Le fricot à Thibault sous les projecteurs de Toronto

Patrick Thibeault Dans votre assiette

Quand je suis arrivé pour le déjeuner dans un resto québécois où  l’on propose des petits rouleaux de tourtière, des poutines de tortillons effilochés, de la bedaine de porc sur craquelins et autres amuse-bouches pour bien «entretenir» les artères, Simon Thibault était déjà là. Dans le hall central, sous un puits de lumière éclairant des kiosques chargés de bouffe, il discutait avec Todd Perrin, un chef de Terre-Neuve. Todd fut le premier d’une longue liste de citoyens des provinces de l’Atlantiques et d’ailleurs que Simon me présenta au cours de la journée. Le réseautage fluide et généreux est l’un des grands talents de cet Acadien néo-écossais.

Notre lieu de rencontre: la Art Gallery of Ontario, au cœur de Toronto, où avait lieu le symposium Terroir, un rassemblement d’experts du domaine de l’alimentation venant de tout le pays et d’ailleurs. Moi j’étais un simple participant, voir voyeur zélé. Simon, lui, était là comme ambassadeur de l’Acadie lors d’une présentation qui portait sur la cuisine canadienne-française.

Vous voyez, Simon venait tout juste de publier son livre Pantry and Palate. Selon moi, ce livre de cuisine renferme tout ce que nous pouvons rechercher dans un excellent livre de cuisine. Au-delà d’être écrit avec une plume qui te raconte une histoire – chose rare dans les livres de cuisine -, il nous transporte dans un univers peu connu et même incompris. Pantry and Palate parle exclusivement et sans recul de la cuisine acadienne. Croyez-le ou non, lorsque les gens de partout sur le globe pensent à la poutine, ils ne pensent pas à la poutine râpée ou à la râpure! Et le fricot? Pour eux, c’est un plat aussi obscur que ceux du peuple Ouïghours de la région Xinjiang de la Chine…

Collaboration spéciale: Patrick Thibeault

Au cours de notre journée torontoise, nous avons participé à divers panels, des pauses vin-cocktail et un dîner dans le hall central où il y avait au moins une trentaine de différents petits plats à déguster. Ils étaient tous créatifs et éclatants de saveur! Mais alors que je m’amusais comme un enfant dans une confiserie, Simon était constamment tiré de côté pour promouvoir son livre. Il semblerait que la bouffe acadienne est tellement un sujet exotique – et pourtant très, très canadien – que tout le monde voulait lui parler. J’ai arrêté de suivre tous ses va-et-vient, mais je sais qu’il a parlé à Châtelaine et au Globe and Mail. Deux jours plus tard, il est reparti recréer ce cirque médiatique à New York.

En après-midi, le temps était enfin venu de lancer l’atelier sur les mets canadiens-français. Avant lui, Alex Cruz et Cyril Gonzales, des historiens gastronomiques et des fervents défenseurs du terroir québécois ont captivé l’auditoire avec toutes les histoires qu’ils ont pu dénicher au fil des années. Il y avait aussi Anne Desjardins, une chef de cuisine montréalaise qui a vu naître et croître le souci de l’approvisionnement local. Geneviève Vézina-Montplaisir, rédactrice en chef du fabuleux Caribou, a partagé l’histoire de son magazine qui cherche à faire découvrir et à mettre en vedette le terroir québécois. Et là, au bout de tout ça, nous avons traversé les frontières québécoises pour arriver en Acadie.

Simon entra finalement sur scène. Sur l’écran, les délectables photos de Pantry and Palate, prises par Noah Fecks, défilaient. Nous avons vu – entre autres – les mains de Simon couvertes de sel alors qu’il préparait des herbes salées de type acadiennes. Il y avait aussi des photos de la mélasse Crosby, un ingrédient fondateur dans plusieurs recettes du livre.

Collaboration spéciale: Patrick Thibeault

À la foule, Simon expliqua le chemin qui l’a mené à écrire son livre. Il avait en sa possession les vieux livres de recettes de ses ancêtres, comme ceux de sa grand-mère Rosalie. Étant un amoureux de toutes choses bouffe, il commença à s’intéresser à la cuisine acadienne qui lui était propre. Le phở vietnamien, c’est excellent, mais c’est loin des cuisines de Clare. Alors, sous les directives de son panthéon acadien personnel, il chargea ses armoires de mélasse, apprit à utiliser et même préparer son propre lard, et, à travers tous ces pains à l’avoine, ces histoires acadiennes et ces fring frangs, il découvrit ce qui faisait de lui un Acadien. La bouffe, la famille, et l’identité sont étroitement reliées. Être Acadien, c’est manger et défendre la râpure. Mais, surtout, c’est déguster cette râpure en famille et, idéalement, chez soi.

Le symposium terminé, Simon et tous les autres présentateurs se sont dirigés vers l’hôtel Shangri-La pour un cocktail. Moi, le piteux chien de poche apprivoisé, j’ai suivi. La salle était remplie de gens influents du milieu culinaire canadien. Il y avait Naomi Duguid, la mentore de Simon, une récipiendaire de nombreux gros prix de littérature alimentaire et, encore plus important, une dame dotée d’un phénoménal intellect perçant. Il y avait Norman Hardie, un pilier des vins ontariens. Il y avait Bob Blumer et Laura Calder, des vedettes de Food Network. Et parmi tous ces gens, il y avait Simon Thibault, humble et fier Acadien. Un géant en devenir dans le monde de la gastronomie et de la littérature.

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