C’est dimanche qu’aura lieu la soirée la plus médiatisée de l’année cinématographique. Contrairement aux dernières années, peu d’oeuvres commerciales sont en lice pour obtenir un précieux Oscar. Votre dévoué serviteur a donc cru bon vous offrir ce petit guide issu de faits et d’observations afin de vous aider à vous y retrouver parmi les six principales catégories.

Selon plusieurs analystes, The Shape of Water détiendrait la position de tête pour l’obtention de l’Oscar du meilleur film.

Cette fable inspirée de la Belle et la Bête réalisée par Guillermo del Toro raconte l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’une créature amphibie enfermée dans un laboratoire de recherche.

Personnellement, j’avais trouvé le scénario de l’oeuvre un peu simpliste, mais le film a récemment remporté les prix de la guilde des réalisateurs et de celle des producteurs. La victoire est pour ainsi dire dans la poche, à moins d’une énorme surprise.

Lady Bird (gagnant du Golden Globe de la meilleure comédie ou comédie musicale et dont on peut voir la bande-annonce ici) pourrait toutefois brouiller les cartes. L’oeuvre, qui raconte les tribulations d’une adolescente et ses relations difficiles avec ses parents, a récemment mis la main sur le prix de la guilde des comédiens. Or, les comédiens constituent la grande majorité des membres votants de l’Académie…

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (gagnant du Globe du meilleur drame) figure parmi les favoris, mais sa noirceur abyssale risque de lui faire perdre des votes.

Si on m’avait demandé de voter, mon choix aurait été Dunkirk.

Sans rien enlever aux huit autres finalistes, l’oeuvre de Christopher Nolan est, à mes yeux, la plus grande réalisation cinématographique de l’année.

Parce que Dunkirk est non seulement le finaliste qui a été le plus vu en salles – et de loin -, c’est aussi celui qui, à mon très humble avis, présente les images les plus travaillées. C’est donc une oeuvre d’art commerciale, objectif qu’espèrent atteindre tous les réalisateurs.

Le film, qui raconte les efforts héroïques de petits propriétaires de bateaux britanniques pour récupérer des milliers de soldats coincés derrière les lignes allemandes en 1940, est aussi très inovateurs dans sa forme, alors qu’il suit deux lignes de temps de façon décalée et qu’il traite de la guerre sans jamais montrer l’ennemi nazi.

Le fait qu’il raconte un pendant britannique de la Seconde Guerre mondiale risque malheureusement de ne pas avoir beaucoup ému le jury, très majoritairement américain.

Meilleure comédienne

Qui succédera à Emma Stone (La La Land) et Brie Larson (Room)?

Le fait saillant de cette catégorie est le fait que Meryl Streep y est en nomination pour la 17e fois. La grande dame du cinéma pourra-t-elle ajouter un troisième titre à son palmarès?

Si on se fie aux récents prix qui ont été remis, la réponse est non.

En fait, Mme Streep, qui interprète l’éditrice du Washington Post dans The Post, ne ferait même pas partie de la courte liste des favorites.

Selon les observateurs, le titre devrait aller à Frances McDormand (photo) pour son interprétation d’une maman violente et en colère dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri. Celle qui a déjà remporté cet Oscar pour son rôle dans Fargo (1997) semble inattaquable après ses victoires aux Golden Globe et avoir été le choix de la guilde des comédiens.

Sally Hawkins, brillante dans le rôle d’une concierge muette dans The Shape of Water, semble la mieux placée pour nuire aux chances de Mme McDormand.

Saoirse Ronan, déjà trois fois nommée aux Oscars malgré ses 23 ans, est de son côté la carte cachée de cette course grâce à son rôle dans Lady Bird.

Meilleur comédien

Gary Oldman, pour son interprétation du premier ministre Winston Churchill dans le drame Darkest Hour, est le grand favori pour l’emporter.

Je n’ai pas eu le privilège de voir le film, mais la bande-annonce nous laisse voir un Oldman méconnaissable, enfoui sous les prothèses faciales afin de lui faire «gagner» le poids nécessaire pour ressembler à Churchill.

Le comédien britannique a remporté le Golden Globe pour son interprétation, ce qui laisse croire qu’il devrait prononcer un discours au gala des Oscars.

Les jeunes Timothée Chalamalet (en amoureux homosexuel dans Call Me By Your Name) et Daniel Kaluuya (victime de beaux-parents racistes dans Get Out) injecte du sans neuf à cette catégorie. Historiquement, toutefois, l’Académie se tourne rarement vers la jeunesse quand vient le temps de nommer le comédien de l’année.

Le monument Daniel Day-Lewis (Phantom Thread, dont on peut voir la bande-annonce ici) – seul comédien à avoir remporté le prix à trois reprises – devrait obtenir sa part de votes, mais mon petit doigt me dit que, malgré le préjugé favorable dont il bénéficie de la part de l’Académie, ses chances sont minces.

Meilleur réalisateur

Est-il possible de passer outre le réalisateur d’un film mis en nomination pour 13 Oscars quand vient le temps de choisir le cinéaste de l’année?

Surtout si celui-ci a été préféré à trois immortels aux Golden Globes?

Après avoir battu Christopher Nolan, Ridley Scott et Steven Spielberg aux Golden Globe, Guillermo Del Toro (The Shape of Water, photo) semble assuré de remporter une statuette, dimanche.

Pour ses prouesses visuelles dans Dunkirk, Christopher Nolan semble le plus apte à embêter le Mexicain, mais la cote d’amour de l’industrie envers The Shape of Water semble trop grande pour que le Britannique l’emporte.

Sans rien vouloir enlever à son talent, l’angle féminin et le fait qu’une seule femme dans l’histoire a remporté l’Oscar de le meilleure réalisatrice pourrait résulter en des votes politiques pour Greta Gerwig, réalisatrice de Lady Bird (un autre film chouchou de l’industrie).

Reste que si ma maigre pitance dépendait d’une seule prédiction aux Oscars, je mettrais mon argent sur Del Toro.

Meilleurs comédiens dans des rôles secondaires

Chez les hommes, Sam Rockwell est pratiquement assuré de la statuette pour son rôle de policier écervellé dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri.

La performance de Rockwell est la meilleure que j’ai vu – pour un grand ou un petit rôle – depuis Casey Affleck dans Manchester by the Sea, l’an passé.

L’intensité du jeu du Californien âgé de 49 ans est absolument phénomènale.

Chez les femmes, la favorite est Allison Janney (photo), pour son interprétation de la mère violente de la controversée patineuse Tonya Harding dans I, Tonya.

Janney l’a emporté aux Golden Globes, aux BAFTA Awards (l’équivalent britannique des Oscars) et a été le choix de la guilde des comédiens.

À moins d’une surprise, Janney repartira à la maison avec un trophée à ajouter à sa collection.