Les Américains sont très friands des accolades flatteuses. Au bas mot, «best in world» ne saurait être que le superlatif qui leur est dû, ne serait-ce qu’une réalité illusoire. Tenez, comme je l’ai mentionné dans une chronique précédente, nos voisins du sud se pètent les bretelles à qui veut bien l’entendre qu’ils sont les hôtes du «Baseball World Series» même si toutes les équipes sont purement américaines, exception faite de nos Blue Jays bien entendu. Ouain, small world! C’est à croire que pas moins de deux cents pays sont des athlètes des gradins. Cecil Breau, lâche le morceau; «rends-leur justice», me dis-je. Bon, d’accord; à tout seigneur tout honneur!

Quoi qu’il en soit, le pays de l’oncle Sam regorge d’anecdotes où l’esprit d’entrepreneuriat peut naître d’une infime flamme pour se transformer en un véritable brasier économique. Tel est le cas de deux entreprises américaines courtisant les besoins d’un public avide d’équipements de plein air. Vous l’avez deviné; nos deux géants qui ont pignon sur rue à Moncton ne sont nul autre que Bass Pro Shop et Cabelas!

Cabelas est l’exemple même de l’entrepreneur américain. Le fondateur, Dick Cabelas, avait placé une annonce publicitaire dans un journal de Casper dans le Wyoming en 1961. Il y proposait 12 hameçons de pêche à la mouche pour la modeste somme de 1$. Une telle aubaine n’a soulevé qu’une seule demande. M. Cabelas s’est alors tourné vers une revue spécialisée où il offrait 5 mouches à pêche artisanale pour la somme de 0,25$. Les commandes se sont alors multipliées, provenant de partout aux États-Unis. S’en est suivi un commerce de catalogue de vente par correspondance. C’est à partir de leur cuisine à Chappell au Nebraska que Dick et son épouse Mary ont assisté à une croissance exponentielle. En 1962, son frère Jim s’est joint à l’entreprise. La première mégasurface (23 225 m2) commerciale destinée aux articles de plein air a établi son siège social Sidney, au Nebraska en 1969. En 2004, Cabelas figure à la bourse de New York. En 2016 l’entreprise comptait plus de 80 magasins aux États-Unis et au Canada, dont le plus récent tout près de chez nous à Moncton.

Plein feu sur l’un des principaux compétiteurs de Cabelas: Bass Pro Shop. Fondé par Johnny Morris en 1971, ce dernier occupa d’abord la modeste surface de 0,75 m2 à l’arrière de la boutique de son père. Mordu du plein air, le jeune Morris se concentrait avant tout sur la vente d’appât pour la pêche. De fil en aiguille (de fil en hameçon devrais-je spécifier!) Bass Pro Shop évolua vers les bateaux de pêche sportive. Fin renard, M. Morris a su exploiter les commandes par correspondances et l’entreprise a connu un essor fulgurant. Peu à peu, les objectifs des dirigeants se sont élargis et à l’instar de leur rival Cabelas, ils ont répondu à un public davantage plus vaste que celui de la niche du monde naval. Ils se sont tournés vers tout ce qui touche au plein air, si bien qu’aujourd’hui l’entreprise compte plus de 100 magasins aux États-Unis et au Canada. L’ouverture d’un magasin Bass Pro Shop à Moncton, la même année que l’arrivée de Cabelas, a semé l’émoi auprès de nombreux sceptiques.

Deux méga entreprises allaient-elles survivre dans les provinces atlantiques? Ils ont misé sur la proximité de l’océan et des cours d’eau intérieurs de même qu’une nature à l’état sauvage à la portée de tous.

Tout récemment, Bass Pro Shop s’est porté acquéreur de Cabelas suite à une transaction de 5,5 milliards $.

Au cours des années, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs des magasins de Bass Pro Shop et de Cabelas. C’est à croire qu’ils sont jumeaux identiques. On y retrouve les mêmes thèmes et le même style de décoration. Un véritable musée de taxidermie vous accueille et vous plonge dans une atmosphère de grand air qui vous incite sans doute à d’incontournables achats.

Le personnel est super accueillant et d’une extrême gentillesse. Petite anecdote: il y a quelques années, je me régalais en arpentant les allées d’un des super magasins Cabelas aux États-Unis lorsque je fus témoin d’un homme qui manifestait son insatisfaction auprès d’un employé. De toute évidence, ce triste sire cherchait la confrontation. Rien à faire, l’employé est demeuré calme, souriant tout en désamorçant un dialogue unilatéralement coloré.

Les employés de Bass Pro Shop et de Cabelas de Moncton sont super compétents. Petit bémol cependant. Je me serais attendu à ce que tout le personnel soit bilingue. Hélas, tel n’est pas le cas!

Quel sera l’impact chez le petit commerçant d’articles de plein air du coin? Pour le moment, rien ne laisse présager qu’il sera avalé par un plus gros poisson. En effet, chose vraiment étonnante: la méga entreprise Bass Pro Shop malgré son immense pouvoir d’achat vend ses produits à un prix semblable au petit commerçant. Sans doute mise- t-elle sur son immense choix en magasin pour attirer une clientèle qui lui sera fidèle.