En cuisine, à force de presser un citron, il devient impossible d’en extraire le précieux jus. C’est un peu la même chose au cinéma: il y a une limite au nombre d’idées originales qui peuvent sortir d’une seule tête.

C’est un peu la réflexion que j’ai eue à ma sortie de Les animaux fantastiques, la nouvelle saga de J.K. Rowling qui se déroule dans le même univers que les aventures de Harry Potter.

Mme Rowling est devenue multimilliardaire grâce à ses sept romans mettant en vedette le petit sorcier balafré (et, entres autres, des huit films qui en ont été adaptés).

Avec Harry Potter, l’auteure britannique est parvenue à intéresser des dizaines de millions d’enfants (et parfois d’adultes!) à la lecture. Un exploit qui mérite l’admiration.

Par contre, l’imagination de Mme Rowling a été énormément sollicitée au cours des 25 dernières années. C’est presque un miracle qu’un univers aussi complexe et original que celui de Harry Potter soit issu d’un seul cerveau.

Cette même imagination démontre toutefois des signes d’essoufflement dans Les animaux imaginaires – film pour lequel Mme Rowling signe le scénario.

Après avoir raconté les années formatrices  du sorcier à lunettes, l’auteure britannique nous présente ici l’histoire de Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne), un magicien anglais passionné par les animaux fantastiques.

Dans ce premier de cinq films, Dragonneau débarque à New York à une époque où les sorciers doivent vivre cachés après avoir été persécutés par les humains (ou Moldus en langage rowlingnien).

Dans sa valise, le magicien transporte toute sa collection d’animaux fantastiques. Quand certains s’échapperont, ce sera la cohue dans Manhattan.

Au même moment, la ville est frappée par une force inexplicable qui tue et détruit tout sur son passage.

Dragonneau sera accusé d’avoir lâché cette sombre entité sur New York. Mais si la vérité était plus complexe?

Originalité: un paradoxe

Adapté d’un livre de classe utilisé par Harry Potter à l’écore des sorciers de Poudlard, Les animaux fantastiques est un véritable paradoxe d’originalité.

D’un côté, les créatures magiques imaginées par J.K. Rowling (serpents volants, baleine-hippopotame, ornithorynque miniature… ) sont absolument fabuleuses.

De l’autre, on sent que le scénario du film a été écrit uniquement pour mettre ces créatures en valeur, sans trop se soucier de raconter une histoire qui soit un tant soit peu originale.

Et c’est là que le bât blesse: J.K. Rowling est une romancière exceptionnelle, mais ce n’est pas une scénariste d’expérience. Ici, elle affirme n’avoir pu se résoudre à confier la rédaction du scénario, prétextant qu’elle connaît Norbert Dragonneau mieux que quiconque. Malheureusement, le film en souffre. Cruellement.

Les animaux fantastiques n’a tout simplement pas de rythme et les longueurs sont très nombreuses (à un point tel qu’une deuxième écoute constituera un véritable défi).

Les personnages sont également peu développés et plutôt unidimensionnels.

C’est même le cas de Dragonneau, un sorcier incompris, pas très attachant et sans trop de personnalité, qui est beaucoup plus à l’aise avec les animaux qu’avec les humains. Donc, un personnage principal auquel il est très difficile de s’identifier.

Et à l’instar de tout ce qu’a écrit Rowling dans sa vie, le film se conclut sur une bataille à grand déploiement. Non seulement le méchant n’arrive-t-il pas à la plante des pieds de Voldemort, mais la menace qu’il constitue est dénudée de la moindre once de tension.

Visuellement impeccable

Si le scénario de Les animaux fantastiques déçoit grandement, c’est tout le contraire des effets spéciaux.

Il fallait un véritable magicien (jeu de mots facile, je sais…) pour donner vie aux créatures imaginées par Mme Rowling et David Yates y parvient avec une efficacité notable.

En fait, la photographie du film est pratiquement impeccable. J’imagine que c’est le minimum auquel on doit s’attendre d’un film qui a coûté pas loin de 200 millions $…

Autre bon point pour l’oeuvre: sa connexion avec Harry Potter. Les fanatiques retrouveront cet univers avec plaisir.

Bien sûr, on n’y fait nullement mention de l’Élu, mais plusieurs indices viennent confirmer que Dragonneau et Potter évoluent dans le même monde – mais pas à la même époque. Je vous laisse le plaisir de les découvrir.

La malheureuse vérité, toutefois, c’est qu’une fois qu’on parvient à ne plus être aveuglé par la mythologie Potter et les effets spéciaux, on réalise que Les animaux fantastiques est une histoire très banale, racontée de façon maladroite.

Il faut croire que contrairement à la magie, l’imagination a ses limites…

Fiche technique: LES ANIMAUX FANTASTIQUES

Version originale anglaise: Fantastic Beasts and Where to Find Them

Genre: Film fantastique

Budget: estimé à 180 millions $

Durée: 133 minutes

Une production des studios: Warner Bros

Avec: Eddie Radmayne, Katherine Waterston et Colin Farrell

Réalisateur: David Yates

Scénaristes: J.K. Rowling

Partage l’ADN de: Harry Potter à l’école des sorciers (2001), Harry Potter et les Reliques de la Mort (2010, 2011)

On aime: les effets spéciaux

On aime moins: la banalité du scénario

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario:   2

Qualités visuelles:      5

Jeu des comédiens:      3

Originalité:    3

Divertissement:     2

Total: 15 sur 25