Les changements climatiques nous frappent là où ça compte: l’estomac.

C’est ce que conclut un nouveau rapport scientifique des Nations unies, qui examine le cercle vicieux des interactions entre le réchauffement climatique et les terres. Les changements climatiques causés par l’homme dégradent considérablement les terres, et la façon dont les gens utilisent les terres aggrave le réchauffement climatique. Le rapport scientifique dévoilé jeudi indique que cette combinaison rend déjà les aliments plus chers, plus rares et encore moins nutritifs. « Le cycle s’accélère », a noté Cynthia Rosenzweig, climatologue à la NASA et coauteure du rapport. « La menace de voir les changements climatiques avoir un impact sur la nourriture des gens est en augmentation. » Mais si les humains changent leur façon de manger, de cultiver les aliments et de traiter les forêts, cela pourrait aider à sauver la planète d’un avenir beaucoup plus chaud, ont déclaré des scientifiques.

Les masses terrestres de la Terre, qui ne représentent que 30 pour cent du globe, se réchauffent deux fois plus vite que l’ensemble de la planète. Bien que les gaz piégeant la chaleur causent des problèmes dans l’atmosphère, on a moins parlé des terres dans les discussions sur changements climatiques. Un rapport spécial, rédigé par plus de 100 scientifiques et approuvé à l’unanimité par des diplomates du monde entier lors d’une réunion à Genève, propose des solutions, en plus de lancer davantage d’avertissements. « Notre façon d’utiliser les terres fait partie du problème, mais aussi de la solution », a déclaré Valérie Masson-Delmotte, une climatologue française qui copréside l’un des groupes de travail. « La gestion durable des terres peut aider à assurer un avenir confortable. »

Des changements nécessaires

Lors de la conférence de presse de jeudi à Genève, les scientifiques ont souligné à la fois la gravité du problème et la nécessité de procéder rapidement à des changements sociétaux. « Nous ne voulons pas d’un message de désespoir », a déclaré Jim Skea, membre du comité scientifique et professeur à l’Imperial College London. « Nous voulons faire passer le message que chaque geste fait la différence. » Werner Kurz, chercheur principal à Ressources naturelles Canada et l’un des deux Canadiens ayant participé à la rédaction du rapport, estime que la plupart des gens ne comprennent pas l’ampleur et le rythme des changements climatiques. Il croit tout de même que les rapports comme celui publié jeudi doivent être utilisés pour proposer des solutions potentielles, et pas seulement pour alerter les gens.

« En tant que scientifiques, nous devons faire preuve de prudence lors de la communication de scénarios catastrophes, car si nous créons un monde effrayant, la conséquence sera l’inaction », a-t-il déclaré. « Les gens seront paralysés et craintifs. » Le rapport indique que le changement climatique a déjà aggravé la dégradation des sols, entraîné la croissance des déserts, le dégel du pergélisol et rendu les forêts plus vulnérables à la sécheresse, aux incendies, aux parasites et aux maladies. Cela s’est produit même si une grande partie de la planète est devenue plus verte, en raison de la quantité supplémentaire de dioxyde de carbone dans l’air. Le changement climatique a également ajouté d’autres facteurs qui ont réduit le nombre d’espèces sur Terre. Et l’avenir pourrait être pire. « La stabilité de l’approvisionnement alimentaire devrait diminuer avec l’ampleur et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes qui perturbent les chaînes alimentaires », indique le rapport.

De meilleures pratiques agricoles

Mais de meilleures pratiques agricoles _ telles que l’agriculture sans labour et une application d’engrais mieux ciblée _ ont également le potentiel de lutter contre le réchauffement planétaire, en réduisant jusqu’à 18 pour cent des niveaux actuels la pollution par le carbone d’ici 2050, indique le rapport. Si les humains changent leur alimentation, réduisent leur consommation de viande rouge et augmentent celle d’aliments à base de plantes, tels que les fruits, les légumes et les graines, le monde peut réduire d’encore 15 pour cent les émissions actuelles d’ici le milieu du siècle. Cela aiderait également les gens à être en meilleure santé, a indiqué Mme Rosenzweig.

Les scientifiques ont souligné qu’ils ne voulaient pas dire aux gens quoi manger, car il s’agit d’un choix personnel. La réduction du gaspillage alimentaire peut contribuer encore davantage à lutter contre les changements climatiques. Le rapport indique que de 2010 à 2016, les déchets alimentaires mondiaux ont représenté de 8 à 10 pour cent des émissions piégeant la chaleur. « Actuellement, de 25 à 30 pour cent de la nourriture totale produite est perdue ou gaspillée », indique le rapport. Changer cela permettrait de libérer des millions de kilomètres carrés de terres.