Il y a de ces films que l’on aime avec sa tête. D’autres que l’on aime avec son coeur. Lion est un film que l’on aime avec les tripes.

Après avoir brillé dans plus d’une dizaine de festivals, l’oeuvre australienne a bénéficié d’un lancement à la grandeur de l’Amérique du Nord il y a trois semaines.

Le public est au rendez-vous et l’engouement envers le premier long métrage du réalisateur australien Garth Davis devrait grimper d’un cran depuis que nous avons appris, mardi, que Lion est nomination pour six Oscars (dont celui du meilleur film).

Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que Lion est un film magnifique, autant visuellement que symboliquement.

On ressort du cinéma un peu secoué, convaincu que l’amour est une des plus grandes source de motivations qui soit.

De l’Inde à l’Australie

Lion raconte l’inspirante histoire de Saroo, un petit Indien d’environ 5 ans. Le garçon est issu d’un milieu extrêmement pauvre. Sa mère gagne sa vie en transportant des pierres alors que son frère aîné, Guddu, multiplie les petits boulots et les vols pour aider la famille.

Un jour, Saroo se retrouve coincé dans un wagon.

Le train roule pendant des jours, pour finalement arriver à Calcutta. Saroo, qui ne parle pas la langue locale, est désemparé. Après avoir erré plusieurs semaines en ville, il est finalement placé dans un orphelinat.

La vie de Saroo changera du tout au tout quand il sera adopté par une famille australienne.

Vingt ans plus tard, Saroo (Dev Patel) est devenu un homme. Il étudie en tourisme à l’université. Mais petit à petit, il sent qu’une partie de lui est manquante.

Des souvenirs de plus en plus vifs de son enfance en Inde lui reviennent. Saroo est déchiré: il voudrait retrouver sa mère et son frère naturels, mais craint de blesser ses parents adoptifs envers qui il est extrêmement reconnaissant.

Saroo saura-t-il faire la paix avec lui même? Et pourra-t-il retrouver sa famille?

Contrastes et miroir

Adapté d’une histoire vraie (et d’un roman), Lion se démarque d’abord et avant tout par sa grande beauté. Garth Davis démontre de belles aptitudes. Ses choix de plans, souvent très larges, laisse une place de choix aux magnifiques décors naturels de l’Inde et de l’Australie.

Davis, tant dans le récit que les images, établit un saisissant contraste entre la pauvreté de l’Inde et l’opulence de l’Australie. Je vous mets au défi de ne pas ressentir un petit malaise en voyant une bande d’enfants errants dormir dans les corridors d’une gare…

Autre élément saisissant avec Lion, c’est tout l’effet miroir qu’a développé Davis.

La première partie du film nous montre le trajet qu’a emprunté le petit Saroo pour voyager de l’Inde à l’Australie. Dans la deuxième partie, on assiste au périple inverse alors que Saroo fait des pieds et des mains pour quitter l’Australie afin de retrouver les siens en Inde. Brillant et inspiré.

Deux Saroo convaincants

L’histoire de survie du petit Saroo et celle du dilemme du grand Saroo sont à la fois inspirantes et captivantes. Il est difficile de rester insensible devant la débrouillardise du premier et le malaise du second.

Et si on embarque à fond, c’est parce que Sunny Pawar et le vétéran Dev Patel sont saisissants de vérité.

Garth Davis a pris un dangereux pari en faisant porter la moitié de son film sur les frêles épaules d’un petit Indien qui ne possédait aucune expérience devant une caméra. Pawar nous offre cependant un petit Saroo attachant et plein de vivacité.

Encore plus impressionnant, on sent vraiment sa joie de vivre et son espoir de revoir sa famille l’abandonner à mesure que le temps passe.

Pour un si jeune comédien, il s’agit d’un très haut fait d’arme.

À mes yeux, Pawar est la version 2016 du petit Jacob Tremblay, qui, l’an dernier, avait bouleversé la planète dans Room.

Pour ce qui est de Patel, sa nomination pour l’Oscar du meilleur comédien dans un second rôle parle d’elle même. Celui que la planète à découvert dans Slumdog Millionaire, en 2008, offre une performance merveilleusement nuancée dans un rôle auquel il ne nous a jamais habitué: celui du torturé.

Chapeau également à Nicole Kidman qui pousse son registre à son maximum dans le rôle de la mère adoptive.

Anti-Hollywood

Si Lion mérite d’être vu, c’est parce qu’il constitue l’antithèse de la feel good story hollywoodienne habituelle.

Garth Davis a évité de tomber dans le piège du sentimentalisme à l’excès. Ses personnages sont tout sauf stéréotypés. Son histoire, bien que située dans un coin exotique de la planète, est universelle.

Lion est un film inspirant comme il s’en fait trop peu. Un film qui vous fera rire et pleurer, qui vous fera croire que tout est possible. Un film qui brasse des sentiments primaires. Bref, un film que l’on aime avec ses tripes.