Une étude canadienne récente suggère que les véhicules à essence émettent des concentrations de deux contaminants hautement toxiques dans l’atmosphère des centres-ville qui sont au moins cinq fois plus importantes que ce que l’on estimait jusqu’ici.

Des scientifiques d’ Environnement Canada ont utilisé un modèle informatique qui leur a permis de faire des évaluations beaucoup plus pointues de la provenance des produits chimiques dans l’atmosphère. Ils ont examiné dans l’air de Toronto les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et le benzène, deux cancérigènes connus, et déterminé la contribution des véhicules dans cette pollution atmosphérique. Les études précédentes attribuaient aux gaz d’échappement des véhicules moins de 10 % de ces émissions. « Jusqu’à 50 % des HAP dans l’air du Grand Toronto peuvent être attribués aux véhicules à moteur (…) et des contributions aussi élevées que 90 % peuvent même être retrouvées à certains endroits », a précisé la scientifique Elisabeth Galarneau, l’une des auteurs de l’article publié dans la revue « Atmospheric Chemistry and Physics ».

Il existe peu d’études sur ces produits chimiques en milieux atmosphériques urbains. La plupart des études s’étaient concentrées sur les polluants responsables du smog tels que les particules fines ou l’ozone. De plus, les recherches effectuées sur les HAP et le benzène sont habituellement basées sur des moyennes nationales larges, puisque l’essentiel de ces substances provient de la combustion agricole et du bois, et de sources industrielles telles que les alumineries. Or, c’est peut-être le cas en milieu rural, mais pas dans les villes, a déclaré Mme Galarneau. Le modèle informatique utilisé par les chercheurs prend aussi en compte les réactions complexes et les changements qui se produisent pour évacuer les produits chimiques une fois qu’ils se retrouvent dans l’atmosphère.

Bien que l’étude ait été réalisée dans la région de Toronto, les résultats pourraient s’appliquer à n’importe quelle grande zone urbaine, soutient Mme Galarneau. Et ces résultats ont de graves implications pour la santé publique. Le benzène est classé « très toxique » par le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail. Il est connu pour causer le cancer du sang et des troubles sanguins tels que l’anémie, et il a été associé à d’autres cancers. Par ailleurs, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis affirme que les HAP provoquent également le cancer, aussi bien par inhalation que par exposition cutanée. Il a été démontré que ces composés organiques nuisent à la grossesse chez la souris. Or, Mme Galarneau souligne que les concentrations de ces deux contaminants à Toronto dépassent systématiquement les normes de qualité de l’air établies par la province pour protéger la santé humaine.

Ce qui fait dire à la chercheuse qu’une transition vers des véhicules zéro émission et le transport actif pourraient avoir plus d’avantages, finalement, que la « simple » réduction des gaz à effet de serre.

Crédit photo: La rue Main de Moncton/Archives.