Du chiac… version arabe!

Il n’est jamais facile de maîtriser une nouvelle langue. Monique LeBlanc, de Moncton, peut en témoigner. Celle qui est ergothérapeute au Qatar depuis 15 ans n’a pas peur de dire que son arabe ressemble… à du chiac!

«J’ai suivi des cours d’arabe à ma première année au Qatar, mais c’est une langue assez compliquée, souligne Mme LeBlanc. Au travail, je peux m’arranger en utilisant un arabe un peu chiac, c’est-à-dire entremêlé de mots anglais. Je parviens quand même à me faire comprendre.»

Cette diplômée de l’Université de Moncton (baccalauréat en biologie) et de l’Université Dalhousie (maîtrise en ergothérapie) est spécialisée dans la réadaptation des personnes qui ont été blessées aux mains et aux membres supérieurs (poignet, coude).

Dans un hôpital de la capitale, Doha, elle supervise une équipe de 12 thérapeutes et travaille en collaboration avec des chirurgiens plastique et orthopédique.

À son arrivée au Qatar, en 2000, elle a déployé beaucoup d’énergie à faire de l’enseignement afin d’améliorer la qualité des soins qui étaient offerts aux blessés.

«Les besoins étaient criants. Il n’existait aucun programme de thérapie spécialisé pour traiter les blessures complexes à la main et aux membres supérieurs.»

Pourtant, ce ne sont pas les patients qui manquent, souligne l’Acadienne qui est propriétaire d’un chalet à Shediac où elle réside en moyenne deux fois par année.

Les accidentés de la route sont nombreux, tout comme les passionnés de randonnées dans les dunes (que ce soit en motocyclette ou en VTT) qui «débarquent assez souvent dans notre clinique avec des blessures sérieuses».

«On reçoit beaucoup de cas complexes, des accidentés dont la réhabilitation constitue un défi très important», témoigne l’Acadienne.

L’arrivée massive d’une main-d’oeuvre étrangère qui travaille à ériger les infrastructures nécessaires à la présentation la prochaine Coupe du monde de soccer (qui aura lieu en 2022) apporte aussi son lot de patients.

«Les ouvriers sont recrutés dans des pays comme le Népal, l’Inde et le Sri Lanka. Souvent, ces gens ont peu ou pas d’expérience dans ce métier et ne sont pas nécessairement familiers avec les meilleures techniques de sécurité au travail», dit-elle.

Cet afflux de travailleurs est d’ailleurs typique du Qatar, un pays du golfe Persique où les «étrangers» représentent plus de 90% de la population d’un État qui compte 2,1 millions d’habitants.

Rien pour faciliter le travail d’une ergothérapeute dont la clientèle est très cosmopolite.

«Beaucoup de mes patients sont des travailleurs manuels qui se sont blessés au travail. Ils parlent hindi, ourdou, tamoul ou cingalais. On essaie de trouver quelqu’un qui peut traduire pour s’assurer que le patient comprend ce qu’on lui dit. On se sert aussi de (l’application) Google Translate quand on est mal pris…»

À l’instar de ses patients, Mme LeBlanc est une grande voyageuse. Elle a fait une traversée de l’Europe de quatre mois pendant ses études universitaires et elle travaillait… au Koweït quand l’occasion de déménager au Qatar s’est présentée!

«Je vivais à London en Ontario quand j’ai pris un congé sans solde d’un an pour travailler à améliorer les services de réhabilitation et à développer un programme de thérapie de la main au Koweït. Quand le projet a été terminé, cinq membres de notre équipe ont été recrutés pour effectuer un peu le même genre de mission au Qatar. Je ne savais même pas où ce pays se trouvait! Dans ma tête, je pensais rester deux ans dans ce pays. J’y suis depuis 15 ans.»

Malgré l’éloignement, Mme LeBlanc se targue de n’avoir jamais raté une seule fête du 15 août en Acadie et affirme qu’il est dans ses plans de revenir s’établir au N.-B. «Mais le moment reste à déterminer», précise-t-elle.

L’Islam? Aucun souci… à condition de s’adapter

Grâce au gaz naturel, le Qatar est un pays en pleine mutation économique et sociale. Il s’agit d’une terre d’abondance où les gratte-ciels côtoient les grands restaurants, des terrains de golf et des centres commerciaux gigantesques.

Le Qatar demeur un pays où la religion d’État est l’Islam. À première vue, on pourrait croire que s’adapter aux règles très strictes qui régissent la vie des femmes pourrait avoir été un défi pour Monique LeBlanc. Celle-ci nous assure pourtant du contraire.

«L’Islam joue un rôle prépondérant dans tous les aspects de la vie des Qatariens et il est impératif de toujours avoir cette notion en tête. Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit. Il faut respecter cette réalité et être très flexible.»

«Il est normal de s’adapter aux coutumes locales, ajoute-t-elle. C’est un défi, mais c’est aussi fascinant.»

Elle précise par contre que pour éviter certaines «déconvenues», il lui est nécessaire de suivre certaines règles de savoir-vivre. Par exemple, l’alcool est interdit, sauf dans certains lieux bien précis. Et il importe d’éviter de manger, de boire ou de fumer en public pendant le ramadan.

Ce que Mme LeBlanc appelle «la ségrégation des femmes» complique également les choses quand vient le temps de socialiser. Il est aussi interdit de remettre en question la religion ou de parler de politique avec les Qatariens.

«Les tenues vestimentaires doivent être modestes. Les épaules et les genoux doivent être couverts, mais il n’est pas nécessaire (pour une étrangère) de se couvrir les cheveux. Dans les hôtels, on peut par contre s’habiller comme on veut.»

Quand elle a emménagé au Qatar en 2000, Mme LeBlanc affirme avoir trouvé «étrange» de voir tant de femmes voilées et totalement couvertes. Elle remarque toutefois un changement au niveau des habitudes vestimentaires des Qatariennes.

«De plus en plus de jeunes femmes se couvrent simplement les cheveux. Elles aiment la mode et elles portent des abayas (robes traditionnelles) très élégantes.»

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