Une recrudescence d’observations du grand requin blanc dans les eaux de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Avis aux pêcheurs de bar le long de nos côtes: ne mettez pas une trop grosse abouette sur votre hameçon, vous pourriez avoir une surprise au bout de votre ligne! Bonne idée les boys de pêcher à partir de la plage, les deux pieds dans le sable. La sécurité avant tout!

L’ultime prédateur n’en est pas à ses premières visites dans nos eaux froides. En 1983, un énorme requin blanc fut capturé dans des filets de pêcheurs au large de l’Île-du-Prince-Édouard. D’après le réseau de télévision Discovery Channel, ce squale de 5,2 mètres de longueur se situe parmi les cinq plus gros requins de cette espèce jamais capturés.

Au cours des dernières années, les médias d’information ont signalé la présence de ce magnifique animal dans nos eaux côtières. Certains font appel au réchauffement planétaire pour expliquer ces apparitions. Cette supposition s’apparente à deux autres théories. L’une étant l’explosion de la population de son menu préféré: le phoque. La seconde repose sur le fait que le requin blanc peut, grâce à son métabolisme, maintenir sa température corporelle à 20°C au-dessus de la température ambiante. C’est donc dire que nos eaux froides ne lui causent aucun problème d’adaptation.

Évidemment, tout signalement de sa présence n’est pas sans nous ramener dans les coulisses de notre imagination, là où Les Dents de la Mer avaient semé un tel émoi que même les marchands de piscines avaient vu leurs ventes chuter de façon drastique. Exagération en sus bien entendue! N’en demeure pas moins qu’un de mes frères en porte encore des séquelles cauchemardesques. Les cuissardes de cet avide pêcheur à la mouche n’ont jamais été mouillées plus haut que les genoux depuis la sortie de ce film! Pour citer mon chanteur activiste préféré, Richard Desjardins, c’est la vérité vrâ!

L’espèce est certes plus abondante le long des côtes australiennes et sud-africaines, de même que le long du littoral de l’océan Pacifique qui longe le Mexique. Un des requins blancs les plus imposants, une femelle surnommée Deep Blue, a été répertorié en 2014, près de l’île Guadalupe, non loin de la côte mexicaine. Sa taille est estimée à 6 mètres et les requins blancs dépassant les 6 mètres sont extrêmement rares.

Cependant, il semblerait que la barre des sept mètres de longueur est rarement atteinte. En janvier 2016, un grand requin blanc a été observé au sud-est de la côte australienne, à moins de 100 mètres de la plage. Sa longueur, estimée à partir d’une observation aérienne était de 7 mètres pour un poids approximatif de 6000 livres.

Le grand requin blanc est le deuxième au sommet de la chaîne alimentaire, juste après l’orque qui n’hésite pas à le prendre en chasse. L’accouplement se fait dans les profondeurs de l’océan. La femelle s’approchera des côtes, en eau peu profonde, pour donner naissance à sa progéniture. De récentes études confirment que mâles et femelles atteignent la maturité sexuelle vers les 25 ans et que leur espérance de vie avoisine les 70 ans.

La génétique régissant l’instinct de prédation est telle que les scientifiques ont observé des cas de cannibalisme intra-utérin! Les nouveau-nés, au nombre de 2 à 10, mesurent près d’un mètre et ils sont capables de prédations dès la naissance. Ils passeront la première partie de leur vie en eau peu profonde, peaufinant leurs techniques de chasse avant de s’aventurer au large.

Certes, les conflits homme-requin sont inévitables et l’appétit des médias pour des nouvelles à sensation n’a d’égal que la voracité du grand squale lui-même. Phoques et otaries comptent parmi les proies favorites du grand requin blanc. Ce dernier nageant à une trentaine de mètres de profondeur fonce à la verticale sur son repas qui flotte en surface. C’est pourquoi de nombreuses photos nous montrent ce gigantesque poisson complètement sorti de l’eau en position quasi verticale.

Ce prédateur inflige d’abord une importante morsure lors de l’attaque initiale. Des récepteurs à l’intérieur de sa gueule lui permettent alors d’identifier une source graisseuse, composante essentielle de sa diète. La seconde partie de l’attaque est alors axée sur la consommation de la proie. Comme l’humain ne saurait rivaliser en teneur graisseuse avec les phoques et les otaries, celui-ci n’est à peu près jamais consommé par le prédateur.

Les attaques les plus souvent perpétrées sont auprès des adeptes du surf qui, étendus sur leur planche, se propulsent à l’aide de leur bras. Il semblerait qu’en contraste avec le bleu du ciel, la partie inférieure de la planche observée à une trentaine de mètres plus bas ressort comme étant noire. Ajoutez deux bras de chaque côté pour mouvoir la planche et vous aurez vite compris la confusion possible pour un patrouilleur nageant quelques mètres plus bas en quête d’un repas. Avec une gueule dépassant les 50 centimètres en largeur et des dents affûtées comme des rasoirs la blessure est souvent catastrophique.

Les grands requins blancs sont de magnifiques animaux. Toute activité marine comporte des risques et mieux les comprendre permet de mieux les apprécier.