La technique du kangourou pourrait sauver des dizaines de milliers de bébés tous les ans

Un contact peau contre peau prolongé entre un nouveau-né de très petit poids et sa mère, et ce, dès le moment de la naissance, pourrait potentiellement sauver des dizaines de milliers de bébés chaque année dans des pays en voie de développement, croient des chercheurs suédois.

L’impact de cette technique dite du « kangourou » pourrait toutefois être moins important dans les pays développés, où le taux de mortalité de ces bébés prématurés est très faible. Les chercheurs ont voulu savoir si l’application immédiate de la technique du kangourou, avant même que le bébé ait été stabilisé, améliorerait la survie des nouveau-nés pesant entre 1 et 1,8 kilo à la naissance. L’étude a été menée dans cinq hôpitaux universitaires du Ghana, de l’Inde, du Malawi, du Nigeria et de la Tanzanie, où le taux de mortalité de ces bébés variait entre 20 % et 30 % avant l’étude. Quelque 3200 bébés ont été répartis aléatoirement entre deux groupes, un dans lequel ils ont reçu les soins habituels et n’ont profité que d’environ 1,5 heure de contact peau contre peau par jour pendant les 72 premières heures, et l’autre dans lequel ces contacts ont duré 17 heures par jour. La mortalité pendant les 28 premiers jours a été de 15,7 % dans le premier groupe et de 12 % dans le deuxième, ce qui correspond à une réduction de 25 %.

« C’est une façon relativement simple (…) à implanter pour réduire les taux de mortalité », a commenté la docteure Thuy Mai Luu, du CHU Sainte-Justine. Les chercheurs calculent que l’application de la technique du kangourou dès le moment de la naissance pourrait sauver 150 000 bébés par année. « C’est énorme. Je ne suis pas sûre qu’il y a tant de traitements qui permettent ça », a-t-elle ajouté. Mais dans des pays industrialisés comme le Canada, les États-Unis ou l’Europe, poursuit la docteure Luu, « les bénéfices du kangourou sont définitivement là, mais pas nécessairement pour réduire la mortalité ». « Nos taux sont quand même beaucoup plus faibles, surtout pour le groupe des bébés nés entre 1 et 1,8 kilo, a-t-elle dit. Le taux de survie est de 90 % et plus. » Dans les pays industrialisés, la technique du kangourou a comme avantages de favoriser l’allaitement maternel, de mieux réguler la température du bébé et de réduire les infections.

Si le concept du kangourou peut être simple à appliquer chez nous, la réalité est en revanche radicalement différente dans les pays en voie de développement, prévient la docteure Luu. « Ici, les mères et les bébés ont leur chambre privée, a-t-elle rappelé. Je suis allée au Vietnam et j’ai été un peu choquée de voir trois bébés dans un incubateur. Il y avait trente mères alitées dans une salle grande comme une salle de classe au primaire. Les médecins s’étaient cotisés pour acheter des chaises de jardin pour que les mères aient un endroit où se coucher, parce qu’autrement elles auraient été directement sur le sol. » L’aménagement de ces hôpitaux devra donc être repensé pour faciliter la cohabitation entre les mères et leur bébé, croit la docteure Luu. L’étude publiée dans le prestigieux New England Journal of Medicine par des chercheurs de l’Institut Karolinska avait été financée par la Fondation Bill & Melinda Gates.

Crédit photo: Pixabay LicenseLibre pour usage commercial, pas d’attribution requise.

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