télétravail. Pour leur part, les enseignants s’opposent à la volonté de l’employeur d’annuler le transport scolaire tout en gardant les écoles ouvertes les jours de tempête. Le syndicat évoque des enjeux de sécurité, d’apprentissage ainsi qu’une charge de travail additionnelle.

Chaque négociation est différente. Il est impossible de prédire comment celle-ci se terminera. Néanmoins, si la Fédération des enseignants du N.-B. souhaitait s’appuyer sur les gains obtenus par l’Alliance canadienne de la fonction publique pour obtenir gain de cause sur tous les fronts, elle devra se résoudre à réviser certaines de ses attentes à la baisse.

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