Au grand écran – Dunkerque: un film de guerre unique en son genre

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

Christopher Nolan ne cesse d’épater. Son plus récent film, Dunkerque (en salle depuis vendredi), nous transporte en plein coeur d’une des batailles les plus importantes de la Seconde Guerre mondiale. Le résultat est un film de guerre hors norme, dans lequel la tension et la recherche artistique relèguent (presque) le scénario dans l’ombre.

Alors qu’il était âgé de 22 ans, Nolan a vu un documentaire sur la bataille de Dunkerque à la télévision britannique. Le futur cinéaste a été tellement marqué par ce qu’il a vu qu’il a mis sur papier une courte histoire de fiction inspirée des événements.

Vingt-cinq ans plus tard, Nolan nous présente cette histoire.

Dans ce huitième opus commercial – le premier depuis le très dense Interstellaire – Nolan nous largue sur les plages du nord de la France, à la fin du printemps 1940.

Après avoir conquis les Pays-Bas et la Belgique, les troupes allemandes d’Adolf Hitler poursuivent leur tentative de domination totale en Europe.

C’est maintenant au tour de la France de plier sous la botte du Führer. Malgré l’appui de 400 000 soldats anglais, l’armée française est retranchée sur les bords de la Manche.

La seule porte de sortie des Alliés: une mer déchaînée. Mais les Allemands l’ont compris et  des sous-marins, des chasseurs et des bombardiers tirent sur tout ce qui bouge.

Les généraux anglais n’auront d’autres choix que de déclencher l’opération Dynamo. Son objectif? Faire traverser la Manche à une immense flotte de petits bateaux civils dont la mission est de ramener en Angleterre le plus grand nombre de soldats vivants.

Trois perspectives

Quand vient le temps de tourner un film de guerre, la recette la plus simple consiste à faire voir toute les horreurs de la bataille aux spectateurs par les yeux d’un soldat charismatique ou d’un bataillon.

C’est notamment la recette qu’ont privilégié Il faut sauver le soldat Ryan (1998) et Pearl Harbor (2001).

Dans Dunkerque, Nolan réinvente un peu le concept en nous faisant vivre la bataille du point de vue des airs, de la mer et de la terre. Le tout, par le biais de lignes du temps distinctes et un peu décalées.

Le cinéaste innove également en tournant un film de guerre dans lequel on ne voit pas un seul ennemi – ennemi qui n’est d’ailleurs pas nommé.

Nolan se la joue de plus totalement anti-Hollywood: la bataille de Dunkerque a été une défaite cruelle pour les alliés et elle n’a mis en scène aucun soldat américain.

Comme si ce n’était pas assez, le réalisateur a filmé (à l’aide de caméras ultra-sophistiquées de son invention) sur les lieux mêmes de l’évacuation. Au diable les contraintes et le budget!

Il en résulte un film unique en son genre, dans lequel la tension est omniprésente et à couper à la baïonnette. Un film dont le rythme est plutôt lent et où les scènes de combat sont étrangement peu nombreuses.

Nolan a en fait appliqué le terrifiant concept des Dents de la mer (1975) à un film de guerre: le spectateur ne voit jamais l’ennemi; mais il sait qu’il est là, qu’il est féroce et qu’il va finir par frapper.

Prenez maintenant cette angoissante formule et appliquez là à une véritable oeuvre d’art visuelle. Voilà ce qu’est Dunkerque.

Manque de contexte

La bande-annonce de Dunkerque promettait un film sur «l’événement qui a façonné notre monde».

Curieux, j’ai donc dévoré, avant de voir le film, quatre ou cinq longs articles sur la signification historique du siège et de l’évacuation de Dunkerque.

J’ai appris un tas de choses. Comme le fait que si l’Angleterre n’avait pas réussi à évacuer plus du tiers de ses soldats, ceux-ci n’auraient pas pu, plus tard, empêcher Hitler de conquérir l’Angleterre – et Dieu sait qui par la suite.

Cette évacuation a aussi réveillé les Anglais, qui ont alors compris l’ampleur de la menace nazie. Elle a également marqué les esprits aux États-Unis et a en quelque sorte précipité l’intervention américaine.

En se basant sur tout ça, le site History Today affirme que Dunkerque a marqué «le début de la fin du IIIe Reich».

Le problème, c’est que cette importance historique est pratiquement passée sous silence dans Dunkerque.

Le spectateur averti saura déceler les rares indices qui font référence à la gravité de la situation, mais je crois que Nolan aurait dû se montrer plus insistant sur les enjeux historiques.

La tension, marque de commerce de Dunkerque, n’en aurait été que décuplée.