Langues officielles: les chefs avares de détails

L’engagement des chefs des principaux partis fédéraux envers la modernisation de la Loi sur les langues officielles lors du dernier débat télévisé de la campagne est une bonne nouvelle, selon la Société Nationale de l’Acadie qui déplore toutefois l’absence de détails concrets.

La question d’un Franco-Ontarien sur les pouvoirs du commissaire aux langues officielles du Canada  lors du débat de jeudi a donné l’occasion aux chefs de courtiser l’électorat francophone en milieu minoritaire.

Marc Gravel voulait savoir ce que les chefs comptaient faire «concrètement» pour que le commissaire «puisse enfin faire respecter cette loi et donner à tous les francophones du Canada un service adéquat et équivalant aux autres?»

Même si la plupart des chefs n’ont pas répondu directement à sa question, Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Elizabeth May ont tous promis de moderniser la Loi sur les langues officielles s’ils se retrouvent dans le siège du premier ministre après le 18 octobre.

«C’est l’une des bonnes nouvelles de savoir que tous veulent voir cette modernisation de la loi, mais tout est dans les détails. Comment vont-ils la mettre en oeuvre? Il faut encore le définir», constate le vice-président de la SNA, Kassim Doumbia.

«Nous ne sommes pas nécessairement satisfaits parce qu’on voit que les chefs s’engagent chacun à vouloir réviser la Loi sur les langues officielles. Aucun ne s’avance complètement sur les éléments que nous on voudrait voir.»

Dans sa réponse, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a souligné l’«investissement record» de son gouvernement dans les communautés linguistiques en milieu minoritaire et il a promis de moderniser la loi, sans être plus précis.

«On comprend la lutte que vous vivez tous les jours et on sera toujours avec vous», a-t-il dit.

M. Trudeau a aussi rappelé les coupes du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford en Ontario dans les services aux francophones en accusant son adversaire Andrew Scheer de vouloir faire la même chose.

Le chef du Parti conservateur a nié les accusations de Justin Trudeau en rappelant ses intentions concernant la création de l’Université francophone de l’Ontario.

«J’ai fait un engagement très clair pour appuyer cette université et j’ai proposé de moderniser la Loi sur les langues officielles.»

Jagmeet Singh du NPD a promis lui aussi de moderniser la loi et de «mieux financer les services en français».

«Si le gouvernement veut faire quelque chose, il le fait. C’est une question de courage. C’est une question de volonté. On a la volonté parce que c’est tellement important.»

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a été la seule des belligérants à aller jusqu’à promettre de donner au commissaire aux langues officielles les moyens de «punir» les ministères et les agences fédérales qui manquent à leurs obligations envers les francophones.

«(Je vais donner) plus de pouvoir (au commissaire) pour exiger que les agences dans le domaine fédéral présentent les services adéquats et égaux pour les deux langues officielles dans la première année de mon mandat», a-t-elle dit.

La SNA demande au prochain gouvernement fédéral de donner «plus de mordant» aux commissaires pour qu’il puisse imposer des «mesures coercitives» aux entités qui ne respectent pas la Loi sur les langues officielles, explique Kassim Doumbia.

La loi modernisée devrait également avoir un aspect «réparateur» qui tiendra compte des «retards historiques» et du «traitement inégal» qu’ont vécus les communautés linguistiques en milieu minoritaire, avance le vice-président.

La loi devra aussi être accompagnée de «cibles précises» et d’«indicateurs» afin de mesurer les progrès pour les francophones.

Peu importe qui occupera le 24 Sussex après les élections, M. Doumbia espère qu’Ottawa s’inspirera fortement du travail de consultation qui a déjà été effectué avant le déclenchement des élections.

«Il est clair qu’il ne faudra pas recommencer à zéro. On devrait bâtir sur ce qui existe déjà pour aller de l’avant.»