La famille Blanchard a été l’objet de plusieurs spéculations qui se sont révélées fausses.

D’abord, une première erreur a été introduite en 1767 lors des Déclarations de Belle-Isle-en-mer (témoignages d’Acadiens réfugiés en France), près d’un siècle et demi après les faits.

Des aïeux fictifs

La déclaration de Jean LeBlanc dit Dérico a induit l’historien Edmé Rameau de Saint-Père en erreur. Ce dernier a ajouté une génération qui n’existait pas à la généalogie des Blanchard. Dérico, en nommant les arrières-grands-parents de son épouse, aurait confondu les noms du frère (Guillaume) et de la belle-soeur (Huguette) de Martin Blanchard, grand-père de son épouse. Aucun document connu ne nomme les parents de Jean ou de Radegonde. Sans autre preuve, il faut conclure que le couple «Guillaume Blanchard & Huguette Poirier» n’a jamais existé.

Du sang amérindien?

L’autre mythe assez répandu concerne les prétendues origines métisses de Radegonde Lambert. D’abord, on ne connaît pas à ce jour de pionniers arrivés avant 1636. Comme Radegonde Lambert est née vers 1621, elle est sans doute née en France. On ne connaît d’ailleurs pas de famille Lambert installée en Acadie avant le 18e siècle. Il est donc très improbable que Radegonde soit issue d’un Français et d’une Amérindienne comme plusieurs l’ont avancé.

Et nous avons maintenant la preuve que ce n’est pas le cas. Les tests d’ADN mitochondrial passés chez plusieurs descendants matrilinéaires (de mère en fille) de Radegonde démontrent qu’elle appartient au haplogroupe X2b, une signature typiquement européenne.

Il ne faut pas confondre cette signature avec sa cousine X2a présente chez les Amérindiens. La racine X2 proviendrait de du sud de la Sibérie, avant les grandes migrations des peuples autochtones par le détroit de Béring.

Selon les dernières études sur le sujet, X2a serait parti vers l’est pour atteindre l’Amérique et X2b vers l’ouest pour atteindre l’Europe.

Origines inconnues

Dans les faits, on ne connaît presque rien des origines de la famille, autre qu’elles sont sans doute françaises. Aucune trace de la famille n’a été trouvée dans la région de La Chaussé, comme certains ont spéculé dans la vague du mythe du berceau de l’Acadie.

À leur première mention dans les documents, au recensement de 1671, le couple est déjà âgé (environ 60 et 50 ans respectivement).

Jean Blanchard est probablement d’origine modeste; il y est simplement qualifié de laboureur. Mais il est possible qu’il ait pratiqué un autre métier dans sa jeunesse.

Jean Blanchard a épousé Radegonde Lambert vers 1642, vraisemblablement en France. Il est possible que les premiers enfants y soient également nés.

Comme les Blanchard cultivent au total 20 arpents en 1671 (le fils aîné Martin nouvellement marié cultivait 15 arpents), la famille y est probablement installée depuis un bon moment. Sans doute avant que l’Acadie ne passe aux Anglais en 1654.

Le cadet, Guillaume Blanchard, qui a aussi passé sa vie à Port-Royal, a été un chef de file pour la fondation de Chipoudy, sur les côtes actuelles du Nouveau-Brunswick, où il a reçu des concessions, en 1699. La même année, il affrétait un navire pour ravitailler la nouvelle colonie. En 1702, il obtient des concessions le long de la Petitcoudiac. Le rapport de Mathieu de Goutin explique que «le nommé Blanchard a un bâtiment (navire), et aussi de grands garçons, des gendres et des neveux, qui mettront Pécoudiak en valeur et y placeront autant d’habitants, et dans trois ans la colonie en tirera du secours…».

Olivier Blanchard, pionnier de Caraquet

C’est l’un de ces Blanchard de la Petit­coudiac qui figure parmi les premiers habitants de la vieille Acadie à s’établir à Caraquet. Olivier (à René à René à Martin à Jean) Blanchard était installé au Coude avant la Déportation, sur une terre de la rive sud de la rivière (à Riverview), en face de Terre Rouge (Moncton). Emprisonné pendant la Dépor­tation, il est engagé comme pilote sur le Seaflower de Charles Robin en 1766, avant de s’installer définitivement à Caraquet entre 1776 et 1780. La plupart des Blanchard de la Péninsule acadienne descendent de cette branche.

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Références:

Stephen White, Dictionnaire généalogique des familles acadiennes, Moncton, 1999.

 

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