Tout produire ce dont ma famille a besoin comme bouffe pendant une année. Voilà le rêve idéaliste qui a mûri en moi pendant des années et, grâce à l’émission Agrofolie, que j’ai pu tenter de réaliser pendant deux ans. Au bout de ces deux ans, j’ai frappé un mur. Pour de multiples raisons, mes rêves ne concordaient pas tout à fait avec la réalité.

Je mentirais si je disais que je n’étais pas démoralisé. Mon rêve était plein de trous et ma motivation a coulé comme le Titanic. C’est alors que j’ai entendu parler de Robin LeBlanc et Rebecca Huot, un couple de la région de Bathurst qui s’est lancé le même défi, mais qui semblait y arriver. Comment pouvaient-ils réussir là où j’avais failli?

J’ai attendu des mois avant de rendre visite à Robin et Rebecca. C’est finalement arrivé cet automne, une saison de croissance après que leur histoire est fait fureur dans les médias. Au bout d’un chemin, près des limites de Bathurst, j’aperçois une maison, des jardins et une terre modestes. De la rue, on aurait peine à croire qu’une famille de cinq peut y vivre de façon autonome.

Robin m’accueille dans l’entrée chargée de légumes fraîchement récoltés. Dans la cuisine, il fait du fromage en grains pendant que ses filles jouent du piano de façon sporadique. Ici, dans cette maison, mon rêve est une réalité. Alors, il n’y a qu’une seule question à poser: comment ont-ils «réussi à réussir»?

Collaboration spéciale: Patrick Thibeault
Collaboration spéciale: Patrick Thibeault

Le rêve d’autosuffisance de Robin a germé sur le sentier des Appalaches, en 2002. Il y croisa des gens qui cultivaient de l’ail bio et décida de travailler sur leur ferme et quelques autres de la région en échange d’un toit où dormir. Les expériences de ce genre se sont succédé pendant quelques années: ferme de foie gras dans la région de Poitiers; Jardin communautaire de la Terre-Haute, à Moncton; production de pesto jusqu’au petit matin; cueilleur à La Fleur du Pommier, etc. Puis, il aménage dans sa maison et sa terre «idéales» avec sa conjointe Rebbeca et sa première fille. Un peu de meubles, des douzaines d’arbres fruitiers et des années d’expérience dans l’autosuffisance. Ils y habitent encore aujourd’hui.

Robin et Rebecca sont des enseignants. Avec leurs trois filles, ils partent en voyage pendant les Fêtes, le congé de mars et au moins trois semaines au début de l’été. À l’été 2016, ils se sont rendus en France où Robin, musicien à ses heures, était en tournée. Malgré tous ces voyages et occupations- et avec des filles aussi occupées que toutes les autres filles de leurs âges – ils réussissent à produire une quantité impressionnante d’aliments. Mais ce n’est pas de l’autosuffisance. Comme Rebecca le dit, c’est plutôt de «l’autosuffisance de luxe».

«Ce qu’on a décidé de faire, de continuer à faire, c’est les choses que nous aimons», me confit Robin. «Comme le fromage. J’adore faire du fromage. Mais des fois, par exemple, je me dis que j’aimerais simplement avoir du temps pour coucher les enfants et là je suis pris à faire quelque chose que je n’aime pas vraiment. Alors j’enlève ça de mon horaire parce que le temps avec les enfants ne se regagne pas.»

Collaboration: Patrick Thibeault
Collaboration: Patrick Thibeault

Une autosuffisance de luxe. Voilà une belle idée pour réanimer mon propre rêve! Elle comprend tous les objectifs de l’autosuffisance, mais elle mise sur le plaisir et l’utilité. Encore plus important, elle permet une vie de famille sans compromis. Comme Robin et Rebecca, il y a certaines choses que j’aime faire plus que d’autres, certaines choses qui sont plus utiles pour ma famille. J’ai aimé faire la fermentation de mes cornichons et de mes piments. J’aime faire pousser de l’ail, des tomates, des patates et des haricots secs. Toujours avoir des fines herbes à trois pas de ma cuisine est excessivement utile. J’aimerais tirer avantage d’une serre quatre saisons, faire pousser des framboises et apprendre à bien faire mon propre cidre alcoolisé. Je peux très bien me passer d’élever des animaux. La vie campagnarde n’est pas obligatoire.

Dans la cuisine de Robin et Rebecca, j’ai goûté à quelques produits de l’autosuffisance de luxe: un merveilleux fromage suisse qui, sans blague, était un des meilleurs fromages que je n’ai jamais goûté. Le lait provenait des traites printanières et le goût du fromage rappelait le sucre végétal accompagné d’un léger goût amer. J’ai aussi dégusté une pointe de tarte au sirop d’érable, aux pommes et aux framboises. Tous les ingrédients, incluant le blé dans la croûte, ont été produits sur place.

Avant cette visite, tout ce qui restait de mon rêve d’autosuffisance était un goût amer. Mais lorsque j’ai quitté Robin et Rebecca, j’étais tout simplement renversé. Dans leur maison, les mauvaises expériences sont simplement mises de côté, elles n’ont pas d’impact sur les multiples bonnes expériences, les mille et un plaisirs qui découlent de l’autosuffisance de luxe. Robin et Rebecca ont réanimé mon rêve. Je n’ai qu’à me limiter à ce que j’aime faire.

Les plus grands succès de l’autosuffisance de luxe

Collaboration spéciale: Patrick Thibeault
Collaboration spéciale: Patrick Thibeault

L’an dernier, Robin et Rebecca se sont lancé le défi d’être le plus autosuffisant possible. Au bout du compte, ils ont fait la réalisation qu’ils ne cherchaient pas spécifiquement l’autosuffisance, mais bien une autosuffisance de luxe. C’est-à-dire seulement les projets d’autosuffisance qui leur apportent du plaisir. Voici leurs plus grands succès.

Melon d’eau et cantaloups

En plus d’être délicieux frais, Robin transforme les melons d’eau et les cantaloups de diverses manières. Il coupe la chair en cubes et fait geler le tout. Il gèle du jus qu’il fait avec la pulpe des cantaloups. Il fait même confire la pelure du melon d’eau pour en faire des genres de bonbons!

Pommes, fraises et framboises

Frais, geler, en jus ou séchés, ces fruits ne se gaspillent jamais dans une maison où il y a trois jeunes filles. De plus, ces cultures représentent d’importantes économies.

Produits de serre

La serre est l’un des outils le plus utiles de la famille LeBlanc-Huot. Bien que plusieurs jardiniers misent sur les tomates et les piments, ici la laitue, les épinards et les fines herbes règnent.

Poules à oeufs

Les poules pondent des oeufs tous les jours, ou presque. La présence d’un coq assure qu’il y aura des poussins qui deviendront des poulets. Et lorsque la famille part en voyage pour trois semaines pendant l’été, ils ont des voisins qui s’occupent de leurs poulaillers en échange de quelques douzaines d’oeufs.

Endives

Robin est tombé en amour avec les endives lors d’un séjour en France. Pour réussir à les faire pousser, il doit planter la graine et laisser la plante grossir pendant toute la saison de croissance. À l’automne, il coupe le tronc, laisse la racine geler quelques fois, retire les feuilles mortes et place les racines dans des boîtes avec de la terre au sous-sol. Lorsqu’il veut des endives fraîches, il n’a qu’à arroser les racines et, à l’obscurité totale, ils commenceront à produire.

Shiitake

Tout autour de leur maison, Robin et Rebecca ont des bûches de shiitake. Ces bûches ont été inoculées au printemps avec des spores commandées en ligne de l’Ontario. Les bûches produisent des shiitakes pour quelques années. Les champignons, pour leur part, sont facilement séchés pour pouvoir être conservés.

Projets qui ont été adaptés

Collaboration spéciale: Patrick Thibeault
Collaboration spéciale: Patrick Thibeault

Gros animaux

La vache laitière donne 60 litres de lait par semaine. Elle donne aussi au moins un veau par année qui peut être élevée pour la viande. L’excès de lait et de petit lait qui reste de la production de fromage peut être offert aux cochons. Mais bien que ces animaux sont très utiles, ils demandent beaucoup de temps. C’est pourquoi Robin et Rebecca ont développé des solutions géniales:

Vache laitière: au lieu d’en avoir une 12 mois par année, ils vont acheter une vache laitière qui est destinée à l’abattoir. Ils paient le prix de la viande. Pendant deux mois, ils la traient pour faire les fromages et pour geler du lait pour l’année. Au bout des deux mois, ils l’abattent pour avoir de la viande pour l’année.

Cochon: ils achètent un cochon plus mature à l’automne en même temps que la vache. À ce temps-ci de l’année, ils nourrissent le cochon avec de la purée de pomme restant de la production de jus, et de petit lait restant de la production de fromage.

Canards: ils achètent des canards matures afin de bien les engraisser pour l’abattage, deux semaines plus tard.

Projets qui ont été annulés

Blé et fèves soja

«C’est intéressant de faire pousser du blé, mais je peux en acheter du bio directement d’un producteur de l’Île-du-Prince-Édouard. Je remplis l’auto et je mets ça dans le grenier. Je ne cultive donc pas mon blé et c’est la même histoire pour les fèves soja que nous transformons en lait de soja et autres produits.»