La musique pour aider les petits Ougandais autistes

Monique McGrath est, depuis août, musicothérapeute auprès des enfants à besoins spéciaux en Ouganda. Mais pourquoi cette Acadienne de Petit-Rocher a-t-elle choisi de venir en aide aux petits Africains plutôt qu’aux petits Canadiens? «C’est une question que ma chère mère me pose souvent», répond en riant la jeune femme âgée de 34 ans.

Détentrice d’un baccalauréat en musique (du Humber College de Toronto) et de maîtrises en musicothérapie (Université Wilfrid Laurier) et en ethnomusicologie (Université de Toronto), Mme McGrath explique son choix de travailler en Ouganda par l’occasion qui lui est offerte de maximiser l’utilisation de toutes les connaissances qu’elle a acquises sur les bancs d’école.

«Je voulais me positionner dans un milieu où mes efforts auraient le plus d’impact, explique-t-elle. J’ai une formation en musicothérapie, oui, mais j’ai aussi une formation pour travailler à l’étranger et avec différentes cultures.»

«En Ouganda, j’utilise ma formation universitaire au maximum tous les jours. Mon travail me rapporte beaucoup; je me sens 100% utile et je me réalise pleinement», ajoute-t-elle.

Celle qui travaille au Tunaweza Children’s Centre ne cesse de s’émerveiller devant la joie de vivre et le sens de l’humour de ses petits patients ougandais.

«En musicothérapie, je laisse les enfants tout simplement choisir l’instrument qu’ils préfèrent. Je les laisse jouer comme ils veulent et je les suis. On improvise. On crée notre propre langage avec la musique.»

«Des fois, ça sonne comme du jazz; des fois c’est du reggae ou du bruit sans bon sens. Des fois c’est une ballade triste; des fois c’est du silence… C’est toujours une jasette musicale intéressante. Ces enfants en ont beaucoup à dire. Il suffit de bien écouter.»

Dans un pays où, l’Acadienne le constate, les services pour enfants à besoins spéciaux sont très peu développés, les enfants voient souvent la musique comme un baume sur leurs maux.

«Les gens en général en savent très peu, par exemple, sur l’autisme. Il y a beaucoup de chemin à faire (pour faire évoluer les moeurs). Je vois des choses très difficiles tous les jours. La façon dont les enfants avec besoins spéciaux sont traités… c’est parfois presque impossible a digérer», dit-elle.

La jeune femme précise qu’elle aimerait changer les choses, mais qu’elle doit d’abord établir une relation de confiance avec son entourage, ce qui pourrait prendre des mois, voire des années.

Heureusement pour elle, Monique McGrath n’a jamais reculé devant un défi. Le chemin qui l’a conduit de Petit-Rocher à Kampala, la capitale de l’Ouganda, est marqué de nombreux déménagements – avec l’adaptation que cela implique.

Elle a notamment vécu à Moncton, à Toronto, à Waterloo, à Kitchener à Halifax et sur un bateau de croisière (pendant un an), que ce soit pour le travail ou les études. Un nomadisme qu’elle explique par son «sens de l’aventure».

«J’ai toujours su que je travaillerais loin de l’Acadie. Je n’avais jamais pensé à l’Ouganda précisément, mais ce n’est pas surprenant pour moi ou ma famille de savoir que je travaille en Afrique.»

Question d’approfondir un peu plus son intégration, elle commence déjà à parler et à comprendre le dialecte local, le luganda, même si la grande majorité des citoyens de l’ancienne colonie britannique qu’est l’Ouganda parle l’anglais.

Quand on apporte un peu de réconfort à des enfants qui en ont fort besoin, aussi bien le faire dans leur langue, n’est-ce pas?

Des citoyens laissés à eux-mêmes

Même si elle vit officiellement dans la capitale Kampala (environ 1,2 million d’habitants) depuis près de huit mois, Monique McGrath n’a pas encore mis les pieds en ville. En fait, elle réside en banlieue, dans un petit village appelé Kira Town.

«Il y a des vaches, des chèvres, des poules et des enfants pieds nus partout!»

Elle se dit fascinée par la façon dont les gens parviennent à répondre à leurs besoins de base sans aucune aide du gouvernement, ou presque.

«Les soins médicaux et l’éducation coûtent très cher. Beaucoup de gens ne peuvent pas se permettre d’aller à l’école ou à l’hôpital parce qu’ils n’en ont tout simplement pas les moyens.» Elle ne mâche d’ailleurs pas ses mots envers le président ougandais, Musevini, qu’elle compare à un dictateur. «Il se fout complètement des Ougandais. La grande majorité des citoyens ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour bénéficier d’un niveau de confort minimal.»

Heureusement, tout n’est pas sombre. Bien au contraire! «Malgré leurs difficultés, les gens réussissent quand même à sourire et à vivre leur vie sans trop se plaindre. Les Ougandais sont résilients, ingénieux, positifs, débrouillards et j’en passe», vante-t-elle.

«Ici, les gens sont tellement à l’aise entre eux. Je n’ai jamais à avoir peur de prendre un enfant dans mes bras au travail. C’est normal ici. Nous sommes tous frères et soeurs.»

Elle apprécie aussi le mode de vie tranquille des habitants.

«Les gens sont moins “rushés” que chez nous. Même quand je marche lentement, je marche plus vite que les Ougandais! Ici, les gens prennent le temps de vivre.»

«La nourriture, les coutumes, la météo… tout ce que je vois, j’entends, je touche, je sens et je goûte est différent du Canada. Même la lune et les constellations sont différentes. Et j’adore!»

Expatriés recherchés

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(patrice.cote@acadienouvelle.com) et il pourrait, à son tour, faire l’objet d’un reportage dans le cadre de la chronique De par le monde.

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