À la liste des films d’horreur à petit budget qui prennent tout le monde par surprise en se transformant en succès commercial et critique, il faut maintenant ajouter Ne respire pas.

Tournée au coût d’un peu moins de 10 millions $, l’oeuvre de Fede Alvarez (L’opéra de la terreur – 2013) a, depuis sa sortie en salles il y a trois semaines, amassé des recettes de 90 millions $.

Lancé sans tambour ni trompette à la fin août, Ne respire pas bénéficie depuis du bouche à oreille. Tellement que d’ici quelques jours, il devrait se hisser parmi les dix films d’horreur les plus vus depuis 2013 (voir ci-bas).

À première vue, l’oeuvre n’a pourtant absolument rien pour séduire. Elle est réalisée par un cinéaste (Alvarez) peu expérimenté, sa distribution est composée de comédiens qui sont davantage connus pour leur travail à la télévision et sa prémisse n’a rien de bien original.

Malgré tout cela, Ne respire pas est un petit bijou qui tient davantage du suspense que de l’horreur. Une oeuvre tordue, remplie de surprises dont les 88 minutes constituent un véritable concentré d’adrénaline.

Des voleurs malchanceux

Ne respire pas nous transporte dans le désolant décor que constitue la ville en faillite de Detroit. Les maisons laissées à l’abandon pullulent, les rues sont désertes.

Rocky (brillante Jane Levy), Alex (Dylan Minnette) et Money (Daniel Zovatto) sont trois adolescents qui rêvent de quitter leur ville en décrépitude. Afin d’atteindre leur objectif, ils commettent de petits larcins dans les quelques demeures où habitent encore des gens fortunés.

Un jour, Money entend parler d’une maison où un ancien militaire devenu aveugle (le sublime Stephen Lang) garderait les milliers de dollars que la cour lui a accordés quand un chauffard a tué sa fille.

Sentant le coup facile qui leur permettrait enfin de quitter Detroit, les trois compères passent à l’action.

Leur aventure tournera toutefois au vinaigre quand ils découvriront que le vieil occupant de la maison, malgré son handicap, est loin d’être une proie facile…

Les jeunes réaliseront alors qu’ils sont pris au piège dans la maison d’un sadique désillusionné et de son chien (digne d’un cerbère de l’enfer). Et ce n’est là qu’une des nombreuses (horribles) surprises qui les attend…

70 minutes de suspense

À la lecture du synopsis, on serait portés à croire qu’Alvarez nous réserve un film dans le genre de L’Auberge (2006), d’Eli Roth.

Il n’en est pourtant rien. Plutôt que de tomber dans la facilité de la torture et de la violence gratuite et graphique, le réalisateur/scénariste a fait de très notables efforts pour créer une oeuvre qui nous tient sur le bout de notre siège pendant près de 70 minutes consécutives.

Par moment, la tension est à couper au couteau. Et c’est dans ces moments qu’Alvarez nous sort un lapin de son chapeau en nous assommant avec une séquence ou une révélation qu’on n’a jamais vue venir! Tout simplement brillant.

Une profondeur surprenante

Reste que ce qui est le plus impressionnant avec Ne respire pas, c’est que le cinéaste va beaucoup plus loin que la simple histoire de vol qui tourne mal.

Il donne à son oeuvre une profondeur et une puissance émotionnelle qui tient pratiquement du miracle compte tenu de l’apparente simplicité du scénario.

Je m’en voudrais de trop en dévoiler, mais certaines scènes sont d’une dureté extrême… sans qu’un seul des personnages ne souffre ou ne saigne. Du grand art.

Alvarez nous confronte même à nos valeurs et nous plongeant dans un dilemme moral qui n’a rien de sain.

Parce qu’on a peut-être affaire ici à un vieillard cruel, mais dans les faits, celui-ci ne fait que protéger sa résidence de l’attaque de jeunes brigands. Mais étant donné que les intentions des jeunes en question sont plutôt nobles (ils souhaitent s’extirper du bourbier qu’est leur vie dans une ville où ils n’ont pas d’avenir), qui sont véritablement les bons et les méchants dans cette histoire?

Un plaisir coupable

Gardons tout de même les deux pieds sur terre, Ne respire pas ne remportera jamais un Oscar. La violence de certaines scènes est un peu gênante. Et on se surprend parfois à trouver que, pour étirer la sauce, les malchances dont sont victimes les voleurs sont un peu trop nombreuses.

Reste que le film est un plaisir coupable jubilatoire.

Une oeuvre que je classe facilement parmi les cinq meilleurs films d’horreur qu’il m’ait été donné de voir depuis dix ans (avec Martyrs, L’orphelinat, Rec et La Conjuration).

Que les âmes sensibles soient averties: Ne respire pas est un film qui remue.

Fiche technique: NE RESPIRE PAS

Version originale anglaiseDon’t Breathe

Genre: Horreur/suspense

Budget: environ 10 millions $

Durée:  88 minutes

Une production des studios: Ghost House Pictures, Good Pictures et Good Universe

Avec: Stephen Lang, Jane Levy et Dylan Minette

Réalisateur: Fede Alvarez

Scénaristes: Fede Alvarez et Rodo Sayagues

Partage l’ADN de: Evil Dead (2013) et La Chambre forte (2002)

On aime: l’intensité et l’originalité

On aime moins: la violence gratuite de certaines scènes

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario:   4

Qualités visuelles:      3

Jeu des comédiens:      4

Originalité:    4

Divertissement:    4

Total: 19 sur 25  (****)

Les films d’horreur les plus vus
(recettes mondiales en salle, depuis 2013)

1) La Conjuration 2 (2016) 319,5 M$

2) La Conjuration (2013) 318,0 M$

3) Annabelle (2014) 256,9 M$

4) Mama (2013) 146,4 M$

5) Dans le noir (2016) 141,9 M$

6) Insidieux 3 (2015) 113,0 M$

7) Les bas-fonds (2016) 110,3 M$

8) Ouija (2014) 103,6 M$

* Source: BoxOfficeMojo