Le 25 janvier, l’Église célèbre la conversion de saint Paul. Vous le connaissez? Il est celui qu’on illustre, tombant en bas de son cheval, sur le chemin de Damas. À partir de ce moment-là, Paul va devenir le plus grand missionnaire de l’Église en fondant des communautés dans le pourtour méditerranéen. Il va leur écrire des lettres qui sont faites d’encouragements, d’exhortations et de théologies. À elles seules, ses lettres constituent une large part du Nouveau Testament.

En plus de cette fête, nous avons raison de réfléchir sur le rôle des textes sacrés puisque le pape a décrété le 3e dimanche du temps ordinaire (demain) «dimanche de la Parole». François souhaite un retour à la Parole pour la célébrer, la méditer et l’étudier. Cette semaine, j’ai identifié quelques enjeux sur la place des textes sacrés dans notre monde actuel.

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Cette «journée de la Parole» est une invitation à redécouvrir la place privilégiée de la Parole de Dieu dans la vie spirituelle de tous les croyants. À commencer par les Juifs. Lorsqu’ils ont perdu leur Temple (au 5e siècle av. J.-C.), les Juifs n’étaient plus en mesure d’offrir des sacrifices; l’étude de la Torah est le ciment de leur unité. À l’heure des fermetures d’église, l’histoire juive nous apprend que, privés d’un lieu de culte, la Parole de Dieu peut prendre sa revanche et prendre sa place.

À la fin de cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il convient de reconnaître l’apport immense de la Réforme protestante pour nous avoir fait découvrir la valeur de la Parole. Accueillie dans un cœur, elle engendre la foi et la fait grandir. C’est par elle qu’un dialogue s’instaure entre Dieu et son peuple. Par sa Parole, Dieu se fait entendre. Et avec des mots de la Bible, le peuple répond.

Ce dimanche pourrait-il susciter le désir de mettre par écrit (ou au moins de réciter dans sa tête) des paroles de la Bible marquantes? Il y a, sur le «disque dur» de la mémoire, des mots et des phrases qu’on a pu entendre à l’église ou au catéchisme. Des phrases d’évangile qui nous reviennent à certains moments de la vie: elles ont le pouvoir de nous soutenir.

Ce dimanche me semble aussi idéal pour reconnaître les ministres de la Parole. On pense spontanément aux prêtres et aux diacres qui ont la noble tâche de fractionner la Parole pour la faire résonner dans les cœurs. L’homélie est un ministère exigeant. Pour celui qui doit préparer et livrer l’homélie. Parfois aussi pour ceux qui doivent écouter. D’où l’importance d’une préparation rigoureuse de part et d’autre. Parmi les messagers, il y a aussi les nombreux catéchètes et parents qui font entendre des histoires bibliques à des oreilles ouvertes à la nouveauté.

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Mais ce dimanche ne concerne pas que les croyants. Ces derniers devraient saisir cette occasion pour en apprendre un peu plus sur l’interprétation de la Parole. Et ensuite, se faire les porte-parole de ce savoir qui a désespérément besoin d’être entendu par le monde.

Le dernier roman de Frédéric Lenoir (La consolation de l’ange, Albin Michel: 2019) aborde cette question. Dans un dialogue éclairant, il interpelle un jeune avec ces mots: «Il y a dans la Bible et dans le Coran des passages qui vantent la justice, l’amour, le partage, l’humilité, le détachement, l’égalité de tous. Et il y a aussi des passages qui incitent au meurtre, au racisme, à la domination des femmes. Ces textes traduisent les convictions contradictoires des humains qui les ont écrits dans un lointain passé et nous n’avons cessé depuis de les utiliser comme ça nous arrange.» (p. 74).

Lenoir met en exergue le problème d’interpréter les textes à la lettre, ce qui conduit au fanatisme. Pour les croyants, les textes sacrés ont été inspirés, mais ils sont aussi le produit d’une culture donnée, avec ses enjeux politiques et sociaux. Le fondamentalisme ignore cela. Il est nécessaire d’interpréter les textes pour discerner ce qui relève d’un contexte particulier, et ce qui traduit une vérité qui ne passe pas, comme l’amour.

Tous les textes sacrés ne doivent pas être lus de la même manière. On n’interprète pas une lettre d’amour de la même manière qu’un traité scientifique.

Comme je le dis à des groupes d’études bibliques: si vous voulez savoir comment le monde a commencé et comment il fonctionne, consultez des livres de sciences; si vous voulez savoir pourquoi le monde existe, ouvrez la Bible!

Bonne lecture!