Directeur de salon funéraire: la mort est son quotidien

David CaronGens d'ici

Les temps changent. Même les services funéraires offerts dans la Péninsule acadienne se transforment. Au cours des derniers 12 ans, Luc André Benoit, directeur de la Maison funéraire Racicot à Caraquet, a dû adapter ses services pour répondre aux besoins des familles endeuillées.

Le jeune homme âgé de 31 ans ouvre en août une deuxième succursale de la Maison funéraire Racicot à Saint-Isidore, le Salon St-Isidore. L’Acadie Nouvelle l’a rencontré à quelques jours de l’ouverture.

Le Salon St-Isidore comprend notamment une salle de visite et une chapelle commémorative, mais l’embaumement des corps se fera toujours à Caraquet, précise M.Benoit.

Luc André Benoit assiste à des centaines de funérailles et services commémoratifs chaque année. Comme directeur du salon funéraire, son rôle consiste à accompagner les familles pour les faire passer à travers des moments difficiles le plus facilement possible. Pour bien réussir dans le domaine, il faut avoir de l’entregent, du respect, de la convivialité et respecter la confidentialité des familles, dit-il.

«Il faut que les gens se sentent bien quand ils arrivent chez vous. Oui, à la base c’est une transaction d’affaires, mais ça ne l’est pas en même temps. Les gens mettent toute leur confiance entre nos mains. Souvent, c’est le pire moment de leur vie, donc ils s’accrochent à toi. Pour que tout soit parfait, ça prend un bon lien de confiance et d’amitié avec les familles. En même temps, il ne faut pas être gêné, parce qu’il faut poser des questions et il ne faut pas avoir peur d’aller chercher l’information requise pour bien faire son travail.»

Si les gens de la Péninsule acadienne préfèrent toujours des obsèques traditionnelles, Luc André Benoit constate une transformation des tendances et des coutumes, surtout en comparaison à 2004 lorsqu’il s’est lancé dans le domaine.

«Aujourd’hui, c’est vraiment devenu un service de conciergerie. On répond à tous les besoins et on dit non le moins souvent possible. Souvent, ça leur prend ça pour faire le deuil. Les gens veulent que ce soit de plus en plus personnalisé. Ils veulent les visites au salon, mais par exemple, ils veulent que ce soit du Elton John qui joue en arrière-plan. Au cimetière, ils vont peut-être vouloir relâcher des ballons, des papillons,une colombe, etc. On est là pour les accommoder dans leur demande pour célébrer la vie de leur bien-aimé.»

Les choix des familles peuvent cependant changer au gré des saisons. L’hiver, les gens préfèrent les cercueils en métal. En été, ce sont les cercueils en bois qui se vendent mieux. Le taux de crémation est aussi plus élevé pendant les mois froids de l’année.

«On lit souvent que l’incinération a dépassé le taux d’inhumation. Dans les grandes villes en général, le taux d’incinération est assez élevé, on parle de 60% à 70% selon l’endroit. Dans la Péninsule, les gens ont tendance à vouloir une journée d’exposition au salon et le lendemain, des funérailles dans l’Église catholique, suivi de l’inhumation au cimetière.»

L’homme a du mal à expliquer pourquoi l’incinération est plus populaire en hiver par rapport à l’été.

«Je ne sais pas si c’est relié au fait que le corps est placé dans une voûte et seulement enterré au printemps. Je ne sais pas quelle est la raison.»

Entouré par la mort

On dit souvent qu’il est important de trouver un passe-temps à l’extérieur des heures de travail. Cela est d’autant plus vrai pour des embaumeurs. La mort est au coeur de leur quotidien.

«On vit notre vie entourée de la mort. La mort devient notre vie. La mort est omniprésente dans tout ce que je fais. On apprend à apprivoiser la mort. La mort n’a pas d’horaire», confie Luc André Benoit.

Son domaine lui permet de comprendre combien la vie est fragile.

«Ça me donne un autre point de vue sur la vie. Quand on côtoie la mort, on sait qu’on peut être ici aujourd’hui et demain, on ne le sera plus. On voit la maladie. On voit des gens qui partent dans l’espace de quelques semaines ou mois.»

Il tient alors à profiter de chaque moment.

«J’en profite à 100%. Si j’ai envie de faire un voyage, j’y vais. Je me trouve des employés qui peuvent s’occuper de l’entreprise pendant mon absence. Si ça me tente d’aller voir un spectacle, j’y vais. Je ne dis pas que je vais attendre à l’an prochain, je ne serai peut-être pas ici l’an prochain. On vit la vie au moment présent. J’ai beaucoup de collègues dans l’industrie qui sont comme ça. On ne remet rien à plus tard.»

Le métier d’embaumeur n’est pas fait pour tous, reconnaît Luc André Benoit. Âmes sensibles s’abstenir.

«L’embaument c’est une chirurgie où on remplace le sang du corps par un fluide qui donne l’apparence de vie au corps. C’est une chirurgie. Ce n’est pas fait pour tout le monde. Ce n’est pas tout le monde qui décède à l’hôpital ou au foyer après une longue vie. On a des enfants, des bébés, des accidents, des suicides, des noyades, on voit de tout. Ce n’est pas toujours beau à voir. La mort ce n’est pas quelque chose d’agréable, autant physiquement que mentalement pour nous et les familles éprouvées.»