Le fils de Jean: d’une émouvante sensibilité

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

Je lisais cette semaine que le cinéma québécois a connu une année «désastreuse» en 2016. Il se fait pourtant de l’excellent cinéma chez nos voisins. Le drame familial Le fils de Jean en est une autre preuve.

Selon les données publiées jeudi par l’Observatoire québécois de la culture et des communications, le nombre d’entrées et les recettes des films tournés dans la Belle Province ont diminué de 23% et de 22%, respectivement, par rapport à 2015.

On serait porté à croire que la deuxième industrie cinématographique francophone en importance sur la planète (après celle de la France) connaît des ratées. Ce n’est pourtant pas le cas.

La dernière année nous a en effet notamment permis de découvrir les excellents 1:54 et Les mauvaises herbes. Ce dernier faisait d’ailleurs partie de mon palmarès des dix meilleurs films de 2016.

De son côté, le public a plutôt choisi de dépenser son argent durement gagné en allant voir deux comédies plutôt médiocres. Les 3 p’tits cochons 2 et Votez Bougon! sont en effet les deux films québécois qui ont enregistré le plus d’entrées dans la dernière année.

C’est triste à dire, mais l’excellent Le fils de Jean risque de connaître un parcours semblable à celui de Les Mauvaises herbes: une oeuvre intelligente et sensible, reléguée dans l’ombre d’autres films québécois prédigérés, – rentable certes, mais tellement sans saveur…

Papa tu es si loin de moi

Le fils de Jean raconte l’histoire de Mathieu Capelier (Pierre Deladonchamps), un trentenaire vivant à Paris. Un jour, Mathieu reçoit un appel de Montréal: son père biologique, Jean, qu’il n’a jamais connu, s’est noyé lors d’une excursion de pêche.

Mathieu prend donc l’avion vers le Québec, enchanté à l’idée de faire la connaissance de ses deux frères.

Mais celui qui lui a téléphoné, Pierre (Gabriel Arcand), est d’un tout autre avis. Ami de longue date de Jean, Pierre est convaincu que rien de bon ne peut sortir de cette rencontre. Sans compter que l’épouse de Jean ignore qu’un enfant est né de l’infidélité de son mari.

Mais Mathieu s’entête. Pierre lui permet alors de rencontrer ses frères, à condition que Mathieu ne leur révèle pas qu’ils partagent le même sang.

Mathieu, qui a grandi sans père, sans frère et sans soeur, et qui est orphelin depuis la mort de sa mère il y a huit ans, trouvera-t-il au Canada la famille qu’il n’a jamais eu en France?

Digne héritier

Le fils de Jean est le digne héritier de ce qui se fait de mieux au cinéma québécois depuis deux décennies: une histoire simple, empreinte d’émotions, portée par des comédiens de grand talent, dans une production qui n’essaie pas d’imiter ce qui se fait (souvent de pire) à Hollywood.

Comme d’autres avant lui, le film met en valeur le panorama québécois – dans ce cas-ci, la nature sauvage et un majestueux lac. De quoi faire rêver nos cousins, l’oeuvre ayant été tournée par un réalisateur français (Philippe Lioret) et financé en partie par différents organismes publics de l’Hexagone.

Si Deladonchamps se débrouille bien dans le rôle du Français dépassé par les événements, il joue dans l’ombre d’un Gabriel Arcand tout simplement sublime.

Ses répliques sortent sans effort, dans un crédible mélange de français québécois et international – question de ne pas perdre le public parisien!

Une autre qui tire son épingle du jeu est Catherine de Léan, dans le rôle de la fille de Pierre. Cette jeune femme au sourire contagieux déborde de talent. Elle me semble mûre pour un grand rôle – que ce soit à la télévision ou au cinéma.

De convenu à surprenant

On ne s’en cachera pas, le résumé de l’intrigue de Le fils de Jean ressemble à celui d’un téléroman quelconque.

C’est un peu ce à quoi on assiste dans la première moitié du film. Étranger déraciné, mystères de famille, infidélités cachées, héritage contesté… Lioret ne réinvente absolument rien.

Le film se transforme toutefois passé la 60e minute, quand les lieux communs laissent place à une série de tableaux émouvants, inventifs et d’une grande sensibilité.

Ces 40 dernières minutes sont la principale raison qui devrait vous convaincre de voir Le fils de Jean.

L’oeuvre n’est peut-être pas aussi divertissante que la générique comédie québécoise «à grand déploiement». Il est toutefois toujours bon d’élargir ses horizons et de voir plus loin que la facilité.

Dans ce cas-ci, Le fils de Jean vous fera vivre de belles émotions et réfléchir sur les liens que vous entretenez avec les membres de votre famille.

Et qui sait? Peut-être que l’achat de votre billet convaincra quelques producteurs que les francophones de ce pays méritent qu’on leur offre du cinéma inspiré. Et non pas seulement de l’insignifiance projetée sur grand écran…