Ce n’est pas par hasard que j’ai parlé des Robichaud et des Richard en succession ces dernières semaines.

Depuis un peu plus d’un mois, de nouveaux résultats ADN démontrent que de nombreux Robichaud du Nouveau-Brunswick ne descendent pas de l’ancêtre Étienne Robichaud, mais plutôt de Michel Richard dit Sansoucy.

À la suite de ma chronique sur la généalogie génétique (ADN-Y), plusieurs Robichaud se sont manifestés pour participer à la triangulation de la signature de l’ancêtre Étienne Robichaud.

Dans le Projet ADN Héritage Français, nous avions déjà un échantillon Robichaud. Descendant de Prudent (à Étienne), ce dernier a une signature qui concorde avec un échantillon d’un descendant de François dit Niganne (à Étienne). Si ce «match» ne répond pas à notre invitation de participer au projet, il a heureusement téléversé sa généalogie sur le site du laboratoire. Comme la généalogie de ces deux lignées a été validée, ça nous permet tout de même de déduire, ou trianguler, la signature de Étienne Robichaud, du haplogroupe J2 (dit J-M172).

Comme nous ne pouvons pas scruter les résultats précis du Niganne en dehors du projet et qu’il y avait des volontaires,  j’ai d’abord recommandé à Michel Robichaud de Shippagan – descendant de Charles dit Cadet à Étienne – de passer le test Y-STR37 pour reconfirmer la triangulation.

Si on triangule les signatures, c’est qu’il y a toujours risque de présence d’un ÉNP – ou événement non paternel (grossesse hors mariage, infidélité, enfant trouvé, adoption non déclarée, etc.).

Ce qui pouvait arriver arriva.

Contrairement à nos attentes, aucun Robichaud ne se trouvait parmi les échantillons concordants lorsque ses résultats ont été rendus. On y trouve plutôt plusieurs Richard qui se réclament de la descendance de l’Acadien Michel Richard dit Sansoucy. Ils sont tous du haplogroupe R1b (dit R-M269), donc d’aucune parenté avec les Robichaud à Étienne (à moins de remonter 48 000 ans).

Sans autres repères, l’ÉNP dans la lignée de Michel Robichaud aurait pu survenir n’importe où dans sa lignée depuis Charles dit Cadet à Étienne Robichaud. Est-ce que ça touche sa propre personne, ou toute la branche dite «Cadet»? Il est possible d’identifier l’intrus, en testant des cousins plus ou moins éloignés dans la lignée de Michel, dans une démarche d’essai-erreur.

L’étau se resserre

Le 26 mai, un nouvel échantillon Robichaud non sollicité correspondant à la signature de Michel a été livré sur le site du laboratoire. Son propriétaire a depuis joint le projet. Descendant de Pierre à Joseph à Charles à Étienne, il est également du haplogroupe R1b, avec une signature concordant aux Richard dit Sansoucy.

Grâce à ce test, nous apprenons donc que l’ÉNP doit s’être produit soit à la conception de Charles, soit à celle de son fils Joseph (voir tableau).

Charles ou Joseph?

À cette époque, Port-Royal forme une petite communauté isolée. Les hommes mariés qui avaient une maîtresse étaient sans doute exceptionnels, voire inexistants. Ça se serait su rapidement. Puis les occasions son rares en 1667, car les filles disponibles sont mariées très jeunes. Charles Robichaud, comme cadet de sa famille, a donc peu de chances d’être né d’un autre père.

On ne peut pas dire la même chose de son «fils» Joseph. Charles Robichaud et Marie Bourg étaient des habitants de Port-Royal, avant et après leur mariage. Leur mariage est inscrit au registre paroissial de l’endroit le 18 juin 1703.

Étrangement, le baptême de Joseph Robichaud, sans doute né au début de 1704, ne s’y trouve point.

L’absence du baptême attendu de Joseph et les résultats des analyses ADN suggèrent fortement que c’est Joseph Robichaud qui serait né d’une conception hors mariage. Pour le confirmer, il faut encore faire analyser la signature d’un descendant direct d’un autre fils de Charles Robichaud (avis de recherche).

Sachant que Joseph est le plus plausible, on peut – sans romancer – lire en filigrane le scénario probable des événements.

Marie Bourg, une veuve émancipée

Marie Bourg était déjà veuve de Jean Dubois en 1693 alors qu’elle n’avait que 20 ans. Comme jeune femme émancipée et sans enfants, elle ne semble pas pressée de se remarier.

Tout naturellement (à nos yeux du 21e siècle), elle aurait pris un ou des amants. Dans les premiers mois de 1703, sa chance tourne et elle tombe enceinte. Marie aurait réussi à sauver son honneur quand le veuf Charles dit Cadet Robichaud a accepté de l’épouser, peut-être en connaissance de cause.

Les filles dans son état avaient coutume de quitter leur village avant que la grossesse ne paraisse, afin de s’éviter les commérages et indiscrétions des voisins ou du curé qui savent compter.

Stephen White croit que Marie est peut-être partie chez l’une de ses soeurs installées à Pisiguit, ou encore chez son oncle, Mathieu Martin, seigneur de Cobeguit, pour garder son secret. L’absence du baptême de Joseph à Port-Royal semble du moins en témoigner. Les registres de Pisiguit et Cobeguit, où son baptême aurait été enregistré, n’ont pas survécu.

Le fait que Joseph nomme ses parents «Charles Robichaud et Marie Bourg» à son mariage de 1726, semble aussi indiquer qu’il ignorait l’identité réelle de son père.

D’autres tests pour écarter tout doute

En plus de confirmer la signature de Charles Robichaud (J2), il faudrait solidifier la triangulation d’Étienne (J2) avec des échantillons supplémentaires de descendants directs des autres fils d’Étienne (Prudent et François dit Niganne), pour s’assurer que d’autres ÉNP ne viennent brouiller les cartes.

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La signature des descendants de Joseph à Charles à Étienne est différente de celle des autres Robichaud.

Qui est le père de Joseph «Robichaud»?

Parmi les descendants de Michel Richard dit Sansoucy, on compte neuf candidats potentiels en âge de procréer (15 ans ou plus en 1703). L’ADN-Y ne permet pas de discerner précisément qui est le père.
Pierre à Michel: 42 ans, marié.

Martin à Michel: 38 ans, marié.

Alexandre à Michel: 35 ans, marié.

Michel à René à Michel: 22 ans, célibataire.

Antoine à René à Michel: 19 ans, célibataire.

Michel à Michel: 19 ans, célibataire.

Pierre à René à Michel: 17 ans, célibataire.

Alexandre (II) à Michel: 17 ans, célibataire.

René à René à Michel: 15 ans, célibataire.
Comme il est assez improbable qu’un homme marié ait eu une maîtresse à Port-Royal, les trois premiers peuvent être éliminés. Comme la veuve avait alors 30 ans, les candidats plus jeunes semblent aussi plutôt improbables. Il reste donc Michel à René (dit Beaupré) à Michel Richard dit Sansoucy, âgé de 22 ans, comme candidat le plus probable, bien qu’on ne puisse en avoir la certitude.

 

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