À ce temps-ci de l’année, il arrive à l’occasion, qu’un lecteur ou deux s’enquiert des mesures de sécurité à respecter impliquant certains animaux de la forêt; en l’occurrence l’ours noir.

Comme les sorties en forêt comptent de plus en plus d’adeptes de plein air, il est toujours possible de croiser la route de ce plantigrade. Si l’orignal est considéré le roi des habitats boisés, l’ours par son déplacement silencieux est sûrement le fantôme incontesté de notre contrée sauvage.

Ce grand timide n’a pas bonne presse auprès de bon nombre de randonneurs et de campeurs. Et pour cause; le monde médiatique en fait tout un plat, dès qu’une attaque est signalée.

Des études menées au Québec de 1986 à 2009 font état de six décès imputables à l’ours noir. Triste bilan certes, mais à des années-lumière des 22 788 décès répertoriés sur les routes de la province au cours de la même période.

Pourtant, tout un chacun d’entre nous emprunte les circuits routiers jour après jour sans souci, avec la plus grande désinvolture. Quoique les accidents de la route font partie intégrale de notre quotidien, les médias gênent cette pertinence aussi triste et désolante soit-elle. Par contre, un accident aérien retient toute l’attention qu’on lui reconnait, même s’il est nettement prouvé que les déplacements par avions sont de loin plus sécuritaires que de voyager sur nos routes.

À l’instar des six accidents mortels causés par les ours, les accidents des transporteurs aériens font les frais de nouvelles à sensation. Si vous soupçonnez que je milite en faveur des ours, vous n’avez pas entièrement tort!

Mettons les pendules à l’heure! L’ours noir, grâce à ses pattes bien coussinées, se déplace sans bruit. Étant guide durant mes temps libres pour le compte d’un ami pourvoyeur de chasse à l’ours, j’eus l’occasion de passer des heures dans un mirador pour observer leurs déplacements. De véritables fantômes! Raison pour laquelle vous en verrez très peu en forêt si vous êtes randonneurs ou adeptes de vélos hors-piste.

Comme il craint l’homme, sa timidité lui impose la fuite dès qu’il vous entend. Ceci étant dit, soyez assurés que par leur nature discrète, beaucoup d’ours vous ont sûrement repérés sans que vous les ayez aperçus.

Par contre, le débat sur la sécurité revêt une tout autre dimension auprès des campeurs qui, soit dit en passant, vont passer le plus grand nombre d’heures en forêt. Le nombre d’heures en habitat sauvage a plus que quintuplé au cours des dernières années, sans pour autant que les mesures de sécurité se soient affûtées.

L’ours est omnivore, c’est-à-dire qu’il mange un peu de tout. Poussé par son instinct de faire ses réserves de graisse en vue de son hibernation, il consommera à peu près tout ce qui lui tombe sous la dent.

Revenons à nos campeurs. Ces derniers font d’amples provisions alimentaires en vue de leurs séjours en forêt. Les campeurs prennent très peu de précautions vis-à-vis l’entreposage de la nourriture. Attiré par l’odeur, notre ami à poils s’approche sans bruit et souvent lorsque tout est calme, il se déplace sous le couvert de la nuit pour se gaver à souhait. Ainsi, des tentes subissent des coups de pattes de la part de l’intrus. Sous la confusion qui risque de s’ensuivre, l’animal peut se voir contraint de se défendre. Assurez-vous de n’avoir aucune nourriture dans la tente; pas même de chocolat ou de croustilles dans leurs emballages. Il est alors préférable de mettre toute nourriture dans le coffre arrière de la voiture et non dans la voiture même.

Vous croyez que l’animal n’est pas futé? Eh bien, prêtez bien attention à ce qui suit. À de nombreuses reprises, et ce dans de nombreux parcs canadiens, l’ours grimpe sur le toit de l’auto. Avec ses trois cents livres et plus, il saute à répétition sur le toit jusqu’à ce que les fenêtres éclatent. Comme dirait le chanteur Richard Desjardins : «On laissera faire pour le reste».

Une erreur à dénouement fatal consiste à nourrir les ours, ou d’avoir négligé de rapporter toutes vidanges à la maison. L’animal perdra peu à peu sa crainte de l’homme et deviendra de plus en plus téméraire. Cette attitude est responsable à elle seule d’environ 75% des blessures ou de fatalités envers les humains. Sans compter que chaque année, les agents de conservation de la faune doivent abattre de nombreux ours, qui, n’eût été l’insouciance humaine, seraient encore vivants.

La fameuse question: que faire en cas d’attaque ? À deux occasions, au cours des années, j’ai eu la chance de m’entretenir avec le Dr Stephen Herrero, professeur émérite de l’Université de l’Alberta. Ce chercheur est la sommité incontestée en ce qui a trait aux comportements des ours. Il en ressort que si vous croisez un ours qui ne fuit pas en votre présence ou qui demeure indifférent au bruit que vous faites, vous vous devez de considérer certaines options.

Selon le Dr Herrero, grimper dans un arbre est une possibilité, quoiqu’un ours peut grimper aussi bien et même mieux que vous. Vous misez alors sur la possibilité qu’il perde intérêt et qu’il s’éloigne.

S’il continue de s’approcher peu à peu, reculez en lui parlant et en évitant un contact visuel. Laissez tomber votre sac à dos par terre; il pourrait s’y intéresser.

Si l’ours continue vers vous; criez, gesticulez, levez vos bras au-dessus de votre tête en les agitant afin de vous montrer plus imposant. S’il continue de s’approcher, préparez-vous à vous battre.

Surtout, ne faites pas le mort. Cette tactique peut fonctionner face à un grizzli, mais pas avec un ours noir. Ce dernier vous bouffera vivant! Frappez-le avec un bout de bois, une roche, votre sac à dos, peu importe l’objet. Dans la majorité des cas, l’ours va s’enfuir et vous avez de bonnes chances de vous en sortir indemne.

Vraiment pas une bonne idée d’apporter votre chien avec vous lors de vos randonnées. Celui- ci va courir à la rencontre de l’ours pour vite rebrousser chemin et revenir vers son maître avec le plantigrade à ses trousses.

Le poivre de Cayenne est une option viable, pour autant que vous sachiez vous en servir, que la canette soit à votre portée et que le vent soit en votre faveur.

Grosso modo, en territoire d’ours, faites du bruit pour annoncer votre présence. Ce sont de magnifiques animaux. Rappelons-nous que nous sommes chez eux. Traitons-les avec tout le respect qu’ils méritent.