En matière de cinéma, on peut toujours compter sur les Français pour sortir de la zone de confort à laquelle nous ont habitué les Américains. Un petit boulot en est un autre exemple: rarement aura-t-on vu une comédie noire aussi lumineuse!

Un petit boulot est une adaptation du premier roman de l’écrivain américain d’origine écossaise Iain Levison. Since the Layoffs (2003) est adapté pour le cinéma par Michel Blanc (qui ici, tiens aussi le second rôle avec tout l’aplomb qu’on lui connaît).

Si le roman de Levison est particulièrement violent et qu’il fait état des difficultés sociales d’une petite ville industrielle américaine en déclin, Blanc a transposé l’action dans un bourg français et a beaucoup atténué la violence, soulignant que «la violence lue a moins d’impact que la violence vue».

Le résultat est un film qui aborde des thèmes très sombres (chômage, infidélité, misère, crime), mais avec un humour très bien dosé qui alterne entre satire et ironie.

Un «petit» boulot

Un petit boulot se déroule dans une petite ville française qui n’est pas nommée.

On y fait la connaissance de Jacques (Romain Duris), un ouvrier sérieux et motivé qui, du jour au lendemain, perd son emploi lors de la fermeture subite de (ce que l’on devine être) la seule usine de la ville.

Jacques et ses copains se retrouvent donc sans travail. Tous peinent à joindre les deux bouts, l’économie de la ville étant, pour ainsi dire, réduite à néant.

Un jour, Gardot (Blanc) – l’architecte derrière toutes les activités louches et illicites du village – aborde Jacques. Le type a été trompé par sa femme et il souhaite que Jacques l’assassine… en échange de 30 000 euros.

Jacques n’a rien d’un tueur, mais une pareille somme est une véritable fortune en ces temps difficiles. À contrecoeur, il accepte la proposition de Gardot.

Sans le savoir, le jeune homme vient de mettre le doigt dans un sinistre engrenage duquel il lui sera très difficile de s’extirper.

Blanc brille

Si Romain Duris (L’Arnacoeur, L’Auberge espagnole) est très bon dans le rôle de l’apprenti tueur à gages désemparé, le gros du succès du film repose sur le jeu pratiquement impeccable de Michel Blanc.

Véritable monument qui roule sa bosse au cinéma depuis plus de 40 ans (ayant notamment joué pour Gainsbourg, Polanski, Tavernier et Leconte), Blanc apporte à l’oeuvre la parfaite dose d’humour.

Mentionnons également le jeu l’humoriste Alex Lutz dans le rôle secondaire d’un pointilleux et très pincé inspecteur (qui écoute du Natasha St-Pier à plein volume dans sa voiture!).

Je ne vois pas comment Lutz a pu garder son sérieux pendant le tournage tellement ses répliques frôlent le ridicule. Du bonbon, tout simplement!

Humour et noirceur

Si Un petit boulot mérite d’être vu, c’est en raison de son humour noir.

On sent que toute la morosité économique qui frappe la ville atteint tellement profondément Jacques et Gardot qu’ils n’ont plus l’énergie ou la force morale de s’émouvoir devant quelque chose d’aussi trivial qu’un petit meurtre… Et c’est là que le jeu de Blanc frappe en plein dans le mile.

C’est absolument surréel (et délicieux) de voir Jacques et Gardot discuter de contrats d’assassinat comme s’il discutait de la pluie et du beau temps… Les frères Cohen n’auraient pas fait mieux!

Métaphore moderne sur le capitalisme sauvage et ses conséquences,  l’oeuvre nous force à nous questionner. Que ferions-nous si nous étions, comme Jacques, acculés au pied du mur? Accepterions-nous un contrat d’un sinistre individu comme Garnot?

Si la lourdeur des thèmes abordés vous semble déprimante, rassurez-vous. Le rire est au rendez-vous. Pas nécessairement le rire aux éclats. Plutôt ce satisfaisant sourire en coin qu’on exhibe devant un trait d’intelligence…

Quelques faiblesses, mais…

Si j’ai une critique à faire, c’est que le film aurait pu être un plus excitant et déstabilisant.

On sent que le scénariste essaie de semer quelques graines ici et là afin de dérouter le spectateur et le surprendre avec un rebondissement inattendu, mais tout cela ne mène finalement nulle part.

Scénariste et réalisateur avaient pourtant le film idéal (parce qu’il ne se prend pas du tout au sérieux!) pour nous sortir un lapin de leur chapeau et nous abasourdir avec un dénouement sorti de nulle part.

On a malheureusement droit à une conclusion plutôt convenue et qui contraste avec le reste du ton fataliste de l’oeuvre.

Un petit écart qu’on pardonnera facilement à l’équipe de production parce qu’il est vraiment difficile de ne pas aimer l’intelligence, l’audace et la subtilité du reste de l’oeuvre.
Fiche technique – UN PETIT BOULOT

Genre: comédie satirique

Budget: non dévoilé

Durée:  97 minutes

Une production des studios: Gaumont

Avec: Romain Duris et Michel Blanc

Réalisateur: Pascal Chaumeil

Scénaristes: Michel Blanc, d’après un roman de Iain Levison

Partage l’ADN de: L’emploi du Temps (2001), Ne le dis à personne (2006) et L’Arnacoeur (2010)

On aime: la noirceur de l’humour et le jeu de Michel Blanc

On aime moins: la facilité de la conclusion et l’absence de surprise

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario:   3

Qualités visuelles:      3

Jeu des comédiens:      4

Originalité:    4

Divertissement:   3

Total: 17 sur 25