Les figures de l’ombre: un très actuel appel à l’ouverture

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

Si vous avez vu la bande-annonce de Les figures de l’ombre, vous savez probablement qu’il s’agit d’une histoire vraie portant sur trois femmes noires qui ont travaillé pour la NASA dans les années 1960. Ce que la bande-annonce ne vous a pas dit, par contre, c’est qu’il s’agit d’une oeuvre puissante dont le message est drôlement d’actualité.

Grâce à un impressionnant doigté, le réalisateur Theodore Melfi (dont il s’agit seulement du deuxième long métrage) nous offre un film dont l’aura n’est pas sans rappeler celle de Forrest Gump (1994).

À l’instar du chef-d’oeuvre de Robert Zemeckis, Les figures de l’ombre met en scène des personnages plus grands que nature, mais qui se font voler la vedette par le contexte sociohistorique dans lequel ils évoluent.

Les années 1960 ont en effet été une période charnière de l’histoire des États-Unis.

Une époque marquée notamment par la montée du féminisme et du mouvement des droits civiques (avec, à sa tête, Martin Luther King), l’optimisme de Kennedy, la naissance de l’informatique, la course à l’espace et l’intensification de la Guerre froide.

Les figures de l’ombre nous projettent dans cette période agitée par le biais du combat de trois courageuses femmes noires qui ont fait tomber les barrières au sein d’une des organisations les plus influentes de l’histoire de l’humanité.

L’espace n’a pas de couleur

À l’heure où les Soviétiques ont envoyé un chien, puis Youri Gagarine dans l’espace, les Américains peinent à simplement lancer une capsule spatiale avec succès.

Le jeune programme de la NASA est critiqué et le président Kennedy exige des résultats.

C’est dans ce contexte que le talent de la mathématicienne Katherine (Taraj P. Henson), l’ingénieure Mary (Janelle Monae) et de l’informaticienne Dorothy (Octavia Spencer) est sollicité.

Alors que la NASA tente d’envoyer – et surtout de ramener vivant – un premier homme en orbite de la Terre, ces trois femmes noires font face au plus grand défi de leur carrière.

Mais encore faudra-t-il qu’elles obtiennent la confiance de leurs collègues (tous des hommes blancs) dans une institution qui est loin d’avoir pris le tournant de la déségrégation.

Lacunes et forces

Avant d’aborder les nombreuses qualités de Les figures de l’ombre, réglons tout d’abord le cas de ce qui fonctionne moins bien dans le film…
C’est le cas du début, très lent. L’histoire d’amour entre Katherine et le colonel Jim Johnson (Mahershala Ali) ralentit également un peu le rythme de l’oeuvre.

La finale est un brin sirupeuse. L’adaptation est, quant à elle, on le devine, très romancée.
Pour le reste, Les figures de l’ombre est un superbe accomplissement et mérite amplement sa place parmi les neuf finalistes à l’Oscar du meilleur film.

La cinématographie n’est peut-être pas du calibre de L’Arrivée ou de La La Land, mais elle se démarque par son utilisation très à propos d’images d’archives.

La distribution est talentueuse et extrêmement bien dirigée. De Jim Parsons à Kirsten Dunst (méconnaissable), en passant par Ali, Kevin Costner, Monae et, surtout, Spencer, les comédiens vedettes font le travail – notamment dans certaines scènes où le racisme latent est presque étouffant.

Les références historiques apportent une plus-value au film. On sent aussi un réel effort pour vulgariser les nombreux concepts scientifiques nécessaires à la compréhension des enjeux.

Inspirant

La plus grande force de Les figures de l’ombre, c’est toutefois la contemporanéité des messages qu’il véhicule.

À l’heure où une inquiétante partie de l’Occident dénigre tout humain qui n’est pas blanc ou riche, Les figures de l’ombre montre que chacun est habité d’un potentiel qui peut être mis à la disposition du bien commun.

Si, dans les années 1960, la NASA avait eu l’esprit aussi fermé aux «différences» que l’ont aujourd’hui Donald Trump, Marine Le Pen, Nigel Farage et leurs clones, il est permis de penser que ce sont les Soviétiques, et non pas les Américains, qui auraient été les premiers à poser le pied sur la Lune.

Dans le film, on sent d’ailleurs l’attitude des personnages blancs changer (pour le mieux) à mesure qu’ils découvrent le talent et la personnalité de leurs collègues noires.

Il s’agit là d’une belle métaphore sur le fait que pour apprécier une personne qui nous semble différente, il suffit d’apprendre à la connaître.