Au grand écran – Ça: un classique instantané de l’horreur

Patrice CôtéCinéma & Showbizz

Depuis toujours, visionner l’adaptation d’un classique de la littérature est un peu comme jouer à la loterie. Quelques rares films surpassent l’oeuvre originale, mais la très grande majorité ne lui arrive pas à la cheville. Avec Ça – à mes yeux, le meilleur livre du maître des horreurs Stephen King -, le réalisateur Andy Muschietti nous offre un gros lot sur un plateau d’argent.

Par souci de transparence, je dois vous raconter que Ça a été une oeuvre marquante et déterminante dans ma vie.

Le roman aborde des thèmes comme la sortie de l’enfance et la perte de l’innocence qui avaient énormément impressionné l’adolescent que j’étais quand j’ai fait le connaissance du clown Grippe-Sou et du Club des Ratés.

En raison de la structure complexe du livre – sans compter sa longueur – j’ai toujours considéré que Ça pourrait difficilement être adapté au cinéma – si on fait exception de la minisérie d’une durée de plus de trois heures qui a été diffusée sur les ondes du réseau NBC à l’automne 1990.

Force est de constater que Muschietti (à qui l’on doit un des films d’horreur contemporains les plus aimés des critiques en Mama, en 2013) a réalisé l’impossible.

Son Ça est à la fois terrifiant et fascinant, mais aussi – et surtout – passionnant.

Un clown et ses ennemis

Derry, Maine, octobre 1988. Par un jour de pluie, le petit Georgie Denbrough joue dehors avec un bateau que son grand frère Bill lui a fabriqué. L’embarcation tombe dans une bouche d’égout et Georgie n’est plus jamais revu.

Juin 1989. La fin des classes à l’école de Derry est assombrie par la disparition de nombreux jeunes.

Déterminé à comprendre ce qui est arrivé à son frère et aux autres disparus, Bill enquête en compagnie de quelques amis – qui se surnomment affectueusement le Club des Ratés.

Leurs recherches les mèneront à la source d’une macabre conjuration qui frappe leur ville tous les 27 ans. Et jusque dans la tanière du vile clown (Bill Skarsgard) qui est à l’origine du mal qui dévore Derry.

La bonne recette

Pour parvenir à adapter correctement Ça, Muschietti et les scénaristes ont habilement déconstruit l’oeuvre de King.

Le roman alterne entre deux lignes du temps: le Club des ratés à l’adolescence et à l’âge adulte. Muschietti, lui, a choisi de raconter uniquement l’histoire des jeunes Ratés – il est déjà confirmé qu’une suite se situera 27 ans plus tard.

L’idée est excellente puisqu’elle permet de ne pas surcharger le film. Il est déjà un peu difficile pour le néophyte de faire connaissance et de bien connaître les sept jeunes héros, j’imagine sans mal le cauchemar cinématographique qui serait né du besoin de départager leur version adulte…

subtil et inspirant

Pour répondre à la question que tout le monde se pose: Ça est-il un film terrifiant? La réponse est oui, mais pas plus que la moyenne.

Les scènes du lavabo et des diapositives (je ne vous en dit pas plus…) sont particulièrement effrayantes et réussies.

Mais ce qui distingue l’oeuvre de Muschietti, c’est son caractère universel.

Le réalisateur met en scène sept enfants impopulaires (un bègue, un verbomoteur myope, un obèse, un noir, un juif, un hypocondriaque et une victime d’inceste) et les met face à leurs peurs les plus primaires.

Tout le monde, je dis bien tout le monde, va retrouver un peu de lui-même dans au moins un des personnages (ou un de leurs cauchemars…).

Mieux: alors que tous les citoyens de Derry semblent peu intéressés à comprendre le mal qui frappe leur ville, ce sont sept enfants mal-aimés et victimes d’intimidation qui déclarent la guerre à l’horrible clown Grippe-Sou.

Chaque spectateur peut en tirer la leçon qu’il veut, mais personnellement, je trouve ça drôlement inspirant.

D’autant plus que, s’ils veulent venir à bout de Grippe-Sou, les Ratés n’auront d’autres choix que d’affronter leurs peurs – et, ultimement, sortir du confort de l’enfance.

Il aurait été plus simple pour Muschietti de tourner un simple film d’horreur sanguinolent mettant en vedette un clown tueur d’enfants inspiré du roman Ça.

Il a toutefois choisi d’instiller au coeur de son oeuvre tous les thèmes qui ont fait du livre de Stephen King un classique contemporain.

Ça, le film, est d’une portée qui va au-delà du macabre et de l’effrayant. C’est en effet sa subtilité, sa nostalgie, son humour et son attachante bande de Ratés qui en font un film culte instantané.