Nitro Rush (en salle dès mercredi) est probablement le film d’action québécois le plus américain de l’histoire.

Nul besoin de détenir un doctorat en cinéma pour comprendre que le film est en fait un amalgame de différents éléments qui ont fait le succès commercial de nombreux films d’action hollywoodiens.

On a donc droit à des voitures bruyantes et rapides (Rapides et Dangereux), une femme fatale athlétique (Lara Croft), des scènes de combat violentes et chorégraphiées (La mémoire dans la peau), une opération de haute voltige (Mission: Impossible) et un anti-héros prêt à tout pour sauver son enfant (L’Enlève­ment). Pas surprenant, donc, que le produit final soit prévisible, stéréotypé et fort peu inovateur.

Les malheurs de Max

Nitro Rush se déroule six ans après les événements de Nitro (2007).

Max (Guillaume Lemay-Thivierge, toujours aussi peu pudique, mais sans son charisme habituel) est en prison. Sa conjointe (à qui il avait trouvé un nouveau coeur dans Nitro) est décédée et son fils, Théo (le très peu expressif Antoine Desrochers), ne veut rien savoir de lui.

Un jour, Théo, qui travaille pour la mafia, est arrêté. Une mystérieuse dame (Micheline Lanctôt, dans une caricature du personnage de M dans James Bond) demande alors à Max de tabasser un détenu. En échange, la justice se fera clémente avec Théo.

Max passe donc à l’acte. Et profite du chaos qui s’en suit pour s’évader dans le but de tirer son fils – qui a obtenu sa libération conditionnelle – des griffes du monde interlope.

Or, la patronne de Théo (Madeleine Péloquin) ne l’entend pas ainsi. Connaissant les talents de Max, elle lui propose un marché: elle permettra à Théo de quitter le milieu, mais en échange, Max devra l’aider à subtiliser à deux chimistes psychopathes la formule d’une dangereuse nouvelle drogue.

Max accepte. Mais évidemment, tout ne se passera pas tout à fait comme prévu…

Un scénario bâclé

Faute de moyens, le cinéma québécois s’est dégoté une niche bien à lui avec les années. À défaut d’imiter Hollywood et d’en offrir plein les yeux et les oreilles, il mise sur des histoires simples, émouvantes et originales, des performances d’acteurs inspirantes ou un humour à la fois fin et taquin.

Nitro Rush nous offre tout le contraire. Oui, les cascades et les batailles sont accrocheuses (sans pour autant être du niveau des Américains). Mais le scénario est une succession de lieux communs qui regorge de situations qui frôlent le ridicule.

Des exemples? Théo est arrêté pour piratage électronique, notamment. Il est ensuite libéré sous de nombreuses conditions dont celle, on le suppose, de ne pas avoir accès à internet. Or, la police lui a permis de conserver son cellulaire, ses tablettes et ses ordinateurs. Bravo…

On n’achète pas non plus que Max se réfugie chez son père dès son évasion sans qu’aucun policier n’ait songé à surveiller l’endroit… Ou que 24 heures après avoir été tabassé par trois détenus, il n’affiche aucune ecchymose… Ou que le parrain de la mafia ait accès à un cellulaire dans sa cellule d’un pénitencier à sécurité maximum…

La plus grande invraisemblance, toutefois, c’est qu’on apprend à la fin que Max travaillait de mèche avec les autorités et qu’il pouvait les alerter en cas de besoin. Pourquoi, alors, ne pas avoir joint la police dès qu’il a appris où se cachaient les chimistes?

Pourquoi avoir pris la peine de bâtir un plan, de s’entraîner et de mettre sa vie (et surtout celle de son fils) en danger alors qu’avec la bonne information en main, les autorités auraient pu dépêcher une équipe d’agents armés jusqu’aux dents afin de mettre les chimistes hors d’état de nuire? Ridicule.

J’aimerais vous dire qu’au travers de tout ça, les personnages cheminent, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Théo évolue un peu, c’est vrai. Il passe d’un délinquant juvénile colérique qui déteste son père à un adolescent doté d’une conscience qui devient copain avec son papa. Prévisible. Et pas crédible pour deux sous.

Un peu d’action

À défaut de substance et d’émotions, les cinéphiles peuvent au moins se mettre un peu d’action sous la dent.

Les scènes les plus réussies sont celles où Max se bat (dont dans une douche, dans une scène réussie, mais qui n’est pas sans rappeler Histoire de violence).

L’inévitable poursuite en voitures est malheureusement beaucoup trop courte pour un film dont le slogan publicitaire est «Accrochez-vous». La fameuse opération au cours de laquelle l’équipe pénètre sur le territoire des chimistes n’a de son côté absolument rien de spectaculaire.

Les mordus de cinéma d’action apprécieront peut-être le show de boucane que Max, au volant d’un beau bolide, leur offre en milieu de film. C’est d’ailleurs un des moments où la caméra est la plus imaginative. Malheu­reusement, il ne s’agit que d’un futile écran de fumée puisque cette scène n’apporte absolument rien au propos et au scénario.

Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’il existe un public pour un film comme Nitro Rush. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir des comédiens d’ici multiplier les cascades dans des films d’action. Je comprends parfaitement les cinéphiles d’être curieux face à cette rare occurrence.

Par contre, une partie de moi ne peut s’empêcher de se demander pourquoi dépenser temps, argent et énergie pour tenter d’imiter les Américains, si, le mieux que l’on puisse faire, c’est de leur arriver à la cheville?