Miramichi-Grand Lake: les enjeux ne manquent pas, les candidats non plus!

Après quatre ans au pouvoir, le député libéral de Miramichi-Grand Lake, Pat Finnigan, parviendra-t-il à conserver son siège? Rien n’est certain dans cette circonscription dans laquelle huit candidats s’affronteront lors de l’élection du 21 octobre.

Pat Finnigan, originaire de Rogersville, a facilement remporté l’élection en 2015 avec 47,31% des voix contre seulement 34,31% des votes pour la députée sortante, Tilly O’Neill-Gordon du Parti conservateur.

Mme O’Neill-Gordon occupait le siège depuis 2008, mais historiquement, les gens de la circonscription de Miramichi préfèrent les candidats libéraux. Avant 2008, seul Bud Jardine, du Parti progressiste-conservateur avait réussi à détrôner les libéraux, en 1984. Son séjour en politique fédérale a été de courte durée, car il a été battu par Maurice Dionne, du Parti libéral quatre ans plus tard. Avant Bud Jardine, il faut remonter à 1940 pour trouver le nom du dernier élu conservateur, soit Joseph Leonard O’Brien.

En 2019, huit candidats tentent leurs chances, soit Pat Finnigan (Parti libéral), Peggy McLean (Parti conservateur), Patty Deitch (Parti vert), Margaret Eileen Taslenko (NPD), Ron Nowlan (Parti populaire), Allison Mackenzie (Indépendente) et Mathew Lawson (Indépendent).

Comme dans plusieurs régions de la province, la population de Miramichi-Grand Lake est vieillissante. En 2016, l’âge moyen était de 45,6 ans. Avec ses quelque 57 000 habitants, la circonscription est majoritairement anglophone, mais elle comprend une importante minorité francophone, qui représente environ 24% de la population.

Elle comprend aussi plusieurs communautés avec une majorité francophone, dont Néguac, Baie-Sainte-Anne, Rogersville et une partie de la Municipalité régionale de Tracadie

La circonscription englobe aussi plusieurs communautés autochtones, dont les premières nations d’Elsipogtog (Big Cove) et d’Esgenoopetitj (Burnt Church), Metepenagiag (Red Bank) et d’Eel Ground.

Droits des francophones

Peu importe le prochain parti au pouvoir, les francophones de la circonscription espèrent que leur prochain élu saura défendre leurs droits et leurs intérêts à Ottawa.

Bien que la Ville de Miramichi compte moins de 2000 francophones sur une population de plus de 17 000, la communauté est florissante, dit Marc Allain, directeur général du Carrefour communautaire Beausoleil, le lieu principal de rencontre des francophones de Miramichi.

Au cours des dernières années, Marc Allain a sonné l’alarme à plusieurs reprises pour décrier le manque d’espace dans l’école Carrefour Beausoleil, qui accueille des élèves de la maternelle à la 12e année. Entre septembre 2017 et septembre 2018, le nombre d’inscriptions est passé de 267 à 276.

Les francophones de Miramichi demandent surtout un élu à l’écoute.

«Nous sommes une petite voix dans une région vaste. Ça peut arriver de ne pas être entendu. On s’attend que la personne portée au pouvoir reconnaisse notre spécificité. Notre communauté est en épanouissement et nous vivons dans une période assez exceptionnelle à Miramichi, mais nous connaissons des défis au niveau de nos espaces scolaires et communautaires. Nous avons besoin d’être entendus, car nos besoins sont criants et souvent, ils ne sont pas reconnus à leur juste valeur.»

Infrastructures municipales

Rogersville est l’une des municipalités à majorité francophone dans Miramichi-Grand Lake.

Dans une communauté comme Rogersville, le gouvernement fédéral joue un rôle de premier plan dans le développement des infrastructures, car les municipalités sont en mesure de toucher à des subventions comme le Fonds de la taxe sur l’essence.

«Ce sont des programmes que nous avons besoin pour poursuivre le développement de notre communauté. Sans la taxe sur l’essence, il y a bien de nos projets qui n’iraient pas de l’avant», dit Pierrette Robichaud, mairesse de Rogersville.

Immigration

Avec une population dont l’âge moyen s’élevait à 53 ans en 2016, Rogersville cherche aussi de moyens pour rajeunir sa population. L’immigration figure parmi les solutions.

«C’est un dossier difficile à gérer, mais nous avons besoin de nouveaux arrivants si nous voulons survivre», lance Mme Robichaud.

Un récent sondage mené auprès des membres de la Chambre de commerce de Rogersville a démontré que les employeurs vont bientôt connaître un manque criant de main d’oeuvre.

«Les statistiques sont énervantes. Il y a un manque de main-d’oeuvre pour nos entreprises. On parle du foyer de soins, des commerces, des entreprises de construction, pour la collecte de déchets. C’est un problème partout.»

Mme Robichaud ne perd pas espoir. Des entreprises à Richibucto, Cap-Pelé et à Saint-Quentin commencent tranquillement à recruter de nouveaux travailleurs de l’étranger.

«Ce sont des endroits où il y a des immigrants qui viennent prendre la relève.»

Environnement

Avec des centaines de milliers de personnes au Canada qui ont récemment participé à la marche pour le climat, la protection de l’environnement devrait aussi être à la tête des priorités du prochain député, croit Mme Robichaud.

«Je suis une vieille de la vieille, mais lorsque tu parles avec les plus jeunes, l’environnement est une priorité et ils ont raison. Il suffit de constater les façons dont le climat a changé dans nos propres régions au cours des dernières années. Ma préoccupation est de savoir quelle sorte de planète va-t-on laisser à nos petits enfants? Ça nous touche tous d’une façon ou d’une autre qu’on le veuille ou pas.»

Assurance-Emploi

Outre la Ville de Miramichi, la vaste majorité de Miramichi-Grand Lake est rurale. À plusieurs endroits, l’économie tourne autour des industries saisonnières. Les gens de Baie-Sainte-Anne connaissent cette réalité.

Ligouri Turbide est une figure bien connue à Baie-Sainte-Anne. Il est président du DSL et chef de la brigade de pompiers. Au cours des dernières années, il fait aussi partie d’un grand mouvement qui demande au gouvernement fédéral d’assouplir les critères pour être admissible aux prestations de l’assurance-emploi.

Bien entendu, le gouvernement Trudeau a annoncé plusieurs millions de dollars en investissements et a adopté des mesures visant à soutenir les travailleurs saisonniers du pays, dont l’ajout d’un programme pilote dont le but est de permettre aux gens de toucher à cinq semaines supplémentaires de prestations.

De son côté, M. Turbide continue de suivre de près les demandes des groupes comme le Conseil national élargi des chômeurs et des chômeuses, un organisme qui comprend des représentants au Québec et au Nouveau-Brunswick. Le CNECC propose notamment la création de régions protégées où les travailleurs auraient seulement à accumuler 420 heures assurables durant une période pour pouvoir toucher à des prestations. Le dénominateur serait fixé à 12 semaines dans ces régions.

«Jusqu’à maintenant, ce que le gouvernement fédéral a proposé, comme les cinq semaines supplémentaires, n’est pas assez pour résoudre le problème. L’assurance-emploi est un grand enjeu ici parce que notre économie est saisonnière.»

Même si sa communauté se trouve loin des principaux axes routiers, Ligouri Turbide espère que Baie-Sainte-Anne et les petites communautés semblables se trouveront sur le radar des élus fédéraux. D’après lui, les gens de Baie-Sainte-Anne paient leur juste part de taxes, mais ils reçoivent moins de services.

«Ils ont tendance à oublier nos besoins. Je suis président du DSL et chef de la brigade de pompiers et il faut toujours se battre jusqu’à la dernière goutte pour avoir quelque chose.»