Quel parent ne souhaiterait-il pas dormir sur ses deux oreilles tout en tenant un œil ouvert la nuit durant?

Au grand dam des enfants, n’aurions-nous pas une certaine paix d’esprit tout en étant dans les bras de Morphée?

Pour ceux qui auraient sommeillé lors des cours de mythologie, Morphée n’est pas un Acadien, mais bien le dieu du sommeil de la mythologie grecque! N’ayant pas trouvé preneur auprès de la race humaine, celui-ci aurait jeté son divin dévolu chez certains oiseaux migrateurs. Eh oui, plusieurs espèces d’oiseaux, dont les canards et les outardes ne dorment que d’un œil au besoin!

Parmi tous les oiseaux migrateurs, le déplacement en V des outardes, à l’instar du coloris des arbres feuillus, constitue un des signes incontournables que l’automne bat son plein. Sa capacité à dormir avec un œil ouvert a été pendant longtemps un sujet pour le moins controversé auprès de la collectivité scientifique.

En effet, une moitié de l’hémisphère cérébral dort pendant que l’autre moitié est en plein éveil. La bernache du Canada, communément appelée outarde, ne dort au besoin, que d’un seul œil. Cette particularité lui permet de monter la garde sur ses oisillons tout en se reposant.

Au fur et à mesure que sa progéniture prend de l’âge, l’outarde adulte peut se permettre de s’enfouir la tête sous son aile et de fermer les deux yeux pour un repos bien mérité. Cet état léthargique ne la rend pas vulnérable aux prédateurs pour autant puisque les outardes sont toujours protégées par des sentinelles à l’intérieur même du groupe.

Le Canada ne compte pas moins de huit groupes d’outardes dont les poids varient de 1 à 8 kg. Celles qui survolent notre région affichent un poids moyen d’environ 3 à 4 kg. Les outardes sont monogames leurs vies durant. Les «divorces» sont rarissimes et le changement de partenaire est observé lorsqu’un des oiseaux meurt.

La femelle couve en moyenne 5 œufs pendant une période d’environ 28 jours. Celle-ci retourne très souvent au même lieu de nidification année après année. En captivité, les oiseaux ont une espérance de vie d’environ 20 ans. Compte tenu de changements majeurs au cours des dernières années, de plus en plus d’outardes retardent leur migration; certaines ne migrant même pas. Le monde scientifique s’est penché sur ce phénomène et en a conclu que certains facteurs étaient responsables de cette «paresse migratoire», à savoir: la prolifération de nombreux projets domiciliaires et terrains de golf aux pelouses verdoyantes, le réchauffement planétaire, des saisons de récoltes plus longues issues de recherches rendant certaines graminées (avoine, blé, luzerne, orge, sarrasin) plus résistantes aux variations climatiques, une pression de chasse en baisse, etc. Ces facteurs contribuent à augmenter la durée de vie de l’outarde à l’état sauvage.

Les études démontrent que la population de la bernache du Canada est passée de 1 million en 1950 à plus de 4 millions aujourd’hui.

Les outardes se déplacent en V pour plusieurs raisons. Celles en tête du groupe réduisent la résistance du vent pour la volée qui suit. Cette formation permet également un contact visuel pour tout le groupe, diminuant les effets d’un vol désordonné qui épuiserait davantage les oiseaux en migration.

La vitesse de vol de la bernache du Canada est d’environ 50 km/h. Toutefois, lors de migration, elles peuvent atteindre les 120 km/h grâce à de forts vents arrière et parcourir au-delà de 1500 km en une seule journée.

Grosso modo, les outardes canadiennes empruntent l’un des quatre corridors de migration suivants: Atlantique, Mississippi, Central et Pacifique. Elles vont aussi loin que le Mexique et aussi près que la partie centrale des États-Unis. Compte tenu du réchauffement climatique, nous sommes en présence d’une migration, qui année après année s’étend de moins en moins vers le sud.

Les biologistes américains capturent des outardes et leur posent une bague à la patte afin d’étudier leurs déplacements. Sur la bague, on y retrouve un numéro de téléphone et une série de chiffres permettant d’identifier l’individu. Tout chasseur soucieux est invité à communiquer sans frais au numéro de téléphone qui figure sur la bague. On vous posera alors certaines questions permettant de mieux connaître et de gérer cette ressource. Occasionnellement, une de ces bagues vous indiquera que vous êtes l’heureux gagnant de 100$ US. Personnellement, au cours des années, j’ai collectionné une dizaine de ces bagues d’identification, dont une comportant une valeur monétaire.

Le plaisir de chasser l’outarde tôt, une matinée d’automne, est une expérience unique. Vous aurez besoin d’appeaux et vous devrez maîtriser l’art d’appeler les outardes. Le positionnement des appeaux par rapport au vent est également important. Pour ceux qui ne sont pas chasseurs et qui désireraient vivre l’expérience, pourquoi ne pas demander d’accompagner un chasseur d’expérience. Flattez ce dernier dans le sens du poil et il vous offrira sans doute une de ses prises. Farcie, cuisson lente au four avec sauce aux cerises sauvages accompagné d’un rouge aussi corsé que capiteux et vous serez convaincus des plaisirs de chasser la bernache du Canada.