Au grand écran – Mon meilleur ennemi: un humour assassin

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

Le film d’action mettant en vedette deux héros qui n’ont rien en commun et qui sont forcés de faire équipe est vieux comme le monde. On n’a qu’à penser à Bad Boys (1995), L’Arme fatale (1987), Heure limite (1998) et, plus près de nous, Bon Cop, Bad Cop (2006). Devant l’impossibilité de renouveler le genre, le réalisateur Patrick Hughes a choisi de s’en moquer dans Mon meilleur ennemi (en salles depuis le 18 août). Le résultat vaut le détour.

Confidence pour confidence, le scénario du film de Hughes ne remportera jamais un Oscar. En terme de prévisibilité, il est difficile de faire pire.

Le cinéaste (ainsi que le scénariste Tom O’Connor) applique toutefois avec une efficacité redoutable le dicton qui veut que ce n’est pas la destination qui compte, mais bien le voyage.

Parce que dans Mon meilleur ennemi, l’histoire est plutôt secondaire. Elle sert en fait de prétexte pour entraîner les personnages de Ryan Reynolds et de Samuel L. Jackson dans toutes sortes de situations loufoques qui font ressortir leurs personnalités aux antipodes.

Et ça marche! Ce qui avait des airs de film d’action générique se transforme rapidement en juteuse satire du genre, avec quelques scènes d’anthologie et un Jackson comme vous ne l’avez jamais vu.

Ennemis et amis

Mon meilleur ennemi raconte l’histoire de Michael (Reynolds), un garde du corps tombé en déchéance à la suite d’une mission ratée.

Par un concours de circonstances (tiré par les cheveux), il est appelé à protéger un tueur à gages (Jackson) du nom de Kincaid.

Le duo doit voyager de l’Angleterre aux Pays-Bas, le tueur étant le seul témoin pouvant incriminer un sanguinaire criminel de guerre biélorusse (le trop maquillé Gary Oldman).

En plus de devoir résister aux assauts des sbires du criminel, Michael et Kincaid devront aussi mettre leurs différents de côté, le second ayant à maintes reprises par le passé tenté d’éliminer les clients du premier.

Et pour ne rien arranger, Michael est cartésien alors que Kincaid est impulsif. Un duo si mal assorti pourra-t-il à rester en vie?

Du grand Jackson

Finaliste pour un Oscar pour son rôle dans Pulp Fiction (1994) et habitué des personnages très intenses (pensons à sa récente apparition dans Kong: Skull Island, mais aussi à Mace Windu et Nick Fury), Samuel L. Jackson  n’est pas le premier nom qu’on associe instinctivement à la comédie.

Mais, dans Mon meilleur ennemi, le vétéran âgé de 68 ans expose avec beaucoup de succès son côté givré.

On sent (surtout dans la première heure) que Jackson n’a pas la facilité d’un Chris Rock ou d’un Jim Carrey à enchaîner les blagues et les faciès comiques.

Mais ça tombe bien parce que ça cadre parfaitement avec le ton du film, qui est loin de se prendre au sérieux.

Il ne faut pas un grand sens de la déduction pour comprendre que l’oeuvre de Patrick Hughes est en fait une parodie des comédies d’action.

Le réalisateur se moque notamment des comédies romantiques, des films qui abusent du langage vulgaire et des scènes d’action qui défient les lois de la physique.

Le tout avec en toile de fond une trame sonore aussi entraînante que disjonctée.

En fait, toute l’irrévérence du film se résume en une seule scène, tout simplement sublime dans son absurdité, où la petite amie de Kinkaid (la sulfureuse Salma Hayek) se transforme en arme de destruction massive.

Hayek agresse sauvagement une bande de connards qui ont eu la mauvaise idée de voir en elle une proie facile. Coups de couteau et de tessons de bouteilles, effusion de sang, visages fracassés… tout y passe. Le tout au ralenti, sous le regard d’un Jackson dégoulinant d’amour et au son d’une ballade sirupeuse. Magnifique!

Non, Mon meilleur ennemi ne passera pas à l’histoire. Mais comme divertissement, il se fait très pire si on peut passer outre l’inanité du scénario pour pleinement apprécier le spectacle qu’offrent deux des plus grosses pointures de Hollywood en se mitraillant de remarques assassines.