Au grand air – Les étonnantes décisions de nos élus

Cécil BreauDans votre nature

Une odeur de terroir après un orage, un ciel azur maquillé de nuages blancs non pollués, des pluies acides quasi inexistantes, des eaux qui se prêtent encore à la baignade. J’entends déjà les “ayou ça”. Douète icitte, en Acadie vous répondrais-je!

Dans une chronique abordant le grand air, j’aime bien m’attarder sur un thème, un animal ou toutes activités pratiquées dans nos grands espaces. Cette incontournable toile de fond est directement tributaire de la protection accordée à l’environnement. Des campagnes de sensibilisation soulignent cette fragilité écologique, tandis que dans les coulisses du pouvoir nos élus font parfois preuve d’étonnantes décisions.

En passant; permettez-moi une petite salve à l’endroit de nos élus, pour qui la protection de l’environnement passe bien après leur préoccupation première, notamment leur cote de popularité auprès des électeurs; laquelle cote passe bien entendu par le miroitement de la création d’emplois.

Au nom de ce geste en apparence noble, nos savants fonctionnaires toujours dans le but d’attirer une multinationale ou de complaire à une entreprise déjà courtisée sont prêts à tourner le dos à l’environnement.

Ainsi, en décembre 2015, coup de théâtre. Ou devrais-je dire, coup bas; bien en bas de la ceinture pour la médecin-hygiéniste, la Dre Eilish Cleary pour laquelle je ne peux tarir d’éloges. Cette vaillante militante écologiste est alors cavalièrement saquée pour s’être opposée au dossier du gaz de schiste et d’avoir été trop tapageuse dans ses conclusions sur l’épandage du glyphosate sur nos forêts.

Évidemment, on évoque des raisons personnelles de la part de ses patrons. Le contraire m’aurait bien surpris. Rectitude politique! Mes préoccupations dans ces deux dossiers me tiennent particulièrement à cœur depuis belle lurette. Fin juin, je mentionnais que l’État de la Californie classait le glyphosate parmi les produits cancérigènes quelques mois seulement après que Santé Canada approuve son usage sur nos forêts.

Certes, le dossier du gaz de schiste semble alléchant auprès des dirigeants gouvernementaux étant donné que de nombreux emplois seraient disponibles. Manne très illusoire cependant. Aussitôt les installations en place et bien rodées, ce sera good bye la visite; terminé les beaux emplois; ne restera qu’un personnel de soutien au salaire minimum. Des emplois créés et bien temporaires par surcroît. Un environnement pollué à souhait et une eau potable contaminée. Pas grave, on boira de l’eau embouteillée qui se vend deux fois le prix de l’essence.

Vous croyez que j’ai le pied un peu lourd sur la pédale! L’État du Texas, le plus pollué de tous les États américains, a vu les séismes augmentés de six fois depuis les multiplications des fracturations en vue de l’extraction du gaz de schiste depuis 2005. Les forages qui manquent d’étanchéité et qui contaminent l’eau sont chose courante. Les experts estiment que moins de 15% des puits de forage accusent des fuites. Banal vous me direz! Avec près de 100 000 puits de forage, au Texas seulement, la catastrophe est plus que réelle. Mais, le tout puissant dollar règne au pays de l’oncle Sam; alors pied bien au fond sur la pédale du gaz de schiste. Des emplois sont créés tandis que le pipi des Américains brille à la noirceur!

Le glyphosate, cet herbicide controversé de la compagnie Monsanto est décelé dans près du tiers des produits alimentaires canadiens. Autant il est intéressant de constater qu’un produit soit certifié biologique, autant il serait souhaitable de tenir un produit en main avec la mention «certifiée cancérigène».

La Dre Cleary fut congédiée pour des raisons dites personnelles; du moins c’est ce que l’on souhaite nous faire croire. La médecin-hygiéniste faisait un peu trop de bruit aux goûts de nos élus alors elle fut remerciée pour ses services.

Agréable surprise de constater ce matin, en lisant dans l’Acadie Nouvelle que cette militante écologique s’est vu octroyer la rondelette somme de 720 000$ en indemnités de départ. Grand bien lui fasse! Raisons de départ nébuleux veut-on nous faire croire! Mon œil! Le gouvernement a fait une gaffe et il en paye le prix. Le gros bémol dans cette histoire, c’est que l’argent sort des poches des contribuables. En toute justice, un tel déboursé devrait être soutiré à partir des généreuses pensions accordées aux fonctionnaires responsables d’une telle bévue et non à partir des contributions si durement gagnées par les électeurs.

Entre temps, soyons vigilants de notre écosystème. Un balancier aussi fragile mérite toute notre attention. Qui sait: souhaitons que la Dre Cleary se présente aux prochaines élections. Voilà une dirigeante sans muselière qui aurait mon appui.

Semblerait que même un modeste chroniqueur a droit à un congé. Ma foi, je me crois presque employé de l’État! Ceci étant dit, je reprendrai le collier à la fin de l’été et ma prochaine chronique sera publiée le 4 septembre.

Profitez de nos beaux espaces. Bon été à tous.