Ce n’est pas tous les jours qu’un réalisateur du calibre de Paul Greengrass tourne un film diffusé exclusivement en ligne. C’est ce qu’est le bouleversant 22 July (sur Netflix depuis la mi-octobre), un des meilleurs films qu’il m’ait été donné de voir cette année, tous médias confondus.

Greengrass n’est pas n’importe qui. L’Anglais âgé de 63 ans est un maître du suspense et de la tension.

On n’a qu’à penser à Bloody Sunday (2002), Green Zone (2010), United 93 (2006) et, surtout, Captain Phillips (2013).

22 July revient sur les horribles événements qui se sont déroulés à cette date, en 2011, dans la très pacifique Norvège.

Ce jour-là, un jeune Norvégien a tenté d’éradiquer le gouvernement de son pays en posant une bombe près des bureaux du premier ministre. L’explosion a fait neuf morts et des centaines de blessés.

Une heure et demie plus tard, il s’est rendu sur une petite île où 600 adolescents étaient réunis pour un camp d’été. Armé d’une puissante arme automatique, le forcené a froidement abattu 68 jeunes, en blessant des dizaines d’autres.

C’est de cette façon que le terroriste, un sympathisant nazi, souhaitait exprimer son opposition à l’accueil d’immigrants en territoire norvégien.

Vous aurez deviné que 22 July est un film extrêmement lourd.

Dans la première partie, dérangeante au possible, on assiste au massacre. La scène – tournée sans jamais tomber dans le mauvais goût ou l’exploitation – est d’une intensité qui est à la limite du supportable.

Le réalisateur laisse parler les images, il laisse la tension venir d’elle même, sans rien forcer. Ce qui est laissé à l’imagination est tout aussi effrayant que ce qui est montré à la caméra.

Dans les 90 dernières minutes, le film nous fait mieux connaître les motivations du tueur en plus de nous relater le difficile quotidien d’un adolescent qui a été gravement blessé lors de la fusillade.

On se sent révolté devant l’arrogance, la suffisance et l’absence de remords exprimés par le terroriste.

On est aussi appelé à mieux comprendre tous les ravages physiques et psychologiques qu’il a pu causer chez les survivants ainsi que les familles des victimes.

Greengrass a eu recours à des comédiens norvégiens et la très grande majorité se tirent très bien d’affaire, dont Jonas Strang Gravli, Anders Denielsen Lie (dans le rôle du tueur) et, surtout, Maria Bock, dans un rôle secondaire.

22 July nous met face à l’intolérance, à la haine, à la violence, à la souffrance et à toute une série de sentiments auxquels les médias, la télévision, le cinéma et les jeux vidéo, notamment, nous ont peut-être anesthésiés.

Pourtant, j’ai rarement vu un film aussi révoltant. Et c’est probablement là la plus grande qualité de l’oeuvre: elle nous fait sentir humain tout en nous rappelant que la violence ne mène à rien. (4,5/5)

Ce que j’ai pensé de… (spécial Halloween!)

Malevolent (exclusivité Netflix) – Dans l’Écosse des années 1980, quatre jeunes escrocs se font passer pour des chasseurs de fantômes. Jusqu’au jour où ils tombent sur un cas qui n’a rien de fictif… L’histoire de Malevolent n’a rien de bien original, ni le traitement (si le sujet vous intéresse, je vous conseille le très supérieur The Last Exorcism). Le problème avec le film, c’est qu’il n’y a pas de deuxième acte. Pour rendre le climat beaucoup plus intense, il aurait fallu en savoir davantage sur la maison hantée et les crimes qui y ont été commis. La finale, sanguinolente et à la limite du supportable, détonne également avec l’ambiance du reste de l’oeuvre, davantage portée sur le suspense. Un film qui ne passera pas à l’histoire. (2/5)

The Endless (Netflix et Amazon) – Si vous n’avez pas peur de vous torturez les méninges The Endless est pour vous. Dans cette histoire acabradabrante, on fait la connaissance d’Aaron et de Justin, deux hommes qui, à l’adolescence, se sont échappés d’une secte qui voue un culte à une puissance extra-terrestre. Parce que Justin est nostalgique de cette époque, Aaron accepte de l’accompagner pour une journée, question de lui démontrer que sa mémoire lui joue des tours. Une fois sur place, les deux frères iront de découvertes en découvertes… J’ai rarement vu un film qui soulève autant de questions. Les réponses ne sont pas toutes au rendez-vous et c’est probablement ce qui déterminera si vous avez aimé ou non l’expérience. Je salue au passage le jeu d’Aaron Moorhead et de Justin Benson, deux hommes qui ont davantage l’habitude de travailler derrière la caméra. (2,5/5)

Hold the Dark (exclusivité Netflix) – Le cinéaste Jeremy Saulnier (Green Room) aime beaucoup aborder la part sombre de l’humanité dans ses oeuvres et il récidive dans Hold the Dark, une oeuvre d’une noirceur abyssale. Pour dire les choses simplement, le film a l’ambiguïté de There Will Be Blood (2014) et l’ambiance de Fargo (2007). Il raconte l’histoire de Russel Core (Jeffrey Wright), un anthropologiste appelé à chasser un loup soupçonné d’avoir enlevé trois enfants dans une minuscule communauté autochtone du nord de l’Alaska. Il mettra alors à jour un terrible secret. Hold the Dark est un film extrêmement lourd qui s’adresse à un public patient. Alexander Skarsgard (True Blood) est brillant dans le rôle du père assoiffé de vengeance. On risque toutefois de se souvenir de l’oeuvre en raison d’une longue et très tendue fusillade qui est un petit bijou de réalisation. Si vous aimez les films thématiques où une importante place est accordée à l’interprétation, je vous le conseille. (3,5/5)

Apostle (exclusivité Netflix) – Au début des années 1900, un ancien pasteur ayant renié sa foi se rend sur une île isolée afin de récupérer sa soeur, enlevée par les meneurs d’une secte. Sur place, il ira de révélation en révélation. La première chose qui frappe avec Apostle, c’est la beauté des images. Les charmes de la petite île britannique où a eu lieu le tournage sont exploités au maximum. L’histoire est plutôt banale (et n’est pas sans rappeler The Wicker Man), mais le réalisateur Gareth Evans est parvenu à créer des plans cauchemardesques (et très violents) qui vont vous hanter pendant quelques jours. Film multigenres, Apostle alterne entre le drame, le suspense, l’horreur et le film d’exploitation, surtout dans sa deuxième heure. Un divertissement potable que les allergiques au macabre voudront éviter.  (3/5)

BIENTÔT SUR VOS ÉCRANS

Amazon Prime Video

  • Holly Hobbie – (16 novembre)

Le personnage de cartes de souhait le plus populaire de l’histoire devient le héros de sa propre série télévisée destinée aux adolescents sous la lentille de Sarah Glinski (Degrassi).

Nouveaux films d’intérêts:

Michael Clayton (1er novembre), My Girl (1er), The Birdcage (1) et Kick-Ass (3)

Hulu

  • Homecoming – (2 novembre)

Une des séries les plus attendues de l’automne, Homecoming met en vedette Julia Roberts. La Pretty Woman interprète une ancienne psychologue qui se retrouve au coeur d’une enquête du gouvernement américain sur un établissement qui vient en aide aux anciens combattants.

Nouveaux films d’intérêts:

28 Days Later (1er novembre), The Big Lebowski (1er), Goldfinger (1er), Leaving Las Vegas (1er), Le Violon Rouge (1er) et Wonder (2)

Netflix

Novembre déborde d’exclusivités intéressantes chez Netflix avec la sixième et dernière saison de House of Cards (2 novembre), un western réalisé par les frères Cohen du nom de The Ballad of Buster Scruggs (16 novembre), la quatrième saison de Narcos (2 novembre) et une série documentaires de Robert Zemeckis intitulée Medal of Honor (9 novembre).

Nouveaux films d’intérêts:

Children of Men (1er novembre), Doctor Strange (1er), Good Will Hunting (1er) et The English Patient (1er)

Le classique du mois

Il est difficile de croire que Good Will Hunting, un des films phares des années 1990, a déjà 21 ans… Vainqueur de deux Oscars et mis en nomination pour neuf statuettes (dont celle du meilleur film), l’oeuvre nous fait passer par toute la gamme des émotions. Le regretté Robin Williams est brillant dans le rôle d’un psychologue dont le client, interprété par le tout aussi bon Matt Damon, est un génie doté d’une graine de délinquance. Tourné par le grand Gus Van Sant, le film est un vibrant hommage à la ville de Boston. Il met en scène trois jeunes comédiens qui font aujourd’hui partie du firmament de Hollywood: Damon ainsi que les frères Ben et Casey Affleck.

Prochain rendez-vous: le 1er décembre