Travailleuse sociale auprès de victimes d’agression sexuelle en Nouvelle-Zélande, Shelley Daigle, de Saint-Louis-de-Kent, ne manque pas de travail. Dans ce pays, une fille sur trois est agressée sexuellement avant l’âge de 16 ans.

Détentrice d’un baccalauréat en travail social de l’Université de Moncton depuis 1985, Mme Daigle a roulé sa bosse au Canada pendant quelques années avant de s’expatrier de l’autre côté de la planète. Elle a notamment travaillé à Chatham (aujourd’hui Miramichi), à Edmonton, puis à Vancouver.

C’est en 1992 qu’elle a déménagé à Paekakariki, un petit village côtier néo-zélandais (1600 habitants) situé à environ 45 minutes de la capitale, Wellington.

Comme dans le cas de plusieurs expatriées, c’est l’amour qui a convaincu Mme Daigle de se déraciner.

En 1990, alors qu’elle voyageait au Mexique, elle a fait la connaissance de Pete, un Néo-Zélandais. «Il voyageait seul, avec sa planche de surf», se souvient Mme Daigle.

«Nous sommes partis voyager ensemble à travers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud pendant presque un an, raconte-t-elle. Après cette année de découvertes, nous avons abouti à Vancouver pour récupérer et travailler. Au bout de deux ans de vie commune, nous avons fait le choix de déménager en Nouvelle-Zélande.»

Mme Daigle raconte qu’à cette époque, il était beaucoup plus facile pour un Canadien d’émigrer en Nouvelle-Zélande que l’inverse.

«J’avais 29 ans et j’étais complètement centrée sur moi et mon amour pour Pete. À cet âge, rien n’est impossible! Je suis débarquée en Nouvelle-Zélande avec deux valises et deux boîtes. Rien d’autre!»

L’Acadienne est aujourd’hui coordonnatrice de services auprès des victimes d’abus sexuels, à Wellington. Par exemple, elle aide les victimes à retourner au boulot quand elles ont dû arrêter de travailler en raison de troubles psychiatriques résultant d’une agression sexuelle. Elle joue un peu le rôle d’un ange gardien.

Mme Daigle souligne qu’elle adore le fait de pouvoir avoir un impact direct afin d’améliorer la vie des victimes. Elle précise par contre que le stress est omniprésent et que sa clientèle est nombreuse.

Les statistiques tendent à lui donner raison. En Nouvelle-Zélande, une femme adulte sur cinq sera victime de viol au moins une fois dans sa vie et un garçon sur sept sera abusé avant d’avoir fêté ses 18 ans. Un peu comme au Canada, seulement 10% des crimes sexuels sont rapportés aux autorités et moins de 1% des cas découleront sur une condamnation.

À 52 ans et, disons-le, après plus de 25 ans à côtoyer une clientèle brisée, Mme Daigle commence tranquillement à ralentir le rythme. Comme elle travaille à forfait, elle a un certain contrôle sur les modalités de son emploi, ce qui lui permet de revenir au Canada chaque année.

«De plus en plus, je partage ma vie entre la Nouvelle-Zélande et l’Acadie, confie-t-elle. Je reviens visiter le Canada tous les ans, pour des périodes de plus en plus longues à mesure que les années passent.»

«J’aimerais revenir m’installer en Acadie, mais il y a des liens qui me retiennent en Nouvelle-Zélande. Mais à l’approche de la retraite, d’autres possibilités s’offrent à nous. Entre temps, mon coeur est content d’avoir le meilleur des deux mondes: l’Acadie et la Nouvelle-Zélande pendant leurs mois les plus chauds.»

Si jamais elle devait un jour rentrer une fois pour toutes au bercail, Mme Daigle aimerait «faire du théâtre dans ma langue du Sud-Est».

«C’est un rêve que je caresse. Il ne faut jamais arrêter de rêver.»

Cela permettrait également à cette ancienne animatrice au Pays de la Sagouine et membre de diverses troupes de théâtre (que ce soit à l’école ou dans l’Ouest canadien) de boucler la boucle.

Une faune unique… et docile

La Nouvelle-Zélande est un archipel composé de deux îles principales. La superficie totale du pays est environ deux fois plus petite que l’île de Terre-Neuve.

L’archipel est situé à environ 2000 km au sud-est de l’Australie et les deux pays sont séparés par la mer de Tasmanie.

Cet isolement explique pourquoi certaines espèces de plantes et d’animaux sont uniques à la Nouvelle-Zélande. C’est le cas du tuatara (un lézard à trois yeux), du tui (un oiseau qui peut imiter la voix humaine) et du kiwi (un oiseau incapable de voler).

Mais contrairement à l’Australie (avec ses alligators, ses requins et ses serpents venimeux), la faune de la Nouvelle-Zélande est docile. De quoi ravir Shelley Daigle.

«Ce que j’adore le plus en Nouvelle-Zélande, c’est l’accès à une nature qui ne présente pas de dangers. Pete et moi faisons beaucoup d’activités en plein air, comme la marche, le vélo de montagne et le kayak de mer. On se retrouve souvent dans des coins isolés et c’est rassurant de savoir qu’on ne fera pas face à un ours ou à autre chose», raconte-t-elle.

À Paekakariki, un petit village côtier tranquille de 1600 personnes, Mme Daigle profite de la plage et des soirées musicales extérieures.

Elle raconte que l’histoire de Paekakariki est intimement liée au chemin de fer, mais aussi, à la Seconde Guerre mondiale, quand, à un certain moment, jusqu’à 20 000 soldats américains étaient stationnés dans la région.

Mme Daigle dit adorer le sens de l’humour et le style de vie décontracté des Néo-Zélandais, mais déteste conduire à gauche. Et, après toutes ces années, elle raconte ne pas s’être encore habituée au vent constant.

À un touriste acadien de passage dans le pays, elle conseillerait de visiter les volcans et les stations thermales du nord, les sites de tournage du Seigneur des anneaux, les vignobles et les marae, des habitations maories sacrées.

EXPATRIÉS RECHERCHÉS!

Vous connaissez un Acadien qui fait carrière hors des frontières du pays?

Transmettez-moi ses coordonnées par courriel (patrice.cote@acadienouvelle.com) et il pourrait, à son tour, faire l’objet d’un reportage dans le cadre de la chronique De par le monde.