Atlas Gourmet: les œufs rougis

NDLR: L’Atlas gourmet est une nouvelle chronique qui nous faire un tour du monde culinaire à travers un ingrédient ou un plat particulier.

1. Venezuela: perico

Il y a des pericos et il y a du perico. L’un est un petit perroquet. L’autre est le cousin flamboyant et latino-américain des œufs brouillés ou, aussi, un argot pour cocaïne. Ce qui nous intéresse ici sont les œufs, bien sûr. Alors que l’économie du pays est en chute libre en tandem avec le prix du pétrole, l’instinct de ne pas simplement manger des œufs brouillés sans fanfare persiste tout de même au Venezuela. Des tomates, des poivrons rouges, des oignons blancs et verts sont cuits avant qu’on y ajoute des œufs bien battus. Farcies dans des arepas, vos papilles peuvent être heureuses alors que votre cerveau réfléchit à l’irrationalité de lourdement baser une économie sur une ressource non renouvelable (le pétrole) avec un prix instable.

2. Mexique: huevos rancheros

De ce que nous connaissons ici de la gastronomie mexicaine, il ne serait pas injuste d’accuser les cuisiniers mexicains d’être comme AC/DC, c’est-à-dire des livreurs de la même chose issue d’un minuscule répertoire. Comme de raison, j’ai probablement tort, car ce que nous connaissons est surtout du tex-mex et non du mex-mex, qui a lui-même des variantes régionales. Mise à part l’ignorance culturelle, la bouffe mexicaine joue tout de même souvent dans cette gamme: tomates, maïs, avocats, coriandre, oignons, refritos et piments. Le seul ingrédient que nous ajoutons dans des huevos rancheros est l’œuf. La recette: un tortilla de maïs frit sur lequel il y a des œufs frits, de la salsa roja et de la coriandre fraîche. Le tout peut être accompagné ou non de refritos, de crème sure et de tranches d’avocat. Oui, c’est très similaire à des tacos, des enchiladas, des quesadillas et des burritos, mais c’est quand même un déjeuner plus intéressant que notre bacon et œuf d’origine anglaise. Surtout avec de la bonne salsa piquante!

3. Tunisie: chakchouka

Certes, comme de vastes régions du monde arabe, la Tunisie doit faire face à des hauts et des bas depuis la révolution de 2011. Mais pour le commun des mortels tunisiens, la Méditerranée est toujours bleue, les plages sont toujours blanches et le Sahara s’étend toujours jusqu’à l’infini. Mais l’élément salvateur est sans doute la sublime chakchouka. Ce plat est un divin mélange de tomates, de poivrons, d’oignons, d’ail et de sauce harissa (ou un mélange de cumin, de coriandre et de piments forts) cuit à l’huile d’olive et dans lequel nous pochons des œufs. Parfait pour le déjeuner, le dîner, le souper, l’après brosse ou même après une balade en chameau, vous n’avez besoin qu’un bout de pain pour tout éponger la sauce et le riche jaune des œufs. Si seulement nous pouvions toujours bien manger ainsi, le monde serait une véritable utopie. C’est vrai, car ça rime.

4. Birmanie: curry d’œufs dorés

Si une Birmane arrivait en Tunisie alors qu’elle fuyait son régime militaire et qu’on lui servait du chakchouka, elle dirait sans doute qu’elle connaît bien ce plat. Sauf, bien sûr, avec quelques variantes. D’abord, elle dirait qu’elle réclame une plus grande part de ce plat étant donné que le coq bankiva, l’ancêtre de toutes poules domestiques, est originaire des jungles de son pays. Mais la Tunisienne répondrait que la Birmane ne peut pas réclamer les tomates et les piments, car ces fruits sont d’origine américaine. Peut-être, répliquerait la Birmane, mais au moins son curry n’est pas un simple ajustement d’une ratatouille coloniale. D’abord, les œufs sont cuits à la coque, écaillés et frits dans de l’huile d’arachide assaisonnée de curcuma jaune vif. L’huile est ensuite utilisée pour frire des échalotes, de l’ail, de la poudre de piments et des tomates. Après que le tout a été réduit à une pâte scintillante, on y ajoute des rubans de piments forts, du sel et de la bombe d’umami que nous connaissons sous le nom de sauce poisson. La sauce rouge est finalement versée sur les œufs dorés et servie chaude, préférablement dans une jungle tropicale. L’altercation culinaire se terminerait avec un partage de mets. La Birmane et la Tunisienne arriveraient à la conclusion que les deux préparations, bien qu’elles se ressemblent, sont uniques et délicieuses. Cette union des nations serait ensuite célébrée dans le monde entier lors d’une journée internationale des œufs rougis. Comme de raison, le Venezuela et le Mexique participeraient aussi.

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