À la suite de la parution d’une récente chronique mettant en vedette la pêche à l’anguille, quelques mordus d’une autre pêche hivernale m’ont gentiment mis au pas pour avoir omis de mentionner leur activité préférée. Ce tollé, ciel que dis-je, cette conjointe levée de boucliers d’un pêcheur de Lamèque et d’un second de la région de Néguac mérite toute mon attention.

En effet, comment passer outre une coutume qui persiste bon an mal à convertir de plus en plus de pêcheurs à une activité qui se veut des plus récréatives. Eh oui, l’éperlan, ce petit poisson au profil élancé et argenté, semble damer le pion à toute autre forme de pêche blanche, du moins un peu partout dans la région de la Péninsule acadienne.

De nombreuses cabanes de pêche font leur apparition sur les cours d’eau intérieurs, tout le long du littoral acadien. Montées sur la terre ferme, elles sont souvent tirées sur le lieu de pêche par une motoneige ou un camion une fois l’épaisseur de la glace jugée sécuritaire.

Certains sites ont parfois l’allure de véritables petits villages. Le confort intérieur est laissé à l’imagination du propriétaire. Certaines de ces cabanes sont munies de chaufferettes assurant une chaleur ambiante des plus confortables. Chaises, petites tables, éclairage, musique, odeur de café et de friture de poissons risquent aux dires de certains adeptes de convertir les «anguilleux en pêcheux d’éperlans».

En ce qui a trait à certaines réglementations, Pêches et Océans Canada précise, sans pour autant constituer une liste exhaustive, ce qui suit:

• Il est interdit de placer des cabanes de pêche sur la glace avant le 1er janvier.

• Il faut les enlever avant minuit le 2 avril ou à la date antérieure précisée par Pêches et Océans Canada.

• Le nom et l’adresse du propriétaire doivent figurer en caractères d’imprimerie haut d’au moins 5 cm sur chaque cabane.

• Une limite quotidienne de 60 éperlans.
À l’intérieur des cabanes, les pêcheurs s’en remettent à deux méthodes afin de convaincre le poisson de venir se chauffer à l’intérieur de la cabane!

La méthode la plus populaire consiste à pratiquer une ouverture circulaire d’environ 25 cm à même la surface gelée en se servant d’un vilebrequin à glace. Les pêcheurs, munis de cannes à pêche, laissent descendre leurs lignes appâtées tout en exerçant un mouvement vertical de va-et-vient afin de taquiner le poisson. Certains ont recours à de petits morceaux de viande ou de crevettes pour séduire l’éperlan, tandis que d’autres optent pour de petits morceaux de maïs soufflé. Semblerait que les goûts ne se discutent pas, même chez les poissons!

La seconde méthode, plus laborieuse à mettre en marche, consiste à pratiquer une ouverture dans la glace d’environ 40 cm par 1 mètre à l’aide d’une scie à chaîne. Cette méthode est idéale en eau peu profonde (normalement 2 à 3 mètres de profondeur). À l’aide de perche, un drap blanc est déposé au fond de l’eau. On y laisse tomber plusieurs pierres ou briques que l’on déplace aux quatre coins du drap afin de le maintenir à plat. Le soir venu, une ampoule au bout d’une corde électrique alimentée par une génératrice à l’extérieur de cabane est placée au fond de l’eau tout près du drap.

L’éperlan avec son dos noir ressort aussitôt qu’il traverse la surface blanche du tissu. La capture du poisson s’exécute alors à l’aide d’une fouine. Fouine en main, le pêcheur maintien l’outil à mi-chemin de profondeur et d’un geste rapide, transperce l’éperlan pour le ramener à l’intérieur.

Cette technique n’est pas sans demander une certaine adresse, mais l’on parvient quand même à la maîtriser assez rapidement.

Pour ceux qui n’ont pas accès à une cabane, il est toujours possible de s’adonner à cette activité simplement en s’habillant chaudement et en se prévalant de la première méthode.

Sois dit en passant, qu’en faisant le tour des nombreuses cabanes, vous trouverez surement un Acadien qui se fera un plaisir de vous accueillir. Certains pour une somme plus que raisonnable vous loueront leur cabane pour 24 heures.

Quelle agréable alternative à avoir les yeux rivés sur le petit écran que de taquiner ce petit poisson au goût sucré.

Fricassez l’éperlan à l’intérieur du confort douillet d’une cabane à même un petit poêle portatif, arrosez le tout d’un petit vin blanc (tout en vous assurant d’avoir un conducteur désigné) et vous venez apprivoiser l’hiver.