Le destin des dangereux: moins de testostérone, plus de finesse

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

On peut reprocher un tas de trucs aux producteurs de la franchise Rapides et dangereux. Mais une chose est certaine, ils connaissent leur public. La preuve? Même s’ils sont loin d’être des chefs d’oeuvres, les sept premiers films de la franchise ont généré des recettes collectives de près de… 4 milliards $.

Ces sept longs métrages ont tous recours aux mêmes ingrédients pour remplir les salles de cinéma: des voitures modifiées rutilantes, des cascades qui défient les lois de la physique, des destinations exotiques, des beaux mauvais garçons gonflés aux stéroïdes, des femmes-objets qui se trémoussent au ralenti et une mission d’apparence impossible que seuls nos héros ont la noblesse d’attaquer.

À l’instar d’un adepte de la peinture à numéro, le scénariste à le mandat de pondre une histoire qui intègre tous ces éléments. Et peu importe si le récit est bourré d’incongruités et de non-sens: le public en redemande.

À ma grande surprise, le huitième opus de la franchise, Le destin des dangereux (en salle depuis jeudi soir) s’écarte un peu de la recette générique. Tout est (un peu moins) tape-à-l’oeil dans cette nouvelle mouture, qui carbure beaucoup moins à la testostérone et à la nitro que ses prédécesseur. En prime, on a droit à un scénario un peu plus mature et fignolé.

Dirigé par F. Gary Gray (à qui l’on doit notamment les excellents Braquage à l’italienne et  Straight Outta Compton), le résultat final ressemble à l’enfant issu d’un croisement entre le très potable premier chapitre de la franchise et un épisode moyen de Mission Impossible.

Hors-la-loi

Dom (Vin Diesel) et son épouse (Michelle Rodriguez) sont en lune de miel à Cuba.

Le voyage prend une tout autre tournure quand une femme mystérieuse, Cipher (Charlize Therron), force Dom à travailler pour elle. Au profit de la belle, le dangereux volera d’abord un émetteur d’impulsion à électromagnétique puis des codes nucléaires.

S’amorce alors une course contre la montre alors que l’ancienne équipe de Dom, Hobbs (Dwayne Johnson) en tête, tentera d’empêcher Cipher de prendre le contrôle d’un sous-marin russe. Parviendront-ils à «sauver la destruction du monde entier» et à ramener Dom dans le droit chemin?

Hors norme

Dans la lentille du cinéaste Gray, les rapides et les dangereux se transforment.

On a bien sûr droit à l’incontournable et hautement irréaliste course de rue, aux répliques ringardes et à l’inutile orgie de voitures de luxe aux couleurs criardes.

Certaines scènes d’action frôlent également le ridicule, notamment celle, en plein Manhattan, où Cipher parvient à conduire à distance des centaines de voitures.

Et, encore une fois, la franchise glorifie le meurtre de sang-froid de policiers par les «héros».

La différence avec les épisodes précédents, c’est que Gray met la pédale douce sur ces irritants au bénéfice d’un scénario plus solide.

C’est comme si, pour une rare fois dans l’histoire de la franchise, tout le budget de production n’avait pas été dépensé en pneus, en bikinis et en explosions!

Bien sûr, le récit comporte sa part de scènes qui vous rappelleront que tout est arrangé avec «le gars des vues». Mais soyons indulgents: même James Bond, Mission Impossible et Bourne ont recours à ce petit stratagème.

Saluons plutôt les efforts de F. Gary Gray et du scénariste Chris Morgan pour tenter d’asseoir leur film dans un réel qui soit un peu plus crédible que celui des épisodes précédents.

Charlize et Michelle

Votre dévoué serviteur aurait préféré que la méchante Cipher soit un peu moins unidimensionnelle.

En fait, avec ses soporifiques discours sur le destin (et les crocodiles…) et ses motivations plus ou moins claires,  le personnage interprété par Charlize Therron a des airs de mauvais vilain des films de James Bond des années 1970…

Mon petit doigt me dit toutefois que le public cible ne s’en formalisera pas.

Pour ce qui est de la distribution, son jeu est à l’image des autres films de la franchise: inégal.

Si, comme dans l’épisode précédent, Kurt Russel vole la vedette, le duo principal composé de Diesel et Rodriguez a autant de charmes qu’une Chevrolet Cavalier 1992.

Le jeu de Rodriguez – et son rasant regard de chien battu – est particulièrement gênant.

Très mal utilisé dans le septième film, Jason Statham a retrouvé sa forme d’antan. Quant à Dwyane Johnson, eh bien, ses biceps et son sens de l’humour sauvent un personnage criminellement mal écrit.

Qu’à cela ne tienne, et je suis le premier surpris à l’admettre, Le destin des dangereux est meilleur que la somme de ses parties. Un peu comme un Cavalier 92 auquel on aurait greffé quelques pièces d’une Mustang 2018!