Prêts pour la chasse à l’orignal?

«C’est en septembre que mon pays peut respirer, c’est en septembre que je me fais la bonne année». Non, ce commentaire n’est pas le mien ni la sage observation des savants attablés au Tim. Ce sont les paroles du regretté Gilbert Bécaud qui revendique mélodieusement son petit coin de pays; heureux de se replonger dans un quotidien qui est authentiquement sien.

Septembre nous oblige tous à regagner les rangs, un peu comme les écoliers. Mœurs et coutumes épousent une nouvelle saison. La province entière semble avoir patienté jusqu’au départ du dernier touriste pour sonner le clairon virtuel mettant en relief une nouvelle saison ponctuée par un départ canon: la chasse à l’orignal!

Comme il est possible d’être passionné ou indifférent au vélo de montagne ou toutes autres activités de plein air, la chasse est un sujet où les opinions sont souvent vives, animées, voire même controversées.

Bon an, mal an, l’orignal est notre incontestable mascotte automnale. Sur les quelque 70 000 individus qui ont participé au tirage au sort, à peine 5000 ont vu la chance leur sourire. Qu’à cela ne tienne; de nombreux accompagnateurs partageront cette chance de côtoyer le roi de nos forêts.

Doté d’un imposant gabarit, l’animal se déplace avec aisance et pratiquement sans bruit. Comme septembre est la saison des amours pour ce mastodonte, la femelle émettra une complainte langoureuse à l’endroit de son élu. Notre Roméo, toutes oreilles, peut facilement épingler l’endroit exact de l’objet de sa convoitise. De loin supérieure à la nôtre, son ouïe est exceptionnelle. Vous vous rappelez sans doute l’époque où les personnes d’un certain âge apposaient une main mi-fermée près de leur oreille afin d’accentuer la perception des bruits? Eh bien, le mâle orignal de par ses gigantesques bois servant de déflecteurs des ondes sonores, jouit d’une supériorité auditive lui permettant de localiser l’origine d’un bruit avec une étonnante précision.

De nombreux chasseurs exerceront leur talent de «câlleu» d’orignal en imitant le son d’une femelle prête à l’accouplement. Spectacle tout à fait ahurissant que d’entendre un mâle s’approcher en émettant des sons gutturaux et en se frottant le panache contre les arbres.

Ces manœuvres d’intimidation ont parfois deux dénouements. Si de jeunes mâles sont témoins d’un tel déploiement d’agressivité, ils redirigeront leurs recherches vers des cieux plus cléments, moins menaçants et moins convoités. La situation n’est toutefois pas toujours aussi simple pour notre géniteur. Le monologue invitant et languide de la femelle risque d’attirer l’attention d’un second compétiteur tout aussi déterminé d’étaler ses prouesses amoureuses que notre batteur de tambour. Les deux aspirants vont alors se menacer de sons et de frottages qui vont se rapprocher de plus en plus de votre embuscade.

Le «câlleu» doit alors se montrer un peu plus discret dans la conversation. Ces animaux ont un GPS inné qui risque de les mener sur une trajectoire ponctuée par une confrontation. Si vous avez la chance d’assister à une bagarre entre ces deux monarques, le spectacle à lui seul aura valu la patience d’attendre le clin d’œil de la loterie du tirage annuel.

De nos jours, haute technologie aidante, il est possible de faire de la prospection des semaines avant la période de chasse; d’y placer des blocs de sel dont le cervidé raffole et d’y installer des caméras de surveillance infrarouges. Vos visites subséquentes vous permettront alors de visionner les spécimens qui fréquentent votre zone de chasse. Il est même possible d’utiliser un logiciel vous permettant via satellite d’allumer votre ordi à la maison et de visionner les animaux qui fréquentent l’endroit où est situé votre appareil photo. Tout ça dans le confort de votre foyer.

Suis-je en faveur de ces percées technologiques? Parait que l’on n’arrête pas le progrès. Personnellement, je suis plutôt sac à dos, jumelles, thermos de thé, bonnes bottines de marche et prospection. Enfin, grand bien fasse à tous les fervents de plein air, pour autant qu’animaux et environnement soient respectés.

Le taux de succès de la récolte saisonnière de ce grand cervidé se situe aux environs de 4000 bêtes annuellement. Ce chiffre représente environ 10% du cheptel. Les biologistes estiment que cette diminution sélective contribue au maintien d’une saine population.

Au risque d’offusquer les oreilles chastes des antichasseurs, nous devons reconnaître la nécessité d’une chasse contrôlée afin de tenir en échec l’explosion d’une race.

Oui, je sais! Laissons la nature suivre son cours et les éléments naturels établiront la balance pour maintenir une population en santé. Je veux bien, pour autant que l’exploitation de l’habitat, l’épandage d’herbicide et le contrôle de l’environnement convergent tous vers une saine gestion du cheptel.

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